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Début février 2026, une photographie diffusée sur le forum Force DZ apporte la première preuve tangible de la livraison du chasseur multifonction russe Sukhoï Su-35 à l’Algérie. L’image montre l’appareil au sol, arborant un emblème algérien clairement visible sur la dérive, confirmant ainsi des années de rumeurs sur un transfert en attente.

Si ni les autorités militaires algériennes ni Moscou n’ont encore officiellement confirmé cette livraison, la preuve visuelle suscite déjà un regain d’attention parmi les responsables politiques américains, qui redoutent les implications d’un rapprochement militaire croissant entre Alger et Moscou.

Selon des sources antérieures, la Force aérienne algérienne aurait commencé à exploiter le Su-35 à partir de la base aérienne d’Oum Bouaghi. L’Algérie se positionne ainsi pour devenir l’un des rares opérateurs étrangers du Su-35, après la Russie et la Chine, alors que la trajectoire des exportations de cet appareil reste marquée par des annulations et des réaffectations. Il est rapporté qu’au moins une partie des avions livrés à Alger avait initialement été commandée par l’Égypte en 2018, avant que le pays ne se désiste sous la pression économique et politique occidentale.

Des discussions portant sur un éventuel transfert de ces appareils à l’Iran n’ayant pas abouti immédiatement, Téhéran a par la suite confirmé en janvier 2025 l’achat de ses propres Su-35.

Pour l’Algérie, la réception du Su-35 intervient dans un contexte de spéculations persistantes quant à sa modernisation future, notamment autour du plus avancé Su-57. Dans cette optique, le Su-35 se conçoit moins comme une acquisition définitive qu’en tant que capacité transitoire. Des analystes évoquent dans un rapport de mars 2025 que cette décision reflète les retards de production du Su-57, faisant du Su-35 une solution provisoire pour préserver les capacités aériennes en attendant l’arrivée d’un avion de nouvelle génération.

Cette stratégie s’inscrit également dans une logique plus large : Alger doit impérativement maintenir une supériorité aérienne crédible afin de renforcer la dissuasion dans toute la région du Maghreb et d’affirmer une autonomie stratégique face à ses rivaux régionaux et aux puissances extérieures.

Le Su-35 : une évolution significative de la famille Flanker

Le Su-35 ne constitue pas une simple mise à jour des variantes précédentes du Flanker. Il représente une évolution majeure fondée sur le développement du Su-27M, enrichie par des étapes de reconfiguration comme sur le démonstrateur Su-37, qui a introduit la poussée vectorielle. L’appareil abandonne les canards présents sur le Su-30MKI et les prototypes, privilégiant la poussée vectorielle pour une agilité extrême sans compromis aérodynamiques liés aux surfaces portantes additionnelles.

Par ailleurs, le Su-35 se caractérise par un recours accru à des matériaux composites plus légers, des structures internes renforcées ainsi qu’un cockpit entièrement en verre numérique, améliorant la gestion des missions et la robustesse dans des profils de vol à forte contrainte.

Motorisé par deux turboréacteurs AL-41F-1S, le Su-35 atteint une vitesse maximale proche de Mach 2,25, avec un rayon d’action d’environ 3 600 km selon le profil de vol et la charge en carburant externe. Conçu pour des manœuvres jusqu’à 9 g, il favorise les tactiques énergétiques en combat aérien intense, loin d’être un simple argument commercial.

Son radar PESA Irbis-E affiche des portées de détection supérieures à 350 km dans des conditions favorables, certains modèles intégrant des radars secondaires dans les racines d’ailes pour optimiser la couverture et la précision du guidage. Tous ces éléments renforcent son rôle de plateforme de défense aérienne longue portée, au-delà d’un simple chasseur polyvalent.

Intégration au sein de l’aviation algérienne

La Force aérienne algérienne exploite déjà plus de 70 chasseurs Su-30MKA depuis 2006, qui restent la colonne vertébrale de sa capacité aérienne de combat. Le Su-30MKA est équipé d’un radar à antenne à balayage électronique (AESA) et de moteurs à poussée vectorielle, soutenant des missions de défense aérienne, d’attaque et de reconnaissance. Le Su-35 s’inscrit donc comme une extension naturelle, compatible avec l’écosystème russe existant en termes de formation, tactique, armement et maintenance.

Certains rapports évoquent même la possibilité que l’Algérie modernise une partie de sa flotte de Su-30MKA en y intégrant des composants issus du Su-35, tels que moteurs ou systèmes radar, démarche destinée à limiter la fragmentation logistique tout en améliorant de façon progressive les capacités globales.

Armement et capacités opérationnelles

Le Su-35 peut embarquer un large éventail d’armements air-air et air-sol. Il est notamment équipé des missiles R-77 et R-73, ainsi que d’armes d’attaque telles que les missiles Kh-31, Kh-59 et les bombes guidées de la famille KAB, y compris les KAB-500 et KAB-1500. Son canon GSh-30-1 de 30 mm offre une arme de proximité pour les combats rapprochés.

Sa capacité de charge utile dépasse généralement 8 000 kg, répartie sur 14 points d’ancrage externes. Cela permet à l’Algérie d’adapter la configuration pour des missions de défense aérienne, de soutien aux opérations maritimes ou d’interdiction profonde. Même si le détail exact de l’armement algérien n’est pas public, les options permises par la plateforme et ses capteurs ouvrent un large éventail de stratégies opérationnelles.