Article de 626 mots ⏱️ 3 min de lecture

Le nouvel opus du manuel FM 3-05 « Army Special Operations » ouvre une réflexion sur le rôle futur des forces spéciales de l’Armée américaine. Cette publication met en lumière les contributions possibles du U.S. Army Special Operations Command (USASOC) — comprenant notamment les « Green Berets » du 1st Special Forces Command (Airborne), le 75th Ranger Regiment ainsi que le 160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne) « Night Stalkers » — dans un contexte de retour à des opérations mechanisées face à des adversaires quasi-équivalents, après une longue focalisation sur la contre-insurrection.

Dans son avant-propos, le lieutenant-général Jonathan Braga, commandant de l’USASOC, déclare : « Notre doctrine doit montrer comment les forces spéciales de l’Armée peuvent contribuer à l’ensemble du spectre des conflits — en restant informées sur les menaces, guidées stratégiquement, focalisées sur l’opérationnel et préparées tactiquement ». Illustrant le concept de guerre multi-domaines, Braga propose une « triade spécialités forces-cyber-espace » inspirée de la triade nucléaire terrestre, aérienne et navale. Ces moyens cibleraient des objectifs de haute valeur ennemis tels que les centres de commandement, communications, reconnaissance et cyber-infrastructures.

Opérations derrière les lignes amies et ennemies

Les forces spéciales joueraient, au-delà de la reconnaissance spatiale et des cyberattaques, le rôle physique au sol dans cette triade, assurant la surveillance et frappant ces cibles. Le manuel souligne également d’autres formes d’opérations classiques derrière les lignes adverses : « Les forces spéciales peuvent viser les vulnérabilités critiques de l’ennemi, perturber sa chaîne de commandement, neutraliser ses tirs longue portée et épuiser ses capacités de soutien afin d’appuyer le combat rapproché et façonner l’environnement opérationnel ».

Par ailleurs, l’ouvrage reconnaît un rôle aux forces opérant dans la zone arrière amie : « Les forces spéciales dans l’arrière opèrent pour identifier et neutraliser les forces ennemies contournées ainsi que les menaces cachées parmi la population contournée, afin de consolider les gains ». Selon l’USASOC, ce nouveau manuel vise à mieux intégrer l’action conjointe au sein de l’Armée américaine, après que la doctrine précédente insistait sur la rapidité, l’action préemptive et disruptive, la tromperie et « l’initiative disciplinée ».

Le rôle traditionnel des Green Berets demeure

La discipline de l’initiative sur des théâtres comme l’Afghanistan et l’Irak fait l’objet d’appréciations qui varient. Des forces conventionnelles et spéciales ont souvent opéré sous des chaînes de commandement séparées, se gênant mutuellement et perpétuant une relation parfois marquée par des divergences culturelles et une certaine méfiance. La précédente version du FM 3-05 (2019) préconisait une coordination à l’échelle du corps d’armée seulement. La nouvelle édition insiste davantage sur les opérations conjointes et place la conduite des opérations spéciales au plus haut niveau de commandement opérationnel.

Une mission classique des Green Berets, depuis leur création en 1964, reste inchangée : organiser et former les troupes alliées. Le manuel évoque par exemple le conseil apporté aux forces ukrainiennes conventionnelles et spéciales, notamment par la 10th Special Forces Group responsable de l’Europe, dès avant l’invasion russe à grande échelle, depuis l’occupation de la Crimée en 2014. La ligne directrice apparente de cette publication est de maintenir la pertinence des forces spéciales dans les conflits modernes et de convaincre l’« armée conventionnelle » des raisons de ne pas diminuer ou supprimer ces forces opérant de façon non conventionnelle.

Stefan Axel Boes