Une nouvelle politique en cours d’élaboration dans l’armée américaine pourrait conduire à la séparation des soldats bénéficiant d’exemptions médicales prolongées liées au rasage. Cette mesure toucherait particulièrement les soldats noirs souffrant d’une affection cutanée aggravée par le rasage.

Le projet, révélé récemment, intervient alors que l’Armée américaine finalise ses nouvelles normes d’apparence. Ces règles à venir supprimeraient les exemptions permanentes au rasage, et les soldats nécessitant des exemptions prolongées d’un an ou plus pour des raisons médicales pourraient être exclus des forces.

Selon les responsables militaires, le nombre d’exemptions au rasage a doublé ces dernières années, dépassant 40 000 en 2024. Steve Warren, porte-parole de l’Armée, a expliqué que cette « retour aux normes » passe par un examen rigoureux des modalités et durées des exemptions. La mise en œuvre de cette nouvelle politique n’a pas encore de date définie.

« Nous avons clairement perdu le contrôle de notre norme concernant le fait d’être parfaitement rasé, » a déclaré le lieutenant-colonel Orlandon Howard. « Mettre en place un processus strict pour nos standards de toilettage est crucial, car cela participe à l’uniformité et à la discipline, éléments essentiels à la préparation opérationnelle et au combat. »

Un point majeur d’inquiétude concerne la Pseudofolliculite Barbae (PFB), une affection courante chez les hommes noirs, notamment, provoquée par la repousse du poil sous la peau après le rasage, entraînant inflammations, irritations et parfois cicatrices. Cette pathologie, touchant jusqu’à 60 % des hommes noirs, est la principale raison de l’octroi des exemptions médicales au rasage dans l’armée. La solution actuelle repose souvent sur l’abstention du rasage.

Les autorités militaires ont précisé que ces nouvelles mesures ne visent aucune catégorie ethnique en particulier. Un porte-parole a souligné que la séparation pourrait également concerner les soldats souffrant d’autres pathologies médicales, déjà incompatibles avec le service militaire.

Parmi les changements, les commandants d’unité se verront confier plus de pouvoir dans la gestion des exemptions. Ils auront davantage d’implication et de latitude pour autoriser ou refuser les dispenses au regard des normes d’apparence. Cette approche suit l’exemple du Corps des Marines, qui a instauré un système similaire début 2024, laissant la décision finale aux commandants.

Historiquement, l’armée américaine oblige ses soldats à être rasés de près afin d’assurer une parfaite étanchéité avec les équipements, notamment les masques à gaz. Certaines exemptions ont été accordées pour les forces spéciales évoluant à l’étranger, comme en Afghanistan, mais les soldats devaient en général se raser à leur retour sur le sol américain.

Le lieutenant-colonel Howard a insisté sur la nécessité d’une meilleure communication pour réduire le nombre d’exemptions, affirmant que l’armée avait perdu « une large conscience » des règles en vigueur.

Concernant la Pseudofolliculite Barbae, il estime que la majorité des soldats pourront se conformer aux nouvelles normes. Dans la plupart des cas, cette affection est légère à modérée et peut être maîtrisée par des techniques de rasage adaptées. Pour les cas plus graves, l’armée étudie des alternatives comme les traitements au laser, qui peuvent atténuer la pathologie bien qu’ils présentent parfois des effets secondaires, tels que croûtes ou cicatrices, selon des études médicales.

Ces révisions s’inscrivent dans le cadre d’une remise à plat plus large des standards de toilettage et de condition physique au sein des forces armées, initiée en mars par le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth. Celui-ci a demandé une clarification des normes, incluant notamment, mais sans se limiter aux, règles concernant la barbe.