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Le chef d’état-major de la défense (CEMA), le général Anil Chauhan, a souligné la nécessité d’une intégration accrue entre les forces armées, tout en affirmant que chaque armée « conservera sa propre identité ». Il a précisé que les meilleures pratiques de chaque force seront intégrées dans cette dynamique commune.

Lors d’une session d’échange tenue ce samedi dans le cadre du Festival du patrimoine militaire indien, organisé par le centre de réflexion stratégique USI, le général Chauhan a évoqué l’opération récente « Sindoor » pour illustrer cette cohésion entre l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air.

Au cours de cet événement de deux jours, il a aussi présenté son ouvrage Ready, Relevant and Resurgent II: Shaping a Future Ready Force, suggérant qu’un troisième volume, intégrant notamment des détails sur l’opération Sindoor, pourrait voir le jour prochainement.

Interrogé sur la vision du gouvernement visant à renforcer l’interopérabilité entre les trois Armées, il a rappelé les actions militaires menées après l’attentat terroriste de Pahalgam le 22 avril dernier. Dans les jours qui ont suivi, les forces indiennes ont conduit des frappes de précision le 7 mai, ciblant plusieurs infrastructures terroristes au Pakistan et au Pakistan-occupé Cachemire (PoK).

Le CEMA a insisté sur le fait que malgré les efforts d’intégration, chaque force armée « gardera son identité spécifique », essentielle au regard de leurs rôles distincts, sans dilution ni confusion. « Nous essayons de tirer le meilleur de chacune des armées… pas le plus petit dénominateur commun, mais le plus grand facteur commun », a-t-il ajouté.

Il a également évoqué la période critique du 22 avril au 7 mai, durant laquelle il a fallu « réévaluer les besoins en ressources » et organiser un important transfert de moyens vers le flanc ouest, notamment par voie aérienne. Ce mouvement s’est déroulé de manière « fluide et transparente », selon ses dires, sans que ni lui ni les chefs des armées n’en soient informés directement, la coordination ayant été assurée par un officier de niveau général de brigade (one-star officer).

Pour favoriser l’intégration, le général Chauhan a rappelé que les trois forces utilisent des équipements communs, tels que les systèmes de missile sol-air MRSAM et les missiles BrahMos. « Cet inventaire est accessible et interopérable », a-t-il souligné, témoignant d’un stade avancé dans le processus d’intégration.

Il a aussi précisé que la marine a participé à certaines frappes transfrontalières en employant des munitions à effet prolongé, notamment les systèmes PALM 400 et PALM 120, des loitering munitions à longue portée. « Ce type d’armement, bien que connu des forces navales, n’était pas encore familier à l’armée de terre ni à l’armée de l’air, mais était intégré au sein de l’état-major interarmées (IDS). Nous l’avons donc proposé aux autres armées », a indiqué le général. Pour ces opérations, les commandos MARCOS ont été déployés sur les frontières terrestres en coordination avec les forces aériennes et terrestres.

Le chef d’état-major a aussi insisté sur la nécessité de promouvoir une « culture interarmées », notamment dans le cadre de la « théâtralisation » des opérations. « À l’avenir, avec des états-majors conjoints ou régionaux, le personnel devra être commun et former une équipe unifiée. Cela passe par une formation homogène dispensée dans un collège interarmées, ce à quoi nous travaillons », a-t-il affirmé.

Au-delà des aspects matériels et organisationnels, le général Chauhan a mis en avant l’importance de la « géographie humaine » aux côtés de la géographie physique pour comprendre les opérations militaires, particulièrement en contre-insurrection et contre-terrorisme. « Dans la guerre cognitive, la guerre psychologique et le génie social, il est indispensable de maîtriser le contexte humain local », a-t-il expliqué.

Pour lui, ces deux dimensions géographiques resteront primordiales dans l’avenir des conflits. Il a aussi abordé la création d’asymétries stratégiques pour l’emporter sur l’adversaire, précisant que ces leviers sont plus faciles à inventer dans les nouveaux domaines de la guerre.

« À l’époque de la guerre terrestre, l’invention du domaine maritime a permis de créer des asymétries et d’influencer le conflit. De même pour la force aérienne. Aujourd’hui, les domaines traditionnels (terre, mer, air) cèdent la place à de nouveaux — notamment l’espace — où l’adversaire exploitera la moindre faiblesse pour remporter la bataille avant que les autres domaines ne soient engagés », a-t-il averti.

Il a conclu en opposant la nature des conflits dans les domaines anciens et nouveaux : « Les combats terrestres resteront sanglants, difficiles et éprouvants. En revanche, les opérations dans les nouveaux domaines seront plus intelligentes, rapides et technologiques, offrant un avantage décisif. »

Ce troisième Festival a rassemblé des hauts responsables militaires, décideurs politiques, diplomates, universitaires, auteurs, représentants du secteur industriel et grand public. Il a été inauguré par le ministre d’État à la Défense Sanjay Seth, en présence du CEMA.

Le festival comprenait également une exposition des peintures militaires emblématiques du lieutenant-colonel Arul Raj (retraité), ainsi que la présentation de publications majeures, notamment The Sukraniti: Statecraft and Warcraft! Honours and Awards of the Indian Armed Forces et 75 Years of India’s Contribution to UN Peacekeeping.