Le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a souligné que la politique prime désormais sur l’économie dans le contexte mondial actuel. Face à un monde incertain, il a insisté sur la nécessité pour l’Inde de diversifier continuellement ses sources d’approvisionnement afin de garantir ses besoins nationaux.
Il a également dévoilé que les États-Unis ont instauré de nouvelles règles radicales d’engagement en menant leurs relations bilatérales avec les pays, une approche marquant une rupture avec les pratiques antérieures. S’exprimant à l’occasion de la remise d’un doctorat honorifique à l’IIM-Calcutta, Jaishankar a rappelé que l’Inde poursuit activement sa politique d’autonomie stratégique en s’affirmant comme une base industrielle majeure.
« C’est une époque où la politique prime de plus en plus sur l’économie… et ce n’est pas un jeu de mots. Dans un monde incertain, il est d’autant plus essentiel de diversifier constamment nos sources d’approvisionnement pour garantir les besoins nationaux », a déclaré le ministre.
« Les États-Unis, longtemps garant du système contemporain, ont établi de nouveaux termes d’engagement radicaux. Ils mènent désormais leurs échanges pays par pays », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, l’Inde et les États-Unis conduisent deux séries de négociations parallèles : l’une portant sur un cadre commercial pour régler les questions tarifaires, l’autre visant un accord commercial global.
Concernant la Chine, Jaishankar a rappelé que cette dernière « a longtemps appliqué ses propres règles » et continue à le faire aujourd’hui. Dans ce contexte, de nombreux pays sont incertains quant à l’importance à accorder à la compétition visible ou aux compromis et accords ponctuels qui la sous-tendent. « Face à ces tensions liées à la mondialisation, à la fragmentation et à l’insécurité des chaînes d’approvisionnement, les États réagissent en se prémunissant contre tous les aléas », a-t-il observé.
Sur le plan intérieur, l’Inde réalise des progrès considérables tant en infrastructure que dans les domaines scientifiques les plus avancés. Alors qu’un tiers de la production mondiale est encore concentré en Chine, l’attention se porte désormais sur la résilience et la fiabilité des chaînes d’approvisionnement, rendues fragiles par les conflits et les événements climatiques.
Jaishankar a souligné que le retard de l’Inde par rapport à certaines économies asiatiques performantes tend à se réduire rapidement dans des secteurs clés tels que les autoroutes, les chemins de fer, l’aviation, les ports, l’énergie et les infrastructures électriques. « Nous progressons, aujourd’hui, selon tous les critères, et le monde commence à le reconnaître », a-t-il affirmé.
« Dans cette optique, nous nous efforçons aujourd’hui d’élaborer de nouveaux accords commerciaux et de promouvoir des initiatives innovantes en matière de connectivité », a ajouté le ministre.
Sur le plan commercial, ces démarches seront guidées par une vision centrée sur les populations, tandis que les projets de connectivité prendront en compte à la fois des considérations stratégiques et économiques.
Jaishankar a précisé que, dans la perspective d’une Inde développée à l’horizon 2047, la politique étrangère vise à étendre continuellement l’influence du pays au-delà de ses limites actuelles. Il a également souligné que la solidarité forgée avec les pays du Sud global crée une base solide pour cet objectif.
Concernant la montée en puissance complète de la nation, le ministre a affirmé que le rôle de l’Inde en diplomatie est « active plutôt que passive ». « Une grande puissance, surtout avec nos hautes ambitions, doit disposer d’une base industrielle significative », a-t-il insisté.
« Favoriser la croissance industrielle, voire l’inciter, constitue aujourd’hui une priorité économique majeure. L’accent mis sur ‘Make in India’ au cours de la dernière décennie témoigne d’un état d’esprit renouvelé et d’une ambition renforcée », a-t-il ajouté.
Jaishankar a aussi insisté sur l’importance d’orienter les efforts vers les technologies de pointe et la fabrication avancée afin que l’Inde ne soit pas à la traîne. « Nous évoluons désormais dans des domaines tels que les puces et semi-conducteurs, les véhicules électriques et batteries, les drones et l’espace, ainsi que les nanotechnologies et les biosciences. Chacun de ces secteurs représente une opportunité pour un saut technologique et la création de capacités uniques », a conclu le ministre.