Une photographie récente provenant d’Ukraine dévoile un Su-24MR de reconnaissance, abrité dans un hangar, équipé d’un missile britannique Storm Shadow et marqué de notations énigmatiques près de son pylône. Cette image, diffusée le 7 juillet 2025, suscite un vif intérêt chez les experts militaires et le grand public, suggérant un rôle clé de cet appareil dans les frappes de précision menées contre des cibles russes.
Les marques visibles, dont un chiffre proche de cinq et un symbole fourchu, laissent supposer un décompte des lancements réalisés, offrant ainsi un rare aperçu des opérations aériennes ukrainiennes en cours dans ce conflit prolongé. Elles illustrent l’évolution stratégique des forces ukrainiennes, renforcées par des armements occidentaux, et soulèvent des questions quant à l’efficacité et à l’avenir de ces campagnes.
Cette photo témoigne également des efforts d’adaptation de la flotte soviétique ukrainienne aux exigences de la guerre moderne, grâce au soutien international face aux avancées russes. Les modifications du Su-24MR sont perçues comme un exemple d’ingéniosité de Kyiv, même si la signification exacte des marquages fait toujours l’objet d’analyses approfondies.
Le recours aux hangars pour dissimuler l’appareil met en lumière des tactiques destinées à protéger ces moyens précieux, notamment pour éviter les contre-attaques russes. Alors que le conflit entre dans une nouvelle phase, cette révélation offre une fenêtre sur le jeu technologique et stratégique en cours en Europe de l’Est.
Le Su-24MR et le Storm Shadow en action
Le Su-24MR est une variante destinée à la reconnaissance du Sukhoi Su-24, un avion soviétique des années 1970. Conçu initialement pour des missions de repérage avec des capteurs avancés, il n’était pas prévu pour des frappes offensives. Son design à ailes à géométrie variable permet d’adapter son profil aérodynamique aux différentes vitesses et altitudes.
Équipé du système de navigation et de ciblage Polyot-1, complété par des caméras et des senseurs infrarouges, l’appareil pèse environ 22 tonnes à vide et peut emporter jusqu’à 8 tonnes de charge utile, bien que son rôle de reconnaissance limite historiquement son armement.
Le missile Storm Shadow, développé conjointement par le Royaume-Uni et la France via MBDA et introduit en 2003, constitue une amélioration majeure. Avec une portée dépassant 250 kilomètres et une ogive guidée de précision capable de perforer des cibles renforcées, il mesure 5,1 mètres pour environ 1 300 kilogrammes. Propulsé par un turboréacteur et conçu pour être furtif, il vise à échapper aux radars.
Son ogive BROACH est conçue pour pénétrer le béton avant l’explosion, ce qui en fait un choix idéal contre les centres de commandement ou les dépôts d’armes. Les forces ukrainiennes ont intégré ce missile sur le Su-24MR en adaptant des pylônes, possiblement issus de Tornado GR4 britanniques retirés du service, une opération confirmée en mai 2023 par le ministre ukrainien de la Défense, Oleksii Reznikov.
Les marquages sur le pylône, notamment un « cinq » associé à un symbole fourchu, alimentent les spéculations sur un compteur de lancements. Aucun communiqué officiel n’a confirmé cette hypothèse, mais leur proximité avec le support du missile laisse penser à un suivi des missions, une pratique déjà observée lors de campagnes aériennes historiques.
L’adaptation du Su-24MR à ce rôle est d’autant plus remarquable que l’appareil ne dispose pas de radar d’attaque ; les coordonnées des cibles sont probablement programmées à l’avance dans le missile. Le spécialiste Justin Bronk, du Royal United Services Institute, soulignait en février 2025 dans une interview à la BBC que cette intégration illustre la nécessité ukrainienne d’exploiter au maximum son parc aérien vieillissant face à un ennemi puissant.
Déroulement des frappes
Les forces ukrainiennes ont utilisé le Su-24MR équipé de Storm Shadow lors de frappes de précision, ciblant notamment des positions russes en Crimée et dans l’est du pays. Dès mai 2023, le missile a été employé contre le pont de Chonhar en Crimée, la précision des frappes ayant été mise en avant par des sources ukrainiennes.
La tactique consiste à décoller depuis des bases comme Starokostiantyniv, dans l’ouest de l’Ukraine, où est stationnée la 7e brigade d’aviation tactique, puis à suivre des trajectoires à basse altitude pour limiter la détection. La photo récente montre bien l’appareil caché dans un hangar, stratégie défensive renforcée après des attaques russes par missiles hypersoniques, notamment avec des Kinzhal en juillet 2023 selon le ministère russe de la Défense.
La préparation de ces missions repose sur des renseignements précis, souvent collectés par les capacités de reconnaissance du Su-24MR avant la phase offensive. Les pilotes sont en liaison avec les équipes au sol pour intégrer rapidement les données des cibles, minimisant ainsi le temps d’exposition. Les hangars, renforcés pour résister aux explosions, jouent un rôle clé dans la protection contre les frappes répétées.
Le ministère britannique de la Défense a souligné en janvier 2025 l’efficacité de ces abris qui ont permis à l’Ukraine de maintenir sa campagne aérienne malgré la perte d’au moins 17 Su-24 depuis le début de l’invasion russe en 2022, selon les suivis open source d’Oryx.
Une possible supercherie ?
