
Les dangers liés à l’exposition répétée des soldats aux armes générant une surpression d’explosion (BOP – Blast Overpressure) lors des tirs suscitent une attention croissante. Face à cela, le Congrès américain a adopté plusieurs directives afin de mieux encadrer l’exposition des troupes et protéger leur santé cérébrale.
Les directives imposées au Pentagone exigent notamment la définition de nouvelles limites de sécurité concernant l’exposition aux surpressions, l’identification des systèmes d’armes dits “de niveau 1”, comprenant les munitions susceptibles d’impacter la santé cérébrale, ainsi que le développement de solutions matérielles adaptées à ces contraintes pour les systèmes d’armes actuels et futurs.
Selon le Commandement médical de l’armée américaine, les organes les plus vulnérables à la surpression d’explosion sont l’oreille moyenne, les poumons, le cerveau et les intestins. De nombreux effets à long terme restent encore mal compris.
Le DEVCOM Armaments Center joue un rôle majeur dans cette démarche collective de mitigation de la BOP. Ses ingénieurs interviennent dans la conception, le développement, la mise en service et le maintien en condition opérationnelle de nombreux systèmes reconnus pour leur contribution à la surpression : obusiers, mortiers, armes portées à l’épaule, armes de calibre .50, ainsi que charges de destruction et de franchissement.
Le premier “Picatinny Weapons Community Blast Overpressure Summit” s’est tenu les 22 et 23 octobre 2024. Outre le DEVCOM Armaments Center, y ont participé le Joint Program Executive Office Armaments and Ammunition, le Program Executive Office Soldier, le Army Research Lab, le Medical Research and Development Command, ainsi que la Defense Health Agency Public Health Aberdeen.
« Ce fut une excellente occasion pour la communauté des armements de se réunir », a déclaré Jeffrey Kraft, point de contact au sein du DEVCOM Armaments Center pour l’initiative BOP. « Cela a permis de faire un état des lieux sur ce qui se fait au sein de la communauté des armes en matière de surpression, mais aussi de communiquer les enseignements tirés dans les grands forums au niveau du Bureau du Secrétaire à la Défense. »
Jeffrey Kraft souligne l’importance de nouer des relations étroites avec tous les acteurs concernés par la réduction de la surpression.
« Du côté des concepteurs d’armes, nous ne travaillons pas isolément. » explique-t-il. « Nous collaborons étroitement avec la communauté médicale afin qu’au fur et à mesure de leurs découvertes sur les effets de la BOP, nous puissions intégrer ces connaissances dans nos stratégies. L’objectif est d’adopter une approche commune à l’échelle de l’Armée et du Département de la Défense. »
Au sein du DEVCOM Armaments Center, les efforts pour traiter la problématique BOP s’organisent autour de plusieurs axes : l’évaluation des systèmes d’armes et munitions anciens et nouveaux, le développement de solutions techniques pour réduire la surpression, la collecte et l’analyse de données via des capteurs de surpression, la modélisation et simulation, ainsi que l’amélioration des infrastructures de tir pour mieux protéger les soldats. Une autre ligne de travail concerne le soutien aux armes et munitions, incluant la formation du personnel, les programmes d’entraînement, le matériel de soutien et les facteurs humains.
« Le défi technique consiste à maintenir la létalité et la performance des systèmes d’armes tout en réduisant la surpression », précise Kraft. « Chaque système présente des défis spécifiques selon ses caractéristiques. »
Un premier pas majeur dans la mitigation de la BOP consiste à collecter suffisamment de données pour mieux cerner l’ampleur et la nature du problème.
« Comprendre précisément le problème est indispensable pour imaginer des solutions adaptées. Nous ignorons encore certains paramètres, notamment physiques, qui pourraient limiter nos capacités d’intervention, mais il est urgent de commencer cette démarche. »
Il souligne également la difficulté d’évaluer les effets réels de la surpression sur la santé des soldats et la nécessité d’établir des critères requis pour guider le développement de solutions techniques nouvelles.
Parmi les innovations mises en avant, une nouvelle charge de franchissement a été développée par M. Greg Stunzenas et son équipe au DEVCOM Armaments Center. Cette charge, compatible avec les explosifs existants, atténue la surpression lors des opérations de franchissement de portes ou d’obstacles.
Un cône atténuateur de surpression, conçu par le Dr Robert Carson et son équipe, peut être utilisé avec des mortiers, notamment le 120 mm. Ce dispositif dévie l’onde de choc, réduisant ainsi significativement le niveau d’exposition des soldats présents.
Ces dernières années, la surpression générée par les obusiers a été diminuée grâce à l’optimisation du frein de bouche, utilisant des méthodes numériques avancées (dynamique des fluides numérique) validées par des essais réels. Aujourd’hui, une équipe explore la suppression potentielle du frein de bouche et des modifications sur le système de recul afin de réduire la surpression.
« La communauté dédiée à la surpression s’intéresse également à l’utilisation de capteurs portables pour mesurer le niveau d’exposition des soldats », indique Kraft. « Au DEVCOM Armaments Center, nous développons des technologies adaptées aux munitions de gros calibre et appliquons ces avancées aux capteurs de surpression, avec pour objectif d’intégrer ces capteurs dans les casques afin de mieux connaître les profils d’exposition individuelle lors d’un événement explosif. »
Une autre initiative consiste à organiser des ateliers ciblés sur chaque système d’arme afin d’explorer en profondeur les données disponibles, d’évoquer de nouvelles idées et d’envisager des mesures pour supprimer ou atténuer la surpression.
« Ces ateliers permettent aux membres de la communauté des armements de se concentrer sur un système spécifique et de définir ensemble des pistes d’action concrètes », conclut Kraft.
L’initiative BOP illustre parfaitement l’esprit d’innovation du personnel du DEVCOM Armaments Center, qui allie recherche de solutions créatives et collaboration étroite avec ses partenaires.
Par Edward Lopez et Timothy Rider