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Les pays européens membres de l’OTAN ont convenu d’acquérir jusqu’à 1 000 missiles Patriot afin de renforcer leurs capacités de défense face à la résurgence des attaques aériennes russes en Ukraine.

L’Agence OTAN de soutien et d’acquisition a annoncé son intention d’aider un groupe de nations, dont l’Allemagne, les Pays-Bas, la Roumanie et l’Espagne, à se doter de missiles Patriot. Ces missiles sont conçus pour intercepter missiles balistiques, missiles de croisière et avions ennemis.

Ce contrat, estimé à environ 5,5 milliards de dollars, vise à permettre aux alliés de libérer une partie de leurs systèmes de défense pour soutenir directement l’Ukraine. L’agence précise que « d’autres pays utilisateurs pourraient bénéficier des conditions du contrat » sans toutefois fournir plus de détails.

La production et la fourniture ont été confiées à COMLOG, coentreprise entre Raytheon et MBDA, selon un communiqué de l’Alliance atlantique, qui a également souligné l’extension de la production européenne des missiles.

L’OTAN a souligné : « L’acquisition multinationale consolidée, dans l’esprit de l’Initiative Européenne de Bouclier Aérien (ESSI), génère des économies d’échelle et favorise l’augmentation de la capacité de production des nouveaux missiles GEM-T pour répondre à une demande croissante. »

Cette décision intervient dans un contexte d’intensification des attaques russes, débutées vendredi avec la plus importante offensive aérienne depuis le début du conflit, qui s’est enlisé dans une guerre d’usure hivernale sur une ligne de front de 1 000 kilomètres.

Missile Patriot en lancement
Le système de défense aérienne Patriot est l’un des systèmes d’armes défensifs longue portée les plus performants.

Présentation du système Patriot

Le système de missiles MIM-104 Patriot (Phased Array Tracking Radar to Intercept On Target) constitue la principale solution anti-aérienne et anti-missile de l’Armée américaine. Initialement conçu comme système anti-aérien, il a évolué pour pouvoir neutraliser missiles balistiques et de croisière, munitions de type « loitering » et avions hostiles.

Fabriqué par l’industriel américain Raytheon, le Patriot est en service aux États-Unis ainsi que dans plusieurs pays alliés tels que l’Allemagne, la Grèce, Israël, le Japon, le Koweït, les Pays-Bas, l’Arabie Saoudite, la Corée du Sud, la Pologne, la Suède, le Qatar, les Émirats arabes unis, la Roumanie, l’Espagne et Taïwan.

Selon l’Armée américaine, le système complet comprend un radar à réseau à balayage électronique, une station de contrôle, des ordinateurs et des groupes électrogènes. Il nécessite environ 90 soldats pour son fonctionnement et sa maintenance, dont trois seulement pour le tir des missiles.

Le programme a été baptisé Surface-to-Air Missile, Development (SAM-D) et a débuté au début des années 1960 pour remplacer les anciens systèmes Nike Hercules et Hawk. Les premiers essais ont eu lieu en 1969-1970, aboutissant à la mise en service du premier bataillon Patriot en mai 1982.

Le système se compose d’un missile Patriot, accompagné d’un radar terrestre destiné à détecter, suivre et engager les cibles.

Le lancement des missiles s’effectue depuis la station M901. Celle-ci peut accueillir jusqu’à quatre conteneurs de missiles différents selon la mission. Ces lanceurs, de la taille d’une remorque, sont alimentés en énergie par un véhicule générateur dédié.

Le radar AN/MPQ-53 à réseau à balayage électronique possède une portée d’environ 100 km, avec la capacité de suivre jusqu’à 100 cibles simultanées et de fournir des données de guidage jusqu’à neuf missiles engagés.

Historique opérationnel

Le Patriot a été utilisé pour la première fois durant la guerre du Golfe en 1991, principalement pour intercepter les missiles irakiens Scud et Al-Hussein tirés sur l’Arabie Saoudite et Israël. L’Armée américaine annonça alors un taux de réussite initial de 80 % en Arabie Saoudite et 50 % en Israël, chiffres revus à la baisse respectivement à 70 % et 40 % après analyses.

Le système a également été déployé durant l’invasion de l’Irak en 2003. Depuis, plusieurs alliés des États-Unis ont eu recours aux Patriot. En 2014, Israël a utilisé des missiles Patriot GEM+ pour abattre deux drones du Hamas, deux drones syriens et un avion Su-24 syrien.

Dans la guerre civile au Yémen, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis ont exploité ces systèmes pour intercepter roquettes, missiles et drones lancés par les forces houthis.

En novembre dernier, l’Allemagne a annoncé avoir offert ses missiles Patriot à la Pologne, quelques jours après la chute d’un missile près de la frontière polonaise.