Certains observateurs s’interrogent sur l’authenticité des marquages, évoquant un potentiel effet de dissuasion ou de tromperie. Dans l’histoire militaire, des marques fausses ou exagérées ont été utilisées pour induire en erreur l’adversaire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés peignaient des symboles fictifs pour dérouter les défenses allemandes.
Durant la Guerre froide, l’URSS appliquait des tactiques similaires en affichant des compteurs de victoires fictifs sur ses MiG afin de soutenir le moral et impressionner l’OTAN, comme l’atteste un rapport déclassifié de la CIA datant de 1985. Dans le conflit ukrainien actuel, il est envisageable que le symbole « fourche à cinq » soit une forme de propagande destinée à influencer aussi bien l’opinion publique que les services de renseignement russes.
Cette dimension psychologique souligne l’importance de la guerre de l’information, où chaque détail peut être exploité stratégiquement. La communauté OSINT (renseignement ouvert) est parfois sujette à surinterprétation, comme l’a révélé une étude du Center for Strategic and International Studies en 2024 portant sur des vidéos de drones ukrainiens.
Détails photographiques et métadonnées
L’image offre plus qu’un simple aperçu du Su-24MR : prise de côté, elle montre le ventre de l’avion mais masque partiellement une aile, ce qui pourrait traduire une volonté de dissimulation d’autres modifications. L’éclairage indique un cliché pris en plein jour, possiblement en conditions opérationnelles.
Les experts notent que les ombres dans des images similaires ont permis de localiser précisément des sites, comme lors d’une frappe dans le Donbass analysée en 2023 par GeoConfirmed. Les métadonnées de la photo, si disponibles, pourraient préciser date et lieu, mais la pratique militaire ukrainienne élimine probablement ces informations pour préserver la sécurité.
La composition de la photo, avec un intérieur de hangar peu éclairé et des détails occultés, laisse penser à une mise en scène volontaire pour protéger certains éléments. Dans un conflit où chaque image est minutieusement étudiée, cela ajoute une couche supplémentaire au mystère entourant ces opérations.
Enjeux géopolitiques et technologiques
L’intégration du Storm Shadow sur le Su-24MR s’inscrit dans une tendance plus large de modernisation militaire ukrainienne soutenue par l’OTAN. La fourniture de ces missiles par le Royaume-Uni, officialisée en mai 2023, illustre l’effort pour combiner technologie occidentale et matériels d’origine soviétique, une démarche similaire à l’équipement des MiG-29 avec des missiles AGM-88 HARM.
Cette orientation contraste avec la dépendance russe à des systèmes nationaux comme le missile de croisière Kh-101, moins furtif que le Storm Shadow. Des pays de l’OTAN, tels la France avec ses avions Rafale, proposent des capacités comparables, mais la réutilisation par l’Ukraine d’appareils plus anciens souligne des contraintes matérielles.
Ces évolutions posent la question des failles potentielles dans la défense russe, notamment la capacité à contrer ces munitions furtives. Un rapport du RUSI publié en février 2025 relevait les difficultés rencontrées par Moscou pour moderniser ses systèmes S-400 face à ce défi. Pour l’Ukraine, ce partenariat technologique représente une avancée vers une interopérabilité à long terme avec l’Occident, dont dépend en grande partie la suite du conflit.
La réponse russe aux frappes Storm Shadow
En réaction à la menace que constituent ces missiles, la Russie a ajusté ses défenses. Le ministère russe de la Défense a affirmé le 12 janvier 2025 avoir abattu six missiles dans la région de Briansk, déclaration corroborée par l’analyse de débris par GeoConfirmed.
Ces éléments témoignent d’optimisations des réseaux de défense aérienne, notamment via un renforcement des radars et des capacités de guerre électronique, rapportait l’agence TASS à la même période. Des relocalisations de postes de commandement loin des zones à risque semblent également avoir eu lieu, comme l’indiquent des images satellites montrant des mouvements près de Koursk d’après une analyse BBC de janvier 2025.
Des informations faisant état d’objectifs leurres pour dérouter les frappes ont circulé, bien qu’aucune vérification indépendante n’en ait confirmé la portée. Ces contre-mesures illustrent un réajustement stratégique russe pour contenir l’effet des missiles, dont l’efficacité reste cependant controversée.
Fiabilité des données et prudence
La fonction des marquages sur les pylônes comme indicateur du nombre de lancements reste non confirmée, incitant les experts à prudence face aux preuves visuelles seules. L’absence de confirmation officielle ukrainienne entretient le doute, un avis partagé dans un rapport CSIS de 2024 sur les limites du renseignement ouvert. Pour une analyse précise, des données complémentaires telles que des journaux de vols ou des images satellites seraient nécessaires, soulignant la difficulté à distinguer réalité et propagande dans ce type de conflit.
Pourquoi cet éclairage est important
Les marquages sur le Su-24MR et son armement par le Storm Shadow révèlent une évolution palpable dans la stratégie aérienne ukrainienne, combinant technologies anciennes et modernes pour renforcer la défense. Ces détails – des inscriptions aux mesures de protection – illustrent une volonté calculée d’optimiser l’efficacité face aux forces russes.
À mesure que la guerre progresse, cette alliance entre tactiques novatrices et technologies avancées pourrait redéfinir les règles de la guerre aérienne, même si la pérennité de ces succès dépendra du soutien logistique occidental et de la capacité russe à s’adapter. Pour les passionnés de défense, cette histoire ne fait que commencer : de nouvelles informations émergeront-elles ou le voile du secret continuera-t-il de dominer ? Cette interrogation conditionnera sans doute la suite de cette confrontation aérienne à haute intensité.