Au cœur d’une ville où la construction navale est profondément enracinée, l’Applied Shipbuilding Academy de BAE Systems à Glasgow redéfinit les standards de la construction de navires de guerre au 21e siècle.
Implantée à Scotstoun et gérée par BAE Systems, cette académie représente un investissement majeur, non seulement dans la métallurgie, mais surtout dans le capital humain et la formation des futurs talents de la défense.
« Il existe une idée reçue qui associe la construction navale à une industrie lourde, poussiéreuse et dépassée », explique Scott Affleck, représentant de BAE Systems, lors d’une récente visite du site. « En réalité, nous savons que ce domaine est extrêmement complexe et high-tech. Le travail que nous accomplissons a un véritable sens et contribue directement à la mission de la Royal Navy. »
Inaugurée en juillet de l’année dernière, l’académie est un centre de formation aussi bien pour les débutants que pour les professionnels expérimentés. Chaque année sont attendues jusqu’à 6 000 personnes, dont 200 apprentis, 100 diplômés et des milliers d’ingénieurs en activité, qui alternent entre salles de cours, ateliers pratiques et laboratoires numériques. L’objectif principal est de moderniser les compétences liées à la construction navale à Clyde, dans une approche axée sur l’ingénierie navale modulaire et numérique.
Au cœur de cette structure se trouve une mission essentielle : attirer de nouveaux talents. « Notre priorité est l’attraction des compétences », souligne un responsable. « Nous avons des classes dédiées aux matières STEM. L’un de nos grands axes est d’accroître l’accessibilité à des carrières technologiques valorisantes et de haute qualité. » Cette démarche inclut une attention particulière portée aux groupes sous-représentés, notamment les femmes ingénieurs, ainsi que la mise en place de partenariats avec les collèges locaux et les autorités pour faciliter des parcours alternatifs vers le secteur naval.
Au-delà du recrutement, l’académie se concentre sur le renforcement des compétences techniques. « Cet établissement nous permet de parfaire leur savoir-faire, en s’appuyant sur leurs compétences de base… et en leur enseignant précisément ce qu’ils doivent savoir sur le produit, son environnement opérationnel et l’impact des choix de conception sur les performances du navire. »
La formation pratique tient une place centrale. Dans différents espaces, cadets et ingénieurs bénéficient d’un apprentissage immersif. Par exemple, des systèmes de soudure virtuelle utilisant la réalité augmentée offrent aux stagiaires la possibilité de s’exercer sans générer de chaleur ni de fumées, économisant ainsi temps, matériaux et risques. « C’est une méthode peu coûteuse, très efficace et sécurisée pour accorder plus d’expérience à nos apprentis. »
Dans une autre salle, les apprentis alternent entre des exercices pratiques propres à la marine, tels que l’électrotechnique, la conception assistée par ordinateur (CAO) et la tuyauterie, souvent à partir de modules modélisant des compartiments navals réels. L’objectif est de former des soudeurs, électriciens et monteurs marins « surpassant les générations précédentes ».
L’évaluation est au cœur du processus pédagogique. Les apprentis passent quatre tests pratiques au cours d’un trimestre intensif de huit semaines, chaque étape simulant une montée en complexité des tâches à bord. « Le premier test est relativement simple », explique un formateur. « Puis le second implique un joint d’angle extérieur, un peu plus complexe. Le troisième, appelé “boulder”, est spécifique au domaine naval. Le dernier exercice porte sur la soudure en plafond, une étape cruciale pour la soudure réelle à bord. »
La formation débouche sur une certification reconnue par l’industrie : « Vous ne pouvez embarquer sur un navire sans la codification du Lloyd’s Register », rappellent les encadrants. Le programme encourage également l’expérimentation. « Ici, faire des erreurs est perçu positivement. Il faut en faire un maximum dès maintenant, pour qu’aucune ne survienne sur le chantier. » Les stagiaires reçoivent par ailleurs un retour ciblé pour éviter les erreurs graves sans nuire à la validité de l’évaluation.
Un aspect rare dans la formation militaire britannique se distingue : l’interaction directe entre les futurs opérateurs de navires de guerre et ceux qui les conçoivent et construisent. « Nous avons cinq diplômés et cinq cadets de la Royal Navy, tous inscrits au University Cadet Entry Program. Ce sont des officiers commissionnés et nous les réunissons pour leur offrir une expérience conjointe de la conception, de la construction, de l’exploitation et de la vie à bord d’un navire. »
Cette formation transversale est renforcée par des études de cas, issues de plusieurs décennies d’expérience chez BAE Systems, utilisées pour instruire les ingénieurs sur la prise de décision, la gestion du risque et la complexité. « Chacune de ces images illustre la couverture d’une étude de cas… élaborée à partir de l’expérience d’un directeur technique présent depuis plus de 30 ans. Nous transmettons cet héritage plus rapidement qu’avant. »
Même l’environnement d’apprentissage mêle tradition et modernité. Le hall de formation pratique, ancien site d’assemblage naval centenaire, est désormais dédié à des blocs d’instruction intensifs pour les apprentis de première année. « Habituellement, ce type d’enseignement s’effectue en collège », précise un responsable. « Ici, nous avons ciblé des parties du cursus où l’intégration de contenus, d’environnements et d’outils spécifiques à la construction navale permet de former des apprentis nettement plus efficaces. »
L’académie illustre la transformation de la construction navale vers des systèmes numériques, une ingénierie de haute précision et une conception basée sur les données. Elle équipe ainsi les professionnels avec les compétences spécialisées indispensables au soutien de la future flotte de la Royal Navy et à la résilience de l’industrie britannique de la défense.