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Avec le retour des conflits interétatiques de grande ampleur sur le continent européen, une constante s’impose : l’utilisation massive de forces supplétives et de proxy, engagées dans des rôles aussi bien conventionnels qu’irréguliers.

Plusieurs questions clés émergent pour appréhender le rôle futur de ces forces dans les conflits à venir :

  • Quelle est la différence entre forces supplétives et forces proxy en termes de nature et d’objectif ?
  • Quels rôles ces forces ont-elles joué dans la guerre en Ukraine ?
  • Au regard du conflit ukrainien et de la mutinerie de Wagner, comment ces forces pourraient-elles être utilisées dans un futur proche ?

Forces supplétives et forces proxy : distinctions essentielles

Les forces supplétives et proxy opèrent au nom d’un acteur extérieur, bénéficiant d’un soutien direct ou indirect. Cependant, leur différence majeure réside dans leurs liens politiques et géographiques avec la zone d’opération : les forces proxy sont enracinées localement, tandis que les forces supplétives n’ont aucun lien politique ni géographique avec le théâtre des opérations.

Cette absence de contraintes géographiques et politiques confère aux forces supplétives russes, notamment les sociétés militaires privées (SMP) telles que Wagner, Moran, Orel ou RUS-Group engagées en Ukraine, une flexibilité accrue et la possibilité d’être déployées dans des zones et missions variées.

À l’inverse, les milices des Républiques populaires de Louhansk et Donetsk, typiques des forces proxy, restent cantonnées à leurs régions respectives, limitant leur mobilité et la diversité de leurs missions.

Un rôle combatif étendu en Ukraine

Les SMP russes se démarquent nettement des SMP occidentales, qui se concentrent généralement sur des missions de soutien comme la protection de convois ou d’équipes. En Ukraine, elles ont assumé des fonctions de combat direct en première ligne, illustrant leur caractère de forces supplétives.

Ces forces ont été déterminantes lors de l’annexion initiale de la Crimée et ont soutenu les mouvements séparatistes dans les régions de Louhansk et Donetsk. Elles auraient constitué une part des fameux « hommes en vert », ces troupes sans insigne chargées de prendre le contrôle d’infrastructures clés.

Une leçon à tirer du conflit ukrainien

Les observateurs étrangers scrutent le conflit ukrainien pour en extraire des enseignements dans de nombreux domaines, y compris l’usage des forces supplétives. Si leur emploi est répandu dans différents scénarios, la mutinerie au sein du groupe Wagner a mis en lumière les risques associés à ces forces.

Cette crise pourrait inciter certains acteurs internationaux, plus prudents, à limiter voire à abandonner le recours à ces forces. D’autres, en revanche, pourraient en restreindre drastiquement l’autonomie pour mieux contrôler leur pouvoir et leur concentration.

Toutefois, il serait réducteur de considérer l’incident de Wagner comme une simple anomalie. Compte tenu de leur souplesse d’emploi et de leur déniabilité, les forces supplétives devraient rester un élément central des stratégies de guerre hybride dans les conflits à venir.