Plusieurs fabricants en Europe et aux États-Unis développent actuellement des fusils-grenades semi-automatiques de calibre compris entre 25 et 40 mm. En juin, Rheinmetall a présenté en conditions réelles sa Squad Support Weapon (SSW) 40. Dès le mois de mai, un consortium américain emmené par Barrett a remporté l’appel d’offres xTech Soldier Lethality de l’armée américaine avec son Squad Support Rifle System (SSRS) en calibre 30 x 42 mm.
Par ailleurs, FN America a annoncé début octobre avoir obtenu un contrat pour le développement de son MTL-30 dans le cadre du projet Precision Grenadier System (PGS) de l’armée américaine. Cette démarche vise clairement à réduire le risque d’échec d’une solution unique. En parallèle, Colt et Northrop Grumman travaillent sur un nouveau design basé sur le XM25 de Heckler & Koch et Orbital ATK, en calibre 25 x 40 mm, un système expérimenté en Afghanistan mais finalement abandonné entre 2013 et 2018.
Un ancêtre encombrant : le programme OICW
Le XM25 est issu du programme XM29 Objective Individual Combat Weapon (OICW) lancé autour des années 2000. Ce programme voulait combiner un carabine calibre 5,56 x 45 mm NATO avec un lance-grenades semi-automatique calibre 20 x 28 mm, utilisant des munitions programmables à point airburst. L’idée était que ce système permette de neutraliser les ennemis dissimulés derrière des abris grâce à des explosions au-dessus de leur position.
Avec son viseur balistique informatisé, le système pesait déjà à vide près de 6,8 kg, passant à 8,17 kg chargée, soit environ 1,4 kg de plus que les objectifs initiaux. De plus, les effets des grenades de 20 mm se sont révélés insuffisants et des questions ont émergé quant à la logistique des munitions, qui s’appuyaient sur des chargeurs de cinq coups volumineux. En 2003, il fut décidé de séparer les deux composants pour ne plus les réunir que lorsque la technologie serait plus avancée.
Un accident freine le XM25
Le résultat fut le développement du fusil XM8 et du fusil-grenade XM25 calibre 25 mm. Ce dernier pesait encore 6,35 kg à vide et les retours des troupes déployées en Afghanistan furent mitigés. Certains membres du 75th Ranger Regiment considéraient que l’arme et ses munitions étaient trop lourdes, et que la quantité de munitions transportable ne justifiait pas de renoncer au carabine M4 au sein de leur équipe. À l’inverse, des soldats de la 101st Airborne Division qualifiaient ce fusil-grenades d’extrêmement efficace, même de « révolutionnaire » et de « gamechanger », permettant de clore des engagements en quelques minutes.
Un accident en 2013 lors d’un entraînement avec munitions réelles a néanmoins retardé la décision d’achat : une double alimentation provoqua l’allumage prématuré d’une charge propulsive dans l’arme. Les dispositifs de sécurité évitèrent l’explosion de l’ogive ; le tireur ne souffrit que de blessures superficielles malgré la perte fonctionnelle temporaire de l’arme. Toutefois, le comité de défense du Sénat américain stoppa alors le financement du projet, qui fut finalement abandonné en 2018.

Le XM25 en calibre 25 x 40 mm. (Photo : U.S. Army/PEO Soldier)
Un développement sous nouveau management
En 2018, Orbital ATK, co-développeur initial, est racheté par Northrop Grumman, qui collabore désormais avec Colt sur une évolution du système. Contrairement à l’approche bullpup du XM25, une maquette publique montre un design conventionnel avec le chargeur devant la détente, doté d’un viseur balistique israélien SMASH de Smartshooter. Par ailleurs, le XM175 conçu par Vortex pour la nouvelle carabine M7 et la mitrailleuse M250 de l’armée américaine a également été présenté.
Northrop Grumman indique avoir développé quatre types de munitions : à détonation aérienne programmée, à fuseur de proximité contre drones, à fins d’entraînement, ainsi qu’une munition de combat rapproché. Pour le XM25, il existait déjà une munition à fléchettes pour le tir en proximité, ainsi que des types perforants, thermobares et une munition conçue pour défoncer des portes. L’équipe espère toujours être retenue pour le projet PGS de l’armée américaine.

Le SSRS développé par Barrett et MARS. (Photo : Barrett)
Les principaux candidats en calibre 30 mm
Les deux favoris, Barrett en collaboration avec MARS Inc. et FN America, ont misé sur le calibre 30 x 42 mm, espérant une puissance accrue. Leurs armes adoptent une apparence plutôt conventionnelle de fusil, bien que relativement lourdes. Le MTL-30 de FN, mesurant près de 90 cm, pèse environ 4,5 kg à vide, possède un frein de bouche massif et utilise des chargeurs de trois à cinq coups.
FN adapte son design afin qu’il se rapproche en ergonomie du système AR-15, notamment au niveau des commandes et de la crosse ajustable. Comme le SSRS de Barrett et MARS, il présente une rail Picatinny continue sur le dessus pour accueillir un système de visée balistique. La munition 30 mm développe une trajectoire relativement tendue, avec une portée efficace annoncée à 500 mètres.

Burghard Lindhorst, rédacteur en chef, avec la SSW 40 de Rheinmetall sur le pas de tir à Unterlüß. (Photo : MRV/Lindhorst)
Des fusils-grenades hors du cadre du PGS
La SSW40 de Rheinmetall ne se laisse pas attirer par les calibres récents et utilise la munition répandue en 40 x 46 mm, avec une grande variété de types, y compris les versions Medium Velocity (MV) à vitesse initiale accrue pour une portée améliorée. Pour le projet PGS, le fabricant a développé une variante baptisée Highly-Advanced Multi-Mission Rifle (HAMMR), qui n’a pas encore été prise en compte.
Cela vaut également pour deux autres concurrents : Knight Technical Solutions avec son Multipurpose Intelligent Grenade System (MIGS) et Plumb Precision Products avec leur lance-grenades de précision P3 M110. Sur le marché international, on trouve aussi l’original sud-africain Neopup PAW-20 en calibre 20 x 42 mm, qui n’utilise toutefois pas la munition OICW et ne propose pas la fonction de détonation aérienne. Néanmoins, il apparaît que les fusils-grenades multi-coups destinés à l’appui au niveau de la section gagnent en popularité.
Stefan Axel Boes