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Les planificateurs militaires insistent sur la nécessité d’une coordination renforcée des forces d’appui à l’information de l’armée afin d’améliorer la qualité et l’efficacité de la sécurisation de l’information lors des opérations interarmées.

Dans une analyse professionnelle récente, les auteurs Wu Xiangchun, Liu Gang et Yuan Baofeng examinent comment les unités d’appui à l’information de l’armée doivent organiser et synchroniser leurs activités dans les dimensions temporelle, spatiale et des données. L’objectif est d’assurer que les systèmes de commandement, de contrôle et de combat bénéficient d’un soutien informationnel continu, sécurisé et précis tout au long du spectre opérationnel.

L’appui à l’information : une mission multidimensionnelle et globale

Les auteurs décrivent l’appui à l’information de l’armée comme un facteur clé du combat interarmées moderne, allant bien au-delà des radios et communications tactiques traditionnelles. Ce domaine couvre désormais les infrastructures réseau, les systèmes de commandement et de contrôle, les services de données, la cybersécurité et la sécurité réseau, la gestion du spectre, le soutien à l’environnement de bataille ainsi que les services cryptographiques. En raison de cette interdépendance fonctionnelle, la coordination méthodique et ordonnée est indispensable pour garantir l’accomplissement efficace de chaque mission.

Sur le plan organisationnel, les forces d’appui à l’information sont dispersées et hétérogènes. Elles regroupent des équipes dédiées aux postes de commandement principaux et arrière, des éléments mobiles, des unités de réseau de colonne vertébrale, des équipes cryptographiques et des équipes environnementales de terrain. Chaque sous-unité comporte souvent des groupes spécialisés, par exemple dans les systèmes de contrôle, réseaux de communication, services d’information ou cybersécurité, formant ainsi de nombreux petits groupes multi-tâches répartis sur de larges zones. Cette dispersion et diversité fonctionnelle rendent indispensable une planification centralisée appuyée par une coordination fiable.

Le soutien à l’information couvre une portée « pleine dimension » : les actions débutent avant les opérations de combat et se poursuivent durant la mobilisation, le déploiement, l’exécution et le soutien ; elles incluent la géographie physique aussi bien que les espaces électromagnétiques et cybernétiques ; enfin, elles interviennent à chaque étape du cycle de vie de l’information — collecte, transmission, traitement, distribution et protection.

Principes pour une coordination efficace

Pour renforcer l’efficacité de la sécurisation de l’information, l’analyse propose trois principes directeurs :

  • Adopter une approche globale de la bataille. Les commandants et planificateurs doivent concevoir la coordination en fonction de l’ensemble de la campagne, en identifiant les forces clés, les nœuds critiques et les moments décisifs, puis optimiser les plans collaboratifs autour de ces priorités.
  • Planification centrée sur les tâches. La coordination doit répondre aux exigences des missions, garantissant que les commandements, systèmes d’armes et forces reçoivent les informations nécessaires même dans des conditions adverses et contestées. Les plans doivent permettre une livraison rapide, précise, sécurisée et continue de l’information de commandement et contrôle.
  • Exécution proactive et flexible. Les responsables de l’appui à l’information doivent surveiller en permanence l’état de la collaboration et réagir rapidement. Cela implique à la fois la gestion active des connexions habituelles et la mise en œuvre de mesures de récupération flexibles en cas de dégradation de la coordination.

Domaines de coordination : liens internes et externes

Les auteurs insistent sur deux axes majeurs de coordination.

Coordination interne : elle concerne l’interaction entre les sous-unités d’appui à l’information de l’armée, telles que la synchronisation des limites des tâches, le calendrier d’activation des services et la validation conjointe des services entre équipes de soutien aux postes de commandement et unités réseaux de colonne vertébrale. Une répartition claire des responsabilités et des fenêtres d’activation synchronisées sont considérées comme essentielles.

Coordination externe : elle implique l’intégration de l’appui à l’information dans le système interarmées. Cela passe par la liaison des ressources et interfaces avec les éléments interarmées, la synchronisation des tests et validations conjoints, et la planification des mesures de contingence. Compte tenu de la posture dispersée de l’armée et de sa vulnérabilité face aux ciblages ennemis, la collaboration étroite avec les forces de défense des nœuds, la défense aérienne et antimissile intégrée, ainsi que la logistique et le soutien médical conjoints est primordiale. Par exemple, cela inclut l’alignement des emplacements de nœuds avec la couverture de la défense aérienne, la coordination des points de ravitaillement logistique et la planification des itinéraires d’évacuation sanitaire.

Trois modes de collaboration : planifiée, ad hoc, autonome

L’étude propose une approche stratifiée de collaboration :

  1. Coordination planifiée : élément principal. Les commandants doivent préparer des documents détaillés de coordination — directives d’action, plans synchronisés, calendriers, schémas — et les répéter via des tables de sable et simulations. Ces documents doivent préciser les actions collaboratives ainsi que les règles de secours pour que les unités sachent réagir en cas d’écart par rapport au plan.
  2. Coordination ad hoc (ponctuelle) : mesure complémentaire habituelle. En raison de la rapide évolution des conditions du champ de bataille, les commandants doivent monitorer continuellement la situation et ajuster la coordination en temps réel. Les petits écarts doivent être gérés par des ajustements locaux conformes au plan global afin d’éviter toute fragmentation opérationnelle.
  3. Coordination autonome : filet de sécurité. Lorsque la coordination est perturbée ou que les directives centralisées ne peuvent être reçues, les sous-unités doivent pouvoir rétablir l’interopérabilité en se basant sur des règles et standards prédéfinis. Des activités autonomes, proactives de liaison et de restauration sont attendues lorsque les communications avec les échelons supérieurs sont limitées.

Conséquences stratégiques

Au total, les auteurs soutiennent que la bonne prise en compte de la nature multidimensionnelle de la mission, le respect des principes globaux et centrés sur les tâches, la coordination explicite interne et externe, ainsi que l’adoption d’un modèle mixte de collaboration planifiée, contingente et autonome, renforceront la capacité de l’armée à fournir un soutien informationnel opportun, sécurisé et résilient lors des opérations interarmées.

L’analyse cite des travaux doctrinaux antérieurs sur la coordination opérationnelle et des études récentes sur l’intégration de l’appui à l’information, recommandant par ailleurs des exercices de simulation réguliers et des drills interarmées afin de valider et affiner les plans collaboratifs.