Alors que la situation en Ukraine ne cesse de se détériorer, l’OTAN a récemment réaffirmé son soutien à Kyiv lors du sommet organisé à La Haye. Toutefois, les États-Unis, tout en soutenant officiellement cet engagement, semblent simultanément se désengager de leurs alliés européens en suspendant certaines livraisons d’armes essentielles à l’Ukraine.
Depuis la fin mai, les frappes aériennes russes sur les villes ukrainiennes se sont intensifiées, causant des dégâts considérables et de lourdes pertes civiles, notamment dans la capitale, Kyiv. Sur le front terrestre, Moscou a réalisé des avancées limitées mais coûteuses le long d’une ligne de front d’environ 1 000 km, parvenant à prendre le contrôle total de la région ukrainienne de Louhansk, une partie ayant déjà été occupée avant le début de l’invasion générale en février 2022.
Les renseignements néerlandais et allemands évoquent en outre l’emploi répandu d’armes chimiques russes, ce qui contribue aux succès militaires du Kremlin sur le terrain.
Face à cette escalade, le sommet de l’OTAN du 25 juin a abouti à une déclaration conjointe qualifiant la Russie de « menace à long terme pour la sécurité euro-atlantique » et réaffirmant l’engagement des membres à soutenir l’Ukraine. Bien que l’adhésion future de Kyiv à l’OTAN n’y ait pas été évoquée, le fait que le président américain Donald Trump ait accepté ces déclarations a été perçu comme une avancée.
Pourtant, moins d’une semaine après ce sommet, Washington a suspendu la livraison de plusieurs matériels militaires cruciaux, dont des missiles Patriot et des roquettes de précision à longue portée, invoquant l’épuisement des stocks américains. Cette décision est d’autant plus surprenante que l’analyse du Pentagone de l’époque, approuvée par l’administration Biden, estimait que ces envois ne mettraient pas en péril les réserves américaines.
Cette interruption affaiblit la capacité de défense de Kyiv contre les frappes aériennes russes croissantes et limite la possibilité d’attaques sur les lignes de ravitaillement russes, essentielles aux avancées terrestres.
Malgré les protestations ukrainiennes et une proposition allemande d’acquérir des missiles Patriot pour en réexporter en Ukraine, le président Trump ne semble pas pressé de revenir sur cette suspension. Un échange téléphonique avec Vladimir Poutine début juillet n’a pas modifié cette position, bien que Trump ait exprimé son dépit face au refus du Kremlin de mettre fin aux hostilités. Fait notable, quelques heures après cet entretien, Moscou a lancé la plus grande attaque par drones depuis le début du conflit contre Kyiv.
Le lendemain, un appel téléphonique entre Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a été qualifié de « productif », mais aucune indication n’a été donnée sur une reprise rapide des livraisons d’armes américaines.
De précédentes suspensions, notamment en mars 2025 suite à une rencontre tendue entre Trump et Zelensky à la Maison-Blanche, avaient finalement été levées après certains compromis, qu’il s’agisse d’un cessez-le-feu ou d’accords portant sur les ressources minérales ukrainiennes. Or, l’actuelle pause intervient dans un contexte politique incertain, laissant supposer qu’elle pourrait être liée à des exigences supplémentaires des États-Unis, en décalage avec la position européenne et ukrainienne.
Cette posture américaine pourrait traduire la volonté de Trump de satisfaire certaines demandes russes en échange d’un cessez-le-feu qui, selon ses déclarations antérieures, aurait pu être négocié en 24 heures. Pourtant, le Kremlin demeure intransigeant sur ses « lignes rouges » concernant un futur accord de paix, notamment la levée des sanctions, l’exclusion de l’Ukraine de l’OTAN, la limitation des forces armées ukrainiennes, ainsi que la reconnaissance par Kyiv de l’annexion de la Crimée et de quatre régions ukrainiennes.
Ces exigences sont restées quasiment inchangées depuis le début du conflit, et il apparaît que seule une pression significative sur le Kremlin pourrait les faire évoluer. Or, à ce jour, Trump ne s’est pas montré disposé à exercer une telle pression de façon concrète, se contentant d’allusions sporadiques dans les médias ou sur les réseaux sociaux.
De leur côté, l’Ukraine et ses partenaires européens rejettent fermement ces demandes maximalistes. Avec le recul apparent du soutien américain, notamment sur le volet militaire, Kyiv et les États européens doivent accélérer leur propre effort de défense.
Une coalition européenne, transcendant les clivages traditionnels entre membres ou non-membres de l’UE et de l’OTAN, commence à se former. Des pays comme la Moldavie, la Norvège ou le Royaume-Uni, ainsi que des alliés extérieurs à l’Europe tels que le Canada, le Japon et la Corée du Sud, participent à ce mouvement.
La Commission européenne a publié un Livre blanc sur la défense mobilisant environ 800 milliards d’euros de dépenses pour renforcer la coopération militaire, notamment en intégrant plus étroitement le secteur de la défense ukrainien à celui de l’Union européenne.
Au niveau national, des pays clés comme l’Allemagne se montrent également prêts à augmenter leurs budgets de défense et à renforcer leur présence militaire aux frontières russes.
Le doute américain ne signe pas la défaite imminente de l’Ukraine, tout comme la montée en puissance européenne ne garantit pas une victoire rapide face à Moscou. Après des décennies de dépendance aux États-Unis et de sous-investissement dans leurs capacités militaires, ces initiatives européennes représentent un premier pas important. Elles permettront de gagner du temps et de tracer la voie vers une Europe plus autonome sur le plan stratégique.