Les forces américaines ont quitté la base syrienne où, en 2018, un petit groupe d’opérateurs spéciaux et de Marines avait repoussé une attaque de mercenaires russes, infligeant une lourde défaite à une force dix fois supérieure.

La fin de la présence américaine au Mission Support Site Euphrates s’inscrit dans une réduction plus large des effectifs US en Syrie en mai, avec le retrait de plusieurs bases utilisées dans la lutte contre l’État islamique (EI), selon un récent rapport trimestriel du Bureau de l’Inspecteur général du Département de la Défense sur l’opération Inherent Resolve.

Le Mission Support Site Euphrates est un avant-poste situé sur la rive est de l’Euphrate, à Khasham, dans la province de Deir ez-Zor. En 2018, une petite unité de soldats américains et de combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) occupait la base, établie à la frontière d’une zone de démarcation destinée à éviter les affrontements avec les forces russes soutenant le régime de Bachar al-Assad. En février 2018, ce poste avancé a subi une attaque d’environ 500 forces pro-régime, dont des mercenaires russes du groupe Wagner.

Les combats qui ont suivi, connus sous le nom de Bataille de Khasham ou Bataille des champs de Conoco, ont vu des soldats des forces spéciales américaines, notamment des Green Berets et des Delta Force, appuyés par des contrôleurs de combat de l’US Air Force et des Marines, tenir la position tandis que l’aviation américaine menait de violents bombardements contre les troupes russes et syriennes.

Le Département de la Défense, tout comme le groupe Wagner et le régime Assad désormais renversé, sont restés longtemps discrets sur les détails de cette bataille. Néanmoins, certains éléments ont été révélés, notamment à travers la citation pour une Air Force Cross décernée en 2020 à un contrôleur de combat US ayant participé aux affrontements. Le 7 février 2018, une attaque combinée et bien coordonnée, comprenant des chars de combat, des transports blindés, de l’artillerie lourde et un bataillon d’infanterie, a traversé l’Euphrate pour attaquer l’avant-poste. Environ 30 soldats des forces spéciales américaines étaient présents aux côtés des combattants kurdes des FDS.

Lorsque les soldats de la Delta Force et les Rangers de l’armée ont été pris pour cible, une force d’une taille de peloton composée de Marines et de Green Berets, située à environ 30 kilomètres, s’est mise en route vers le champ de bataille. Leur arrivée a été retardée par une mauvaise visibilité et des routes endommagées. Pendant ce temps, le contrôleur de combat a appelé un appui aérien massif : plusieurs avions de chasse, drones, hélicoptères et avions d’appui-feu AC-130 ont pilonné les forces assaillantes. Aucun Américain n’a été blessé, tandis que plusieurs centaines d’assaillants ont été éliminés. Des enregistrements audio fuités provenant du groupe Wagner ont même laissé entendre une défaite cinglante.

« Pour faire court, on s’est fait sévèrement botter le cul », a déclaré un mercenaire Wagner dans ces enregistrements.

L’armée américaine est en train de réduire sa présence en Syrie, passant d’environ 2 000 soldats à 1 000. Selon le rapport sur l’avancement de l’opération Inherent Resolve, les forces US ont soit démantelé et fermé plusieurs bases, soit les ont remises aux FDS. Le sort exact du Mission Support Site Euphrates, s’il a été fermé ou transféré, reste inconnu. Les troupes américaines demeurent actives à Deir ez-Zor, où le Syrian Observatory for Human Rights, une organisation indépendante de surveillance, rapporte des exercices fréquents avec les forces FDS ces dernières semaines.

La base de Deir ez-Zor a régulièrement été visée par des attaques de groupes pro-Assad depuis la bataille de Khasham, subissant des tirs sporadiques de mortiers et de roquettes au fil des ans. Le commandement américain CENTCOM a rapporté fin 2024 avoir recensé plusieurs dizaines d’attaques entre octobre 2023 et la fin de 2024.

Ces dernières années, les forces américaines se sont concentrées sur la lutte contre l’EI en Syrie, même après la chute du régime Assad, renversé en décembre 2024 par des rebelles menés par Ahmed al-Sharaa, mettant fin à plus d’une décennie de guerre civile. Les États-Unis ont profité de cet effondrement pour lancer d’importants raids aériens contre l’EI dans le centre du pays ce même mois. Ils maintiennent une présence dans le nord-est syrien, majoritairement contrôlé par les FDS.

Malgré cette réduction des effectifs, les forces américaines continuent les opérations contre l’EI, menant plusieurs raids qui, selon le Syrian Observatory for Human Rights, ont notamment permis l’élimination d’un haut responsable de l’organisation terroriste à Alep. Le rapport précise que cette diminution des troupes ne marque pas la fin de l’opération Inherent Resolve en Syrie.

« Les forces américaines continueront à collaborer étroitement avec leurs partenaires pour s’assurer que ces derniers maintiennent leur capacité à exercer une pression constante sur l’EI, l’empêchant ainsi de trouver des sanctuaires ou de regagner en puissance », conclut le document.