La Chine accélère l’expansion de ses brigades de missiles, de ses bases de lancement et de ses infrastructures de soutien le long de sa côte orientale, ciblant directement Taïwan et les forces américaines de la région. Cette montée en puissance renforce la menace sur les bases américaines situées au Japon et à Guam, mettant à l’épreuve les capacités de défense et la logistique des États-Unis en cas de conflit.
Selon un rapport daté du 29 septembre 2025, l’Armée populaire de libération (APL) structure sa force de roquettes avec des lanceurs mobiles capables de dispersion rapide, des dépôts couverts pour assurer un rechargement efficace et un réseau de commandement expert dans le lancement de salves combinées importantes.
Dans une confrontation hypothétique, la doctrine chinoise combine des missiles balistiques à courte et moyenne portée pour une attaque initiale contre Taïwan, ainsi que des systèmes antinavires et d’attaque terrestre destinés à repousser les porte-avions et aéronefs américains au-delà de la première chaîne d’îles. Cette configuration vise à éprouver les chaînes logistiques américaines, la profondeur des stocks et la résilience des bases allant d’Okinawa à Guam.
Les missiles balistiques à courte et moyenne portée demeurent les armes clés lors des premières heures d’une crise autour de Taïwan. Les séries DF-11 et DF-15, anciennes mais nombreuses, restent efficaces pour neutraliser pistes et zones d’atterrissage couvrant l’ensemble de l’île. Le DF-16, plus récent, à combustible solide et doté d’une portée comprise entre 700 et 1000 kilomètres, offre une précision accrue grâce à des ogives à rentrée maniables, capables de frapper des refuges renforcés, des postes de commandement ou encore des batteries Patriot.
Le DF-17, quant à lui, intègre un véhicule de planeur hypersonique à portée intermédiaire, exécutant des trajectoires déprimées et des manœuvres transversales afin de réduire le temps de réaction des systèmes antimissiles américains comme les PAC-3 MSE, THAAD et Aegis.
Dans l’ensemble, ces systèmes diminuent considérablement le temps de décision de l’armée de l’air taïwanaise, imposant une course intense entre les sorties aériennes et les cycles de fermeture temporaire des pistes.
Au-delà du détroit de Taïwan, les missiles balistiques antinavires élargissent le champ de bataille contre les porte-avions et navires amphibies américains. Le DF-21D, souvent qualifié de premier « tueur de porte-avions » opérationnel, associe une portée moyenne à un capteur terminal capable d’identifier des cibles maritimes mobiles situées entre 1500 et 2000 kilomètres.
Le DF-26 étend cette capacité jusqu’à 3000 ou 4000 kilomètres en fonction du profil de vol, permettant des frappes depuis des positions continentales sûres contre des groupes de porte-avions opérant au cœur de la Mer des Philippines ou contre des cibles fixes comme la base aérienne Andersen à Guam. Bien que la précision varie selon la variante, l’approche est claire : mobiliser une couche croissante de renseignement, surveillance et reconnaissance, tirer en volume avec des capteurs variés et contraindre la marine américaine à évoluer au maximum de la portée effective de ses aéronefs.
Les missiles de croisière viennent compléter cette panoplie, complexifiant la défense par des trajectoires à basse altitude et des assauts multiaxes. Les CJ-10, missiles de croisière terrestres, disposent d’une portée entre 1500 et 2000 kilomètres et combinent navigation inertielle, corrections satellitaires, adaptation aux reliefs et profils de scène terminale pour frapper précisément des infrastructures fixes.
Les CJ-20, lancés depuis les bombardiers H-6K, étendent la portée à des bases aériennes et dépôts de carburant plus éloignés. Les missiles antinavires YJ-12 et YJ-18, tirés depuis avions, chasseurs de surface et sous-marins, disposent de sprints supersoniques en phase terminale ou de profils à vitesse variable destinés à saturer les défenses. Employés en salves multiples, parfois combinés à des leurres, ils ont pour objectif d’épuiser les capacités de tir tout en profitant des interférences radar générées par le terrain insulaire et les approches côtières.
Les missiles balistiques de précision et sous-munitions visent à neutraliser pistes et voies de circulation en créant des cratères et en compliquant les réparations rapides. Ils ciblent également radars, centres de commandement et zones renforcées. Les missiles de croisière volent à faible altitude pour frapper les centres de puissance, les stocks de carburant (POL) et les centres de commandement et contrôle (C2). Parallèlement, la guerre électronique et les cyberopérations ajoutent de la friction au domaine aérien taïwanais et aux réseaux de gestion de bataille américains.
Si les forces américaines lancent une intervention massive, la Force de Roquettes chinoise concentre ses efforts sur la contrainte : salves de DF-21D et DF-26 contre les groupes navals, tirs à moyenne et intermédiaire portée contre les bases de Kadena et autres installations des îles Ryukyu, ainsi que frappes conventionnelles longue portée contre Guam pour gêner les sorties aériennes et entraver les ponts logistiques indispensables aux ravitailleurs en vol, essentiels aux opérations des chasseurs de cinquième génération.
L’APL ne cherche pas une précision parfaite partout mais un nombre suffisant de lanceurs résilients, capables de rechargements rapides et disposant de capteurs multiples pour maintenir la pression sur les défenses adverses durant plusieurs cycles de combat.
Pour les États-Unis, le défi est de conserver leur puissance de combat dans la zone contestée. Guam demeure le centre stratégique vital pour bombardiers, ravitailleurs, sous-marins et transports maritimes. Le développement d’une architecture en couches, combinant les systèmes Aegis avec les missiles SM-3 et SM-6, ainsi que les batteries THAAD et Patriot intégrées au système IBCS, progresse, mais les délais, la localisation des installations et la capacité des stocks restent des contraintes majeures.
Le complexe de missiles chinois constitue la première ligne d’une stratégie d’anti-accès en chaîne, intégrant capteurs spatiaux, avions de patrouille maritime, radars à horizon lointain et réseau de commandement en pleine évolution.
Son objectif stratégique est de contraindre ou conquérir Taïwan tout en dissuadant ou retardant toute intervention américaine par une montée rapide des coûts dès la première semaine de combat. La réponse américaine repose sur une dissuasion par la négation : démontrer que les salves ennemies peuvent être atténuées, que les bases aériennes peuvent être restaurées rapidement, et que la marine peut opérer dans la première chaîne d’îles malgré une menace persistante.
Cela nécessite des investissements significatifs pour renforcer les bases, multiplier les leurres, développer une logistique distribuée et augmenter les stocks d’intercepteurs tels que les SM-6 et PAC-3 MSE, tout en accélérant le déploiement d’équipements mobiles de défense aérienne et anti-UAS pour les aérodromes d’expédition.