Le port de la barbe constitue un précepte religieux fondamental pour certaines confessions, ce qui a conduit les forces armées à accorder des dérogations religieuses à des militaires sikhs, musulmans, chrétiens ou encore adeptes des croyances nordiques depuis plus d’une décennie.
Cependant, cette période semble désormais toucher à sa fin.
La récente refonte des règles d’apparence dans l’armée suscite des craintes quant à un resserrement des exemptions religieuses permettant de porter la barbe.
« Dès aujourd’hui, sous ma direction, l’ère de l’apparence non professionnelle est terminée », a déclaré le secrétaire à la Défense Pete Hegseth mardi. « Fini les barbes non réglementaires. L’époque des dérogations de rasage excessives et ridicules est révolue. »
Le sujet du rasage et de la barbe a occupé une place centrale lors de son discours devant des centaines de généraux et amiraux à Quantico, en Virginie. En plus de réaffirmer qu’un soldat bénéficiant d’une dérogation médicale au rasage pourrait être mis à l’écart, Hegseth a exprimé ses doutes quant à la pertinence de certaines dérogations religieuses accordées pour le port de la barbe.
« Nous n’avons pas dans nos rangs une armée peuplée de païens nordiques », a-t-il souligné. Paradoxalement, Hegseth, qui promeut la liberté religieuse au sein du département de la Défense – notamment en organisant des services de prière chrétienne au Pentagone – a ajouté : « Nous avons malheureusement eu des dirigeants qui ont soit refusé de faire appliquer les normes, soit cru qu’ils n’étaient pas autorisés à les faire respecter. Ces deux attitudes sont inacceptables. »
Des convictions religieuses sincères face aux exigences militaires
La Sikh Coalition, défenseur des droits des sikhs dans l’armée désireux de porter turbans, barbes et autres signes religieux visibles, a réagi fermement à ces propos, exprimant son « indignation et sa profonde inquiétude ».
Elle rappelle que « notre pays étant le plus grand employeur national, ce qui se passe dans les forces armées impacte les droits religieux des sikhs dans tous les secteurs public et privé. À maintes reprises, les sikhs ont démontré que l’exercice de leur liberté religieuse, l’un des droits fondamentaux que protègent nos militaires, ne les rend aucunement moins capables de servir honorablement et efficacement. »
Cette incertitude quant au maintien des dérogations religieuses pour le port de la barbe et des cheveux a suscité de nombreuses discussions sur les forums en ligne.
Suite au discours de Hegseth, le Pentagone a diffusé plusieurs notes explicatives, dont une datée du 30 septembre, détaillant la mise en œuvre des nouveaux critères d’apparence concernant la pilosité faciale.
Le document précise que « le département revient aux standards antérieurs à 2010 ; les dérogations pour port de barbe ne sont généralement plus autorisées ».
Les demandes d’accommodement religieux seront examinées conformément à la directive américaine sur « La Liberté Religieuse dans les Forces Armées ». Les militaires devront fournir des preuves attestant de la sincérité de leur croyance religieuse, suffisantes pour permettre une décision de bonne foi par l’autorité compétente.
Ces exemptions seront limitées aux postes non déployables et présentant un faible risque d’attaque chimique ou d’intervention incendie, ajoute la directive.
Des dérogations peu quantifiées dans la plupart des armées
Interrogé sur l’objectif de réduire le nombre de dérogations religieuses pour port de barbe, un représentant du Pentagone a renvoyé aux notes du 30 septembre et aux déclarations de Pete Hegseth.
Sur les différentes branches militaires, seuls les Marines ont communiqué des chiffres précis : depuis 2020, sur 101 demandes d’accommodements religieux pour la barbe, 50 ont été accordées, incluant des militaires aujourd’hui séparés ou non actifs.
Le major Jacob Getty, porte-parole des Manpower & Reserve Affairs, a indiqué que chaque décision était prise en fonction de chaque cas particulier. Depuis juillet 2024, les approbations comportent la possibilité de retirer temporairement l’accommodement en cas de nécessité opérationnelle (opérations nommées, danger imminent, situation critique). Ces conditions sont en phase avec la nouvelle orientation de Hegseth, mais une évaluation des accommodements en cours est nécessaire pour assurer la conformité complète.
Il est toutefois trop tôt pour déterminer si le Corps des Marines limitera davantage les dérogations pour port de barbe.
Du côté de la Marine, 53 accommodements religieux ont été approuvés pour l’exercice fiscal 2025, sans précision sur le nombre liées à la barbe. En 2024, 334 demandes religieuses ont été acceptées contre 9 refus.
L’Armée de Terre traite les demandes d’exemption à la politique sur la pilosité au cas par cas, selon le major Travis Shaw.
Pour l’Armée de l’Air et la Space Force, aucun suivi statistique des dérogations pour barbe n’est réalisé, l’autorité ayant été déléguée aux échelons les plus bas. La mise en œuvre des nouvelles consignes est attendue dans les prochains mois.