Le Département de la Défense des États-Unis prévoit d’acquérir seulement 47 avions de chasse F-35 pour l’année fiscale 2026, marquant une baisse significative par rapport aux achats annuels récents. Ce choix illustre une évolution stratégique vers le renforcement de la préparation, de la maintenance et de la domination aérienne future, plutôt que la poursuite d’une production de masse d’avions de cinquième génération.

Le budget d’acquisition du Pentagone pour l’année fiscale 2026, dévoilé en juillet 2025, marque un tournant majeur pour le programme du F-35, pilier incontournable de l’aviation tactique américaine et alliée. Selon les documents budgétaires et plusieurs responsables de la défense, le Département de la Défense ralentit délibérément les commandes annuelles, tout en allouant davantage de ressources à l’infrastructure de maintenance, aux améliorations capacitaires et aux efforts d’intégration visant à maintenir la flotte opérationnelle, alors que l’attention se porte désormais sur les systèmes de combat aérien de prochaine génération.

Le Pentagone envisage ainsi d’acheter 47 appareils F-35, un chiffre nettement inférieur aux 74 unités prévues en 2025 et aux 86 en 2024. La répartition des acquisitions se détaille comme suit : 24 exemplaires de la variante CTOL F-35A pour l’Armée de l’air, 11 exemplaires de la variante STOVL F-35B pour le Corps des Marines et 12 exemplaires de la variante CV F-35C pour la Marine et le Corps des Marines, répartis entre 8 et 4 unités respectivement.

Cette réduction traduit les contraintes budgétaires, la réorganisation de la base industrielle et une réorientation stratégique focalisée sur l’optimisation de la flotte de cinquième génération et le développement de plates-formes futures destinées à assurer la supériorité aérienne.

Malgré la baisse des commandes, le Pentagone maintient son engagement ferme dans le programme de Développement et Livraison Continue des Capacités (C2D2), qui bénéficie de plus de 2,2 milliards de dollars de financement pour les activités de conception, développement, test et évaluation (IDT&E). Cette initiative soutient l’intégration du programme de modernisation Block 4, incluant des systèmes de mission améliorés, la fusion avancée des capteurs, de nouvelles interfaces pour les armements et des capacités accrues de guerre électronique. Elle intègre également des mises à jour critiques du matériel et du logiciel sous l’architecture TR-3, devenue une priorité majeure après les retards affectant les livraisons de production en 2024 et 2025.

Le financement des acquisitions pour l’année fiscale 2026 atteint environ 10,9 milliards de dollars, accompagné de 1 milliard de dollars supplémentaire en crédits discrétionnaires dédiés à l’accélération de l’entretien effectué dans les dépôts, à la résilience des chaînes d’approvisionnement et aux infrastructures de soutien sur site. Ces fonds visent à réduire les délais de réparation, augmenter la disponibilité des appareils et renforcer la capacité de la force conjointe à déployer des F-35 prêts au combat depuis des bases avancées, porte-avions et navires amphibies.

Les trois variantes du F-35 répondent à des doctrines opératoires distinctes, adaptées aux besoins spécifiques de chaque force :

  • Le F-35A Lightning II, destiné à l’Armée de l’air, est une version à décollage et atterrissage conventionnels (CTOL), dotée d’un design furtif, de baies d’armes internes et capable d’atteindre Mach 1,6. Avec un rayon de combat de 1 100 km, il réalise des missions d’attaque de précision, de supériorité aérienne et d’emploi nucléaire via l’intégration de la bombe gravitationnelle B61-12. C’est la variante la plus produite, constituant la colonne vertébrale de la flotte tactique aérienne américaine.
  • Le F-35B STOVL, utilisé par le Corps des Marines, est optimisé pour la guerre expéditionnaire, avec des capacités de décollage court et d’atterrissage vertical rendues possibles grâce à un ventilateur de sustentation unique et une tuyère rotative. Il peut être déployé à partir de navires d’assaut amphibies ou de pistes non aménagées, offrant ainsi une agilité opérationnelle inédite. Son rayon de combat est légèrement réduit à 865 km, mais sa flexibilité est devenue un atout majeur de l’aviation du Corps des Marines.
  • Le F-35C, variante navale à voilure élargie, fuselage renforcé et crochet d’appontage, est conçu pour les opérations sur porte-avions avec décollage assisté par catapulte et atterrissage arrêté. Il possède la plus grande autonomie des versions F-35, dépassant 1 200 km, et constitue la seule plate-forme furtive de la Marine capable de mener des frappes de précision à longue portée tout en assurant la supériorité aérienne dans des environnements maritimes fortement contestés.

Les principaux contractants du programme continuent d’être Lockheed Martin (Fort Worth, Texas) pour la cellule de l’avion, et Pratt & Whitney (Hartford, Connecticut) pour le moteur F135. Ces deux acteurs travaillent intensément pour stabiliser les calendriers de production perturbés par l’intégration du TR-3 et répondre aux préoccupations du Congrès concernant les coûts en hausse et la disponibilité limitée des appareils.

Par ailleurs, le Pentagone a renforcé les financements dédiés aux capacités de maintenance organique dans les dépôts, réduisant la dépendance vis-à-vis des fournisseurs externes et améliorant la faculté des forces armées à soutenir un rythme opérationnel élevé en temps de paix comme en période de conflit.

Sur le plan stratégique, le profil budgétaire de l’année fiscale 2026 place le programme F-35 à la croisée des chemins entre la préparation opérationnelle actuelle et la dissuasion future. Avec le Système de Domination Aérienne de Nouvelle Génération (NGAD) en cours de développement et attendu pour un déploiement initial dans les années 2030, le F-35 demeure l’élément central des opérations multi-domaines de cinquième génération. Les responsables du Pentagone affirment que cet avion restera la pierre angulaire de la puissance aérienne américaine jusqu’au milieu des années 2040, alors même que l’accent se déplace désormais de la quantité vers l’adaptabilité des missions, la survie en combat et l’interopérabilité avec les forces alliées.

Cependant, cette chute drastique des commandes suscite des inquiétudes au Capitole, où les législateurs alertent sur les conséquences potentielles pour l’industrie de défense et appellent à une réévaluation des niveaux d’exigence opérationnelle. Les discussions au Congrès début 2026 seront déterminantes pour la décision finale sur le volume d’acquisition du F-35 dans ce cycle budgétaire.

Avec plus de 1 000 F-35 livrés dans le monde et une demande croissante au sein de l’OTAN et des alliés dans la région Indo-Pacifique, cet avion conserve une place cruciale dans la force aérienne des coalitions internationales. Néanmoins, le budget 2026 témoigne que la prochaine phase du programme ne sera pas définie par des pics de production, mais par la capacité des États-Unis à adapter, moderniser et maintenir leur avion de chasse le plus avancé face à un contexte sécuritaire en rapide mutation.