Les Pays-Bas et les États-Unis ont conclu un accord visant à associer la nation européenne au développement du programme de drones de combat collaboratifs de l’US Air Force.
La lettre d’intention a été signée par Gijs Tuinman, secrétaire d’État à la Défense des Pays-Bas, à l’ambassade néerlandaise à Washington. Ce partenariat ouvre la voie à un échange transatlantique autour des pilotes de drones autonomes.
« Nous sommes très reconnaissants et avons travaillé intensément avec nos partenaires américains et l’US Air Force pour intégrer le programme CCA (Collaborative Combat Aircraft). C’est un grand succès pour nous », a déclaré Tuinman lors de l’annonce. « Je suis convaincu que cela contribuera à un monde beaucoup plus sûr, notamment si nous pouvons bientôt déployer des appareils de type CCA dans le théâtre européen des opérations. »
À la suite de cet accord, le secrétaire d’État a précisé que les Pays-Bas bénéficient désormais d’un « accès total » au programme CCA « à tous les niveaux », leur permettant d’introduire des exigences spécifiques adaptées au contexte européen. Il a évoqué la possibilité d’une coopération entre deux pilotes de drones associés à un chasseur piloté. Selon lui, plus de 1000 drones CCA pourraient être nécessaires dans un avenir proche, ce qui représenterait un avantage industriel tant pour les États-Unis que pour leurs partenaires européens.
Conscient du souhait des entreprises américaines d’étendre leur présence commerciale en Europe, où une dynamique de renforcement des budgets de défense s’accompagne d’une volonté d’essor des technologies locales, Tuinman a expliqué que cette nouvelle collaboration pourrait aussi faciliter la pénétration du marché européen par l’industrie américaine. « Je tiens à préciser que les Pays-Bas jouent le rôle de tremplin pour l’entrée des États-Unis en Europe », a-t-il souligné.
Un responsable de l’US Air Force a quant à lui rappelé que cette coopération s’appuie « sur des décennies de collaboration en matière de défense entre les États-Unis et les Pays-Bas » et illustre « un engagement commun pour le développement d’une puissance aérienne de dernière génération ». Dans ce cadre, les deux pays « exploreront des opportunités pour développer, tester et évaluer conjointement des technologies CCA, des systèmes de mission et des concepts d’emploi renforçant l’interopérabilité entre les forces aériennes alliées ».
La première phase du programme CCA est actuellement en cours, tandis que les discussions portent principalement sur l’étape suivante, ou « incrément », qui devrait représenter un moment clé pour les clients étrangers. En septembre, un officier de l’US Air Force avait indiqué que les coopérations internationales pourraient aboutir à des cas d’usage différenciés lors du second incrément, favorisant des conceptions distinctes pour les États-Unis et leurs partenaires.
Cependant, le communiqué néerlandais annonçant le partenariat affiche des photos de prototypes de drones développés par Anduril et General Atomics pour le premier incrément du programme CCA. Il reste néanmoins à savoir si les Pays-Bas envisageront d’acquérir des versions export de ces drones américains à la suite de cette collaboration.
D’autres pays, dont l’Australie et le Japon, ont déjà annoncé des coopérations avec les États-Unis pour le développement du drone Wingman. En revanche, seule La Haye semble bénéficier à ce jour d’un « accès total » au programme CCA.
Parallèlement à cet accord avec les États-Unis, les Pays-Bas ont également signé une lettre d’intention distincte avec l’entreprise américaine General Atomics. Celle-ci se focalisera initialement sur le développement de petits drones destinés à des missions d’intelligence, de surveillance et de reconnaissance. Le partenariat inclut la collaboration avec la société néerlandaise VDL Defentec afin d’établir une capacité européenne de production de ces drones, d’après le communiqué officiel.
Tuinman a affirmé que cet accord favoriserait la production conjointe entre États-Unis et Europe, en tirant parti notamment des infrastructures néerlandaises capables d’amplifier rapidement la fabrication. Il a également souligné la nécessité impérieuse de développer des drones dits « de couche intermédiaire » capables de pénétrer les bulles de défense aérienne ennemie et d’assurer à la fois des fonctions de surveillance et d’attaque. Ces drones, développés séparément en collaboration avec General Atomics, devraient être opérationnels dès l’année prochaine.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte marqué par l’utilisation accrue par les forces russes de leurs propres drones pour violer l’espace aérien de l’OTAN. Certains responsables européens voient ces incursions comme des provocations délibérées qui remettent en cause la solidarité défensive de l’alliance.
Tuinman a dénoncé ces incursions comme une tentative de diviser l’alliance atlantique, tout en assurant qu’elles échoueront. Il a rappelé à cet égard les sacrifices communs, matérialisés notamment par un cimetière militaire américain érigé près de son lieu de naissance en hommage aux soldats tombés lors de la Seconde Guerre mondiale. « Cela demeure vivant dans ma mémoire », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Nos avenirs sont liés et personne ne pourra jamais creuser un fossé entre nous. »