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Perchés dans la fine atmosphère de la stratosphère, entre l’orbite trop élevée des satellites et l’altitude trop basse des drones classiques, une nouvelle catégorie de gardiens aériens prend forme. Le Conseil de la Recherche Scientifique et Industrielle, via ses Laboratoires Aérospatiaux Nationaux (CSIR-NAL), a atteint une étape majeure avec son système High Altitude Pseudo-Satellite (HAPS) expérimental, une prouesse solaire qui a récemment enregistré 10,5 heures de vol à 7 600 mètres, validant ainsi l’endurance de la plateforme et ouvrant la voie à un déploiement complet prévu pour 2026. Ce HAPS indigène, dont la finalisation est attendue pour 2030, promet une capacité d’endurance de plusieurs semaines à 20 km d’altitude, fournissant une couverture continue en renseignement, surveillance, reconnaissance (ISR), connectivité 5G/6G et gestion des catastrophes sur de vastes territoires isolés.

Les systèmes HAPS, souvent appelés « satellites atmosphériques », comblent le vide entre les drones traditionnels et les constellations orbitales en évoluant dans la zone stratégique des 18-20 km, où les vents sont stables et l’ensoleillement suffisant pour un rechargement solaire quasi-perpétuel. Le projet du CSIR-NAL, soutenu dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat visant à renforcer l’autonomie stratégique de l’Inde, répond aux nécessités critiques le long des 15 000 km de frontières indiennes et dans des zones à risques naturels. Le démonstrateur réduit, doté d’une envergure de 12 mètres et capable de porter 1 kg de charge utile, a été soumis à des tests rigoureux en mai 2024, volant à 7 600 mètres pendant plus de 10,5 heures lors d’un test clé sur le site national d’essais à Chitradurga. Ce vol, incluant une session de 27 heures à 8 000 mètres, a démontré la stabilité de la cellule, la navigation autonome et la résistance des composites légers conçus pour les cycles thermiques extrêmes.

Fort de ces résultats, le CSIR-NAL accélère le déploiement de la version grandeur nature. Le modèle élargi, attendu pour une première mise en service dès l’année prochaine, disposera d’une envergure de 30 mètres pour un poids total de 150 kg, capable de voler à 80-100 km/h avec une charge utile modulable de 10 kg. Des cellules solaires en arséniure de gallium, bien plus efficaces que les traditionnelles en silicium, permettront d’atteindre une endurance de plusieurs semaines, transformant ce HAPS en un atout de surveillance persistante. « De la surveillance des frontières au rétablissement des communications lors des cyclones, cette plateforme sera l’œil indéfectible de l’Inde dans le ciel », a déclaré le Dr S. Sathiyamoorthy, directeur du CSIR-NAL, lors d’une récente mise à jour.

Installé à 20 km d’altitude, le HAPS disposera d’une couverture en ligne de vue sur un rayon de 500 à 1 000 km, parfaitement adaptée aux missions ISR en temps réel dans des zones à haute menace telles que Ladakh ou l’archipel des Andaman. Équipé de caméras électro-optiques/infrarouges et de radars à synthèse d’ouverture, il pourra suivre avec une précision submétrique les mouvements de troupes ou surveiller des repaires insurgés. Sur le plan des communications, il fera fonction de relais cellulaire, diffusant des signaux 5G/6G vers des villages isolés ou des unités navales, contribuant ainsi à réduire la fracture numérique qui affecte 40 % de la population indienne dépourvue d’accès internet fiable. En matière de gestion des catastrophes, lors d’événements comme les glissements de terrain à Wayanad en 2023, ce système pourrait transmettre des signaux SOS, cartographier les débris via LiDAR et coordonner des largages de secours, même en l’absence d’infrastructures terrestres.

Comparaison des versions expérimentale et à l’échelle réelle :

Paramètre Modèle réduit Modèle grandeur nature (cible)
Envergure 12 m 30 m
Poids total ~50 kg 150 kg
Capacité utile 1 kg 10 kg
Altitude atteinte 7,6 km (25 000 ft) 20 km (65 600 ft)
Endurance 10,5+ heures (jusqu’à 27 heures) Semaines (solaire)
Vitesse 40-60 km/h 80-100 km/h
Applications principales Tests ISR Surveillance, relais 5G/6G, réponse aux catastrophes

Le calendrier est ambitieux mais rigoureux : l’assemblage du prototype doit être achevé d’ici décembre 2025, avec les vols inauguraux prévus au premier trimestre 2026 à Chitradurga, suivis des essais intégrés des charges utiles tout au long de 2027. Pour 2030, le CSIR-NAL envisage le déploiement d’une constellation de 5 à 10 unités HAPS, interconnectées par communications laser pour des transitions transparentes, en coopération possible avec des partenaires privés tels que Tata Advanced Systems ou IdeaForge. Ce programme s’inscrit dans la politique spatiale indienne 2023, qui encourage une approche hybride espace-air pour la sécurité nationale.

Des défis subsistent, notamment la gestion des turbulences stratosphériques nécessitant des systèmes de contrôle de vol adaptatifs, ainsi que la miniaturisation des charges utiles pour les transceivers 6G. Cependant, les premières simulations dans les souffleries du NAL confirment leur faisabilité. À l’échelle mondiale, l’Inde rejoint un cercle restreint : Airbus avec son Zephyr détient un record de 26 jours de vol en continu, tandis que la Chine développe son système Tengyun avec des objectifs similaires. Le CSIR-NAL mise cependant sur un coût maîtrisé (< 50 crores INR par unité) et une propriété intellectuelle indigène, positionnant ce HAPS comme une solution exportable auprès des alliés du QUAD confrontés aux mêmes défis de connectivité.