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La livraison de trois hélicoptères d’attaque AH-64E Apache Guardian destinés à l’armée indienne a pris un tournant inattendu. Un avion cargo Antonov An-124, chargé de transporter ces appareils vers l’Inde, est retourné aux États-Unis après une longue escale au Royaume-Uni, alors qu’il se dirigeait initialement vers sa destination finale.

Un porte-parole de Boeing a indiqué que l’entreprise enquêtait sur des « problèmes logistiques » qui ont interrompu le transport des hélicoptères.

Le mouvement inhabituel de l’Antonov An-124, immatriculé UR-82008, a été suivi de près par des observateurs aéronautiques. L’appareil est arrivé le 30 octobre à l’aéroport Mesa Gateway, aussi appelé aéroport de Phoenix-Mesa, en Arizona, après un vol depuis sa base à Leipzig, en Allemagne.

Les trois AH-64E, récemment transférés des installations de Boeing à Mesa, ont été chargés à bord de l’An-124 le 1er novembre avant que l’appareil ne décolle vers l’aéroport d’East Midlands, en Angleterre. Les hélicoptères arboraient alors le camouflage désertique propre à l’armée indienne. L’un d’eux portait le numéro de série IA-7105.

L’An-124 et sa précieuse cargaison sont restés au sol au Royaume-Uni pendant huit jours, avant que l’avion ne reparte, non pas vers l’Inde, mais en sens inverse, traversant l’Atlantique jusqu’à son point de départ à Mesa Gateway, où il a atterri le 8 novembre.

Par la suite, les AH-64E ont été déchargés, remorqués sans leurs rotors démontés.

L’armée indienne avait déjà réceptionné ses trois premiers AH-64E en juillet, dans le cadre d’un contrat de six hélicoptères d’une valeur de 796 millions de dollars signé en février 2020, lors de la visite du président américain Donald Trump à New Delhi.

Le premier lot avait été acheminé par un An-124 jusqu’à la base aérienne de Hindon, près de Loni Ghaziabad dans l’État d’Uttar Pradesh, en périphérie de Delhi. « Ces hélicoptères amélioreront l’efficacité opérationnelle de l’aile aviation de l’armée, notamment en terrain difficile », avait alors déclaré le ministre indien de la Défense, Rajnath Singh.

À ce jour, les AH-64 servaient principalement à la formation des équipages à Nashik, dans l’État du Maharashtra, sur la côte ouest de l’Inde, où se trouve l’École de formation à l’aviation de l’armée indienne. Leur affectation future est prévue à la base d’aviation de l’armée de Nagtalao, près de Jodhpur, dans le nord-ouest du pays.

Le dernier lot de trois hélicoptères aurait donc dû finaliser la livraison, si ceux-ci avaient été effectivement transférés sur le territoire indien.

« Nous travaillons actuellement à résoudre les problèmes logistiques causés par des facteurs externes afin d’achever la livraison des appareils restants », a indiqué un porte-parole de Boeing, précisant que la société reste en étroite collaboration avec les gouvernements américain et indien pour accélérer la mise en service du contrat signé.

La nature exacte de ces « problèmes logistiques » reste inconnue. Ils pourraient être liés à des aspects techniques concernant soit les hélicoptères, soit l’Antonov An-124, ou encore à des contraintes administratives, telles que des formalités douanières. Plus hypothétiquement, une ingérence diplomatique ou politique pourrait être en cause, bien que cela aurait normalement été anticipé.

De manière inhabituelle, New Delhi a commandé des AH-64E pour deux branches différentes de ses forces armées. La Force aérienne indienne avait en effet reçu auparavant 22 exemplaires de cette machine, tous livrés sans encombre.

Le retard actuel intervient dans un contexte de renforcement des intérêts de l’Inde pour l’acquisition de matériels militaires américains, incluant notamment les avions de transport C-130J Hercules, les hélicoptères lourds CH-47F Chinook et les avions de patrouille maritime P-8I Neptune (surnommés Poseidon).

Par ailleurs, les relations entre Washington et New Delhi connaissent une certaine tension. En Inde, des doutes sur la fiabilité américaine comme partenaire stratégique se sont accentués, notamment après une attaque terroriste survenue en avril et des affrontements militaires avec le Pakistan. Ces événements ont conduit l’administration Trump à imposer un tarif douanier de 50 % sur les exportations indiennes, marquant un désaccord sur les achats indiens de pétrole russe.

Il demeure clair que les forces armées indiennes ont un besoin urgent de renforcer leurs capacités en hélicoptères d’attaque, afin de mieux faire face aux menaces technologiques croissantes venues principalement de la Chine et du Pakistan.

Le porte-parole de Boeing a conclu en soulignant le souhait de la société de finaliser au plus vite la livraison des Apache restants commandés par l’armée indienne.

Thomas Newdick