Les Marines réintroduisent l’usage des photographies officielles dans certains conseils d’évaluation, notamment pour les sélections à des postes clés, revenant partiellement sur une décision de 2020 visant à éliminer les biais involontaires que les photos pouvaient engendrer lors des délibérations. Toutefois, cette mesure ne concerne pas les conseils de promotion, où les photos restent exclues.
Cette révision partielle de la politique entrera en vigueur à partir du 1er avril, selon un message officiel publié récemment. Dorénavant, les Marines devront soumettre leur portrait officiel lorsqu’ils postulent aux conseils de sélection pour les postes de commandement des lieutenant-colonels et colonels, ainsi que pour d’autres opportunités de formation et de carrière, telles que le Commandant’s Career Level Education Board, la Naval Post Graduate School, l’Expeditionary Warfare School (formation professionnelle du grade de capitaine) ou le poste d’instructeur à l’Académie navale des États-Unis, précise le major Jacoby Getty, porte-parole du département des ressources humaines des Marines.
Les photos ne seront pas accessibles dans les salles des conseils de sélection pour les promotions des officiers ou des militaires du rang, ni visibles par les membres du jury, rappellent les autorités militaires. Cette interdiction est inscrite dans la loi fédérale, notamment dans la National Defense Authorization Act pour l’exercice 2021, qui proscrit formellement l’usage des photographies dans les conseils de promotion pour tous les grades.
Le retour des photos dans certains conseils d’évaluation annule une directive mise en place il y a cinq ans. En juillet 2020, Mark Esper, alors secrétaire à la Défense nommé par le président Donald Trump, avait publié un mémorandum visant à lutter contre la discrimination, les préjugés et les biais dans les rangs militaires. Ce texte avait engagé une révision des politiques liées aux processus de sélection, aboutissant, en août 2020, à l’interdiction formelle d’utiliser les photos dans les conseils de sélection pour la formation, l’éducation et les missions de commandement.
Cependant, Pete Hegseth, actuel secrétaire à la Défense, a annulé ces directives durant l’été dernier, ce qui a provoqué cette réintroduction partielle des photographies, comme l’indique le dernier communiqué des Marines.
Ces mesures légales et politiques avaient initialement pour objectif de réduire les biais induits par la présence de photographies, explique Joe Plenzler, lieutenant-colonel à la retraite et ancien conseiller en communication auprès des 35e et 36e commandants des Marines.
« Il y a ce dicton qui dit que « les canards choisissent les canards » : en d’autres termes, la similarité influence fortement la sympathie que l’on éprouve envers quelqu’un. Sans même y réfléchir, lorsqu’on voit une photo d’une personne ressemblant à soi, la recherche montre que l’on est plus enclin à la choisir, en raison de traits tels que la couleur de peau, les traits du visage ou la corpulence », détaille-t-il. « À un niveau subconscient, si l’on n’est pas conscient de ces biais, on aura tendance à privilégier cette personne. »
Il souligne par ailleurs que ce biais inconscient peut jouer dans les deux sens. « Si vous avez des préjugés, vous pourriez aussi ne pas sélectionner des personnes en fonction de leur apparence sur la photo. »
Selon le communiqué des Marines, la finalité de ce changement est que les conseils reflètent l’« éthique professionnelle » du corps, incarnée par l’apparence visible de la discipline, de la condition physique et du respect strict des normes de taille et de poids.
En 2021, lorsque la politique était entrée en vigueur, le Corps des Marines avait précisé qu’il continuerait de faire prendre des photos officielles à ses membres, maintenant leur usage pour évaluer les candidats à des postes à haute visibilité où l’apparence était considérée cruciale. Par exemple, une note de 2024 rappelait que les demandes pour la fonction de Color Sergeant of the Marine Corps doivent inclure une photo numérique actualisée dans les dossiers personnels.
Il incombe donc à chaque Marine de s’assurer que sa photographie soit à jour et prise dans l’année précédant la réunion du conseil de sélection la nécessitant.
Joe Plenzler s’interroge toutefois sur la cohérence de l’utilisation des photos avec l’appel de Pete Hegseth à fonder les procédures militaires sur « le mérite uniquement ». Pour lui, construire une véritable méritocratie exige d’aller encore plus loin.
« Un bon exemple de cela, c’est l’orchestre des Marines : c’est l’un des rares endroits où les performances sont jugées uniquement sur le rendu », affirme-t-il. « Lors des auditions, les candidats jouent derrière un écran et aucun membre du jury ne les voit, seuls leurs talents instrumentaux sont évalués. Ce procédé a été instauré précisément pour éliminer les biais du processus. »