Les États-Unis envisagent des frappes aériennes contre des laboratoires de drogue au Venezuela, ce qui pourrait marquer une nouvelle étape dans leur lutte antinarcotiques et accroître significativement les tensions régionales en Amérique latine.
Selon des sources officielles, Washington étudie actuellement la possibilité de mener des attaques aériennes ciblées contre les infrastructures du narcotrafic vénézuélien. Ces opérations, toujours en attente d’une approbation présidentielle, pourraient impliquer des frappes de précision réalisées par des avions de combat ou des drones armés. Une telle stratégie représenterait une intensification notable des efforts des États-Unis dans la région, impactant directement leur politique antidrogue et la stabilité géopolitique locale.
Les forces américaines ont déjà repositionné des éléments clés dans le sud de la mer des Caraïbes et au nord de l’Amérique du Sud, en préparation d’éventuelles actions. La Task Force Navale de la Quatrième Flotte US, soutenue par la Joint Interagency Task Force South (JIATF-S), s’est renforcée avec des destroyers équipés de missiles guidés ainsi qu’un sous-marin de classe Virginia de la marine américaine.
La présence d’avions furtifs F-35A Lightning II déployés à la base aérienne Hato à Curaçao et dans un aérodrome non divulgué à Porto Rico, permet aux États-Unis d’atteindre le nord du Venezuela. Ces déploiements sont appuyés par des avions ravitailleurs KC-135 Stratotanker, des plateformes ISR RC-135 Rivet Joint et RQ-4 Global Hawk pour la surveillance, ainsi que des EA-18G Growlers destinés à l’attaque électronique et à la suppression des défenses aériennes adverses.
En outre, des drones MQ-9 Reaper sont stationnés à Aruba, une île néerlandaise des Caraïbes. Ces drones assurent des vols de renseignement et de surveillance persistants le long des côtes vénézuéliennes. Armés de missiles AGM-114 Hellfire et de bombes GBU-38 JDAM, ils peuvent engager des cibles mobiles telles que des laboratoires de drogue ou des convois de trafiquants. Un détachement tournant d’avions d’opérations spéciales américaines — comprenant des MC-130J Commando II et CV-22 Osprey — opère depuis des bases avancées en Colombie et aux Antilles Néerlandaises.
Dans le cas où des frappes cinétiques seraient exécutées, le contrôle de l’espace aérien et la neutralisation des défenses ennemies (SEAD) seront des priorités. L’aviation vénézuélienne, malgré les difficultés économiques et logistiques, conserve une capacité de riposte non négligeable avec 18 chasseurs F-16 opérationnels (15 monoplace F-16A et 3 biplace F-16B) et 21 Su-30MKV fournis par la Russie.
Le Su-30MKV, doté de postcombustion vectorielle, de radar longue portée et de missiles air-air R-77, est considéré comme une menace sérieuse, capable d’engager des cibles à moyenne et longue portée, y compris des plateformes américaines sensibles telles que les ravitailleurs ou les avions ISR.
Au sol, le système de défense aérien vénézuélien repose sur une architecture multicouche que les planificateurs du Commandement Sud ainsi que ceux du Commandement de Combat Aérien des États-Unis prennent très au sérieux. Le pays déploie 12 batteries de missiles sol-air S-300VM (SA-23 Gladiator/Giant) capables d’intercepter des aéronefs et des missiles balistiques jusqu’à 200 km. Ce dispositif est complété par 9 systèmes de moyenne portée Buk-M2E (SA-17 Grizzly) et 44 batteries modernisées S-125 Pechora-2M (SA-3 Goa/SA-26), améliorant la couverture à basse et moyenne altitude, avec des radars et une mobilité renforcés.
Pour la défense rapprochée, Caracas dispose de systèmes portables Igla-S 9K338 (SA-24 Grinch), de missiles sol-air guidés laser RBS-70, de MANPADS français Mistral, ainsi que du système antimissile ADAMS développé localement. Ce dernier combine guidage radar et optique pour assurer la protection à courte portée des infrastructures gouvernementales et militaires dans des zones stratégiques comme Caracas, Maracay et le corridor Puerto Cabello-Valencia.
Les experts soulignent que, bien que cette défense aérienne soit techniquement robuste, son efficacité réelle pourrait être limitée par le niveau de préparation, l’intégration des radars et la fiabilité des systèmes de commandement et contrôle. Toute opération aérienne américaine viserait donc une suppression approfondie des défenses aériennes, faisant probablement appel aux EA-18G Growlers et EC-130H Compass Call pour perturber les radars, ainsi qu’à des moyens cybernétiques pour neutraliser les centres de commande.
Sur le plan géopolitique, une campagne aérienne transfrontalière en Amérique latine reste très sensible. Des pays comme le Brésil et la Colombie appellent à la modération, redoutant une déstabilisation régionale et ses conséquences politiques. Caracas accuse Washington de violer le droit international suite à ses récentes frappes maritimes, et le président Nicolas Maduro a placé les unités de défense aérienne en état d’alerte, annonçant un « acte d’agression » américain imminent.
Les responsables américains assurent que toute opération militaire aurait un objectif limité et strictement anti-drogue, visant à démanteler les réseaux transnationaux opérant sur le territoire vénézuélien sans viser un changement de régime ou l’établissement de bases permanentes. Néanmoins, le recours à la force létale sur un État souverain, notamment via des frappes aériennes, soulève des questions juridiques sérieuses et une surveillance étroite du Congrès américain.
Le Département de la Justice examine actuellement les cadres légaux pertinents sous les titres 10 et 50 du Code des États-Unis. Par ailleurs, les comités clés du Congrès ont été informés des scénarios envisagés.
Au final, une telle campagne testerait l’interopérabilité des capacités américaines combinées d’attaque, de renseignement et de suppression des défenses aériennes contre un système intégré semi-moderne. Les conséquences constitueraient aussi un précédent majeur quant à l’usage de la force américaine contre des acteurs non étatiques opérant depuis un territoire souverain, un précédent inédit depuis l’invasion du Panama en 1989. Cette posture renforcée dans le sud de la mer des Caraïbes témoigne de la préparation du Pentagone à la fois à la dissuasion et à une action rapide, en attente du feu vert politique.
Alain Servaes