Le récent coup d’État au Niger a conduit les États-Unis et la France à réévaluer de manière cruciale leurs implantations de drones dédiés à la lutte contre le terrorisme et à la surveillance, les poussant à envisager de nouveaux sites. Ce bouleversement politique majeur a fortement perturbé leur présence militaire dans cette région d’Afrique de l’Ouest.
Le général James Hecker, commandant des forces aériennes américaines en Europe et en Afrique, a indiqué que plusieurs alternatives sont actuellement étudiées, sans qu’aucune décision définitive ne soit prise. Il a précisé : « Plusieurs sites sont à l’étude, mais aucun plan concret n’a encore été formalisé. Des discussions ont débuté avec certains pays. » Par ailleurs, les États-Unis suivent de près les démarches diplomatiques visant à une résolution pacifique de la crise, ce qui serait la issue préférée.
Depuis que Washington a officiellement qualifié la destitution du président démocratiquement élu Mohamed Bazoum de coup d’État, une suspension de l’aide militaire au Niger pourrait être envisagée, ce qui aurait des conséquences profondes sur les opérations américaines antiterroristes en Afrique. Après le putsch de juillet, les opérations de drones ont été temporairement arrêtées, avant une reprise partielle et limitée focalisée principalement sur des missions ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) visant à protéger les forces, plutôt que sur des frappes directes.
Cette reprise reste cependant freinée par le transfert du matériel et des personnels depuis la base aérienne 101, située près de Niamey, vers la base aérienne 201, plus éloignée des zones sensibles post-coup d’État. Ce déplacement géographique a réduit la durée des missions, impactant la quantité et la qualité des données recueillies.
La base aérienne 201, inaugurée en novembre 2019 après un investissement de 110 millions de dollars, dispose d’une piste de 1 890 mètres adaptée aux drones MQ-9 Reaper, MQ-1C Gray Eagle ainsi qu’aux avions habités. Depuis sa mise en service, cette infrastructure a joué un rôle clé dans les opérations américaines de renseignement et de surveillance dans la région.
Depuis 2018, les forces américaines ont commencé à armer les drones MQ-9 déployés au Niger, dotés d’une portée suffisante pour mener des frappes à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord, ce qui suscite des préoccupations stratégiques au sein des experts en défense régionaux.
Le coup d’État a aussi contraint la France à chercher de nouveaux horizons pour ses MQ-9 Reaper, opérés par le 33e Escadron de Surveillance, de Reconnaissance et d’Attaque de l’Armée de l’air française. Ces drones avaient été des outils majeurs dans le cadre de l’opération Barkhane, officiellement arrêtée après le putsch.
Les relations entre la France et la junte militaire nigérienne se sont rapidement dégradées après le coup d’État, la nouvelle autorité exigeant le départ immédiat des forces françaises. Environ 1 500 soldats français étaient déployés sur trois bases dans le pays, participant aux opérations visant les groupes jihadistes dans le Sahel. La France, fidèle soutien du président Bazoum, a condamné le coup, qualifiant la junte d’illégitime. Le différend s’est envenimé à tel point que la junte a ordonné l’expulsion de l’ambassadeur de France sous 48 heures, demande rejetée par Paris comme infondée.
Ce putsch constitue un obstacle majeur à l’influence française dans la région, après des renversements similaires au Mali en 2020 et au Burkina Faso en 2022. En réponse, Paris renforce stratégiquement ses capacités de renseignement, notamment avec l’intégration des drones AAE VADOR sur sa base aérienne de Cognac.
La France envisage désormais le Moyen-Orient comme possible futur théâtre d’opérations pour ses drones, en complément de leur présence prévue à la base aérienne H5 en Jordanie. Ces adaptations témoignent de la nécessité d’évoluer rapidement dans les missions de contre-terrorisme et de surveillance en fonction des réalités géopolitiques après le coup d’État au Niger.
Par ailleurs, le Niger a récemment reçu six drones de combat Bayraktar TB2 en provenance de Turquie, destinés à renforcer ses opérations antiterroristes. Ces appareils sont arrivés à l’aéroport de Niamey en mai de l’année dernière, avant d’être transférés vers une base équipée pour leur hébergement et leur maintenance.