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Un récent classement mondial des forces aériennes place l’Inde en troisième position, dépassant pour la première fois la Force aérienne de l’Armée populaire de libération chinoise (PLAAF). Ce changement suscite des réactions contrastées, notamment des critiques en Chine, qui qualifie ce classement d’exagération et met en garde contre une montée des tensions entre Pékin et New Delhi.

Selon le World Directory of Modern Military Aircraft (WDMMA) 2025, qui analyse 103 pays et 129 forces aériennes, l’Inde occupe désormais la troisième place mondiale avec un TruVal Rating (TVR) de 69,4, devançant la Chine notée à 63,8. Ce classement prend en compte plusieurs critères qualitatifs au-delà de la simple quantité d’appareils : modernisation, logistique, capacités offensives et défensives, ainsi que la diversité de la flotte. Malgré un parc aérien chinois plus important, avec 3 733 avions contre 1 716 pour l’Inde, cette dernière bénéficie d’une composition plus équilibrée et modernisée.

Les États-Unis dominent largement avec un score total combiné de 583,2, suivis par la Russie avec 114,2. Parmi les autres forces aériennes notables figurent le Japon (58,1), Israël (56,3) et la France (55,3).

Cette progression indienne est saluée comme un changement stratégique majeur en Asie. L’Inde tient cette performance à sa politique d’acquisition diversifiée, combinant équipements américains, russes et développements indigènes, avec une répartition équilibrée entre chasseurs (31,6 %), hélicoptères (29 %) et avions d’entraînement (21,8 %).

Sur le plan national, ce succès est repris avec fierté par le Bharatiya Janata Party (BJP). Le 18 octobre, le compte officiel du parti a proclamé : « L’Inde s’envole vers le Top 3 ! Fier moment car l’Armée de l’air indienne devient la 3e force aérienne mondiale… 1 716 appareils, TruVal Rating de 69,4, dépassant la Chine dans le classement mondial des puissances aériennes. Pouvoir dominant dans les cieux… #JaiHind ». Ce message, accompagné d’une image de jets en vol, a généré un fort engagement sur les réseaux sociaux, traduisant un important élan patriotique.

Les médias indiens ont également mis en avant cette avancée, attribuant ce succès aux récents efforts de modernisation de l’Indian Air Force (IAF) et à sa stratégie multi-fournisseurs qui limite sa dépendance à un seul pays. Toutefois, des voix plus prudentes rappellent les défis qui demeurent.

Dans une analyse, EurAsian Times souligne que malgré cette reconnaissance, l’Inde ne doit pas se laisser emporter. L’article rappelle les affrontements aériens entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025 lors de l’Opération Sindoor, où des pilotes indiens ont affronté des avions J-10CE équipés de missiles PL-15 intégrés sur des plateformes JF-17, révélant certaines limites d’intelligence opérationnelle. Ces incidents mettent en garde contre tout excès de confiance pouvant déboucher sur des erreurs aux conséquences graves.

Le Global Times, organe officiel chinois, minimise la portée de ce classement, le qualifiant de déconnecté des capacités réelles. Zhang Junshe, expert militaire chinois, déclare : « Ce soi-disant classement ne doit pas être pris au sérieux. Seules les capacités effectives sur le champ de bataille, et non la puissance sur papier, constituent une comparaison significative. » Il accuse certains médias américains et indiens d’avoir des arrière-pensées pour attiser la rivalité sino-indienne, risquant d’alimenter « une dangereuse spirale de méprises ».

Ces positions illustrent la ligne officielle chinoise qui privilégie une évaluation qualitative, souvent au détriment des chiffres bruts, malgré l’expansion continue de la PLAAF, notamment avec l’intégration des chasseurs furtifs J-20.

Cette controverse intervient dans un contexte marqué par une trêve fragile dans la région du Ladakh, après les affrontements sanglants survenus en 2020 dans la vallée de Galwan, où la posture aérienne reste un sujet sensible.

Le classement WDMMA reconnaît cependant les réels progrès réalisés par l’Inde : intégration des Rafale, déploiement des systèmes S-400, développement de l’avion Tejas. Ces évolutions ont été mises en lumière lors de l’opération Sindoor, où des frappes précises ont neutralisé des radars et infrastructures pakistanaises. Malgré cela, la force aérienne indienne opère encore avec une trentaine d’escadrons actifs, contre une cible gouvernementale de 42. Par ailleurs, les innovations chinoises, notamment dans le domaine des armes hypersoniques, rappellent que la dynamique militaire dans la région reste instable.

Des spécialistes indiens, tels que ceux du centre India Strategic, insistent sur la nature temporaire de ce type de classement : il donne un instantané des forces en présence, mais ne prédit pas l’évolution future des rapports de force.