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La Marine indienne franchit une étape majeure dans la projection de sa puissance maritime en obtenant l’autorisation de développer quatre imposants Landing Platform Docks (LPD) totalement conçus en Inde, pour un coût dépassant 80 000 crores de roupies. Ces plates-formes flottantes, intégrant des technologies avancées de contrôle de systèmes sans pilote, ouvriront la voie à une nouvelle ère de guerre expéditionnaire dans l’océan Indien et la région Indo-Pacifique.

Les futurs LPD ne se contenteront pas de transporter troupes et blindés pour les assauts amphibies, ils agiront aussi comme navires-mères pour une flotte polyvalente d’engins autonomes : drones à voilure fixe, véhicules de surface et sous-marins sans équipage, étendant ainsi significativement la capacité d’action de la Marine tout en réduisant l’exposition humaine dans des zones contestées.

Le projet, longtemps bloqué par des contraintes budgétaires et des débats sur la conception, a été relancé fin septembre 2025 lors d’une réunion de haut niveau au ministère de la Défense. Cette décision accélère un programme initialement lancé en 2021, positionnant l’Inde en leader des opérations navales hybrides homme-machine face à la montée des tensions stratégiques avec la Chine dans la région.

Chaque LPD, long de 200 mètres et déplaçant entre 30 000 et 40 000 tonnes, disposera d’un pont continu à la manière de porte-avions réduits. Ils pourront embarquer jusqu’à 900 soldats, 30 chars, ainsi qu’une multitude de navires de débarquement pour des insertions rapides en zone côtière. Parmi les principaux candidats à la construction figurent Larsen & Toubro (L&T), Mazagon Dock Shipbuilders Ltd (MDL) et Cochin Shipyard Ltd (CSL), avec des partenariats étrangers envisagés sur la propulsion et l’avionique afin d’atteindre un taux d’indigénisation de 60 %.

Ces bâtiments renforceront la flotte amphibie actuelle de la Marine aux côtés de l’INS Jalashwa et de ses navires de classe Jalashwa, facilitant les opérations conjointes avec l’Armée de Terre et l’Armée de l’Air lors de scénarios d’île en île, notamment des Andaman jusqu’aux Lakshadweep. La pose de la quille est prévue pour 2027, avec une mise en service programmée entre 2032 et 2035, conformément à l’objectif de la Marine d’atteindre 175 navires de guerre d’ici 2030.

Une avancée technologique majeure : le rôle pivot dans l’écosystème des systèmes sans pilote

Ce qui distingue particulièrement ces LPD est leur fonction de centre nerveux pour un système intégré de drones et véhicules autonomes. Équipés de suites C4ISR (Commandement, Contrôle, Communications, Informatique, Renseignement, Surveillance, Reconnaissance) spécialement conçues pour la gestion simultanée de multiples plateformes, ces navires piloteront un large éventail d’équipements :

  • ROV (véhicules télécommandés) dédiés à la neutralisation des mines et aux opérations de maintenance.
  • UAV (drones aériens) pour les missions de renseignement à plus de 500 km.
  • Planeurs sous-marins pour la collecte persistante de données océanographiques.
  • USV (véhicules de surface sans pilote) spécialisés dans la guerre anti-sous-marine et les patrouilles.
  • UUV (véhicules sous-marins sans équipage) pour la cartographie des fonds marins ou frappes discrètes.

Les LPD pourront également lancer des avions de combat sans pilote à voilure fixe, tels que les UCAV Ghatak développés par le DRDO, grâce à des systèmes automatisés de décollage et récupération, ainsi qu’un silo de lancement vertical pour les munitions stationnaires. Cette configuration « navire-mère » s’inspire du concept américain Sea Hunter, tout en étant adaptée et produite localement par Bharat Electronics Ltd (BEL) et Tata Advanced Systems, permettant de déployer des essaims autonomes même dans les zones privées de GPS. Un briefing de la Marine souligne : « ces LPD tireront parti de toutes les dimensions technologiques des systèmes autonomes, transformant les opérations amphibies en réseaux de létalité distribuée ».

Les analyses récentes insistent sur la transformation des LPD en porte-drones à part entière, élargissant le rayon d’action des frappes jusqu’à 1 000 km dans la région Indo-Océanique, un facteur clé face aux Landing Helicopter Docks (LHD) Type 075 de la marine chinoise.

Types d’engins sans pilote sous commandement LPD Rôle Technologies d’intégration
Drones à voilure fixe (ex. Ghatak) Renseignement/attaque Lancement/récupération sur pont ; radar AESA
USV (ex. Surf) Guerre anti-sous-marine/patrouille Pilotage à distance via satellite
UUV/Planeurs Renseignement fond marin/neutralisation mines Capteurs remorqués ; communications acoustiques
ROV Démineurs/réparation Liaisons fibre optique via hangars immergés
Munitions stationnaires Frappe de précision Intégration VLS ; ciblage par IA

Le modèle « through-deck », discuté depuis 2024, fait évoluer les LPD vers des quasi-LHD, avec des hangars pouvant accueillir jusqu’à 12 aéronefs rotatifs et des baies dédiées aux drones. La Marine prévoit de tester ces capacités en conditions opérationnelles, notamment lors d’exercices simulant les défis des transmissions entre plateformes dans des environnements cycloniques.

Dans un contexte de conflits « zones grises » où les affrontements se situent en dessous du seuil ouvert, ces LPD multiplient la force de dissuasion maritime. Ils pourront embarquer des commandos marins pour des opérations dans les îles Andaman ou déployer des essaims de drones pour surveiller en permanence les navires chinois dits « de recherche ». En outre, cette montée en puissance des systèmes autonomes répond aux limites de recrutement alors que la Marine vise un flotte de 200 navires d’ici 2030, avec l’ambition de partager ce modèle innovant au sein du QUAD.