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La Marine indienne s’apprête à renforcer considérablement ses capacités aéronavales avec l’acquisition de 26 appareils Dassault Rafale Marine (Rafale-M), équipés de suites de guerre électronique SPECTRA spécialement adaptées aux opérations électroniques maritimes. Cette avancée stratégique reflète l’ambition de l’Inde de consolider sa supériorité dans l’océan Indien face aux menaces grandissantes de la Chine et du Pakistan.

Le 28 avril 2025, le Comité de Sécurité du Cabinet indien, présidé par le Premier ministre Narendra Modi, a validé un contrat record de 63 000 crores de roupies pour l’achat de 26 Rafale-M, dont 22 monoplaces et 4 biplaces pour la formation. Ce marché constitue la plus importante acquisition extérieure de défense pour l’Inde à ce jour. Le Rafale-M, version naval du chasseur multirôle de 4,5e génération, a été préféré au Boeing F/A-18 Super Hornet pour le programme Multi-Role Carrier Borne Fighter (MRCBF) de la Marine indienne, notamment grâce à sa compatibilité avec les porte-avions à décollage court et appontage par brin d’arrêt (STOBAR) ainsi que la mutualisation avec les 36 Rafale déjà en service dans l’Indian Air Force. Les livraisons devraient débuter en 2029 et s’échelonner jusqu’en 2031.

Conçu spécifiquement pour les opérations à partir de porte-avions, le Rafale-M dispose d’un train d’atterrissage renforcé, d’un crochet d’appontage et d’une cellule renforcée afin de supporter les contraintes navales. Il embarque des équipements avancés tels que le radar à antenne active RBE2 AESA de Thales, le système optronique Front Sector Optronics (FSO) ainsi que la suite de guerre électronique SPECTRA, qui améliorent sensiblement la conscience situationnelle et la survivabilité. La personnalisation de SPECTRA pour les opérations électroniques maritimes renforce la capacité du Rafale-M à neutraliser des menaces sophistiquées dans des environnements électromagnétiques complexes.

La suite SPECTRA (Système de Protection et d’Évitement des Conduites de Tir du Rafale), développée conjointement par Thales et MBDA, est un système interne de guerre électronique totalement intégré. Elle protège l’avion contre les menaces infrarouges, électromagnétiques et laser. Contrairement aux pods externes, son intégration interne préserve les points d’emport pour des armements lourds comme le missile air-air Meteor, le missile anti-navire Exocet AM39 ou encore le missile de croisière SCALP. Le système comprend des récepteurs d’alerte radar, des détecteurs laser et missile, des brouilleurs à antennes phasées, ainsi que des lance-leurres, tous coordonnés par une unité de gestion centralisée assurant la fusion de données et une réaction rapide.

Parmi ses capacités clés, SPECTRA offre une détection à longue portée, une identification et une localisation précise des menaces. Cela permet aux pilotes de mettre en œuvre des contre-mesures telles que le brouillage radar, la leurre infrarouge et les manœuvres d’évitement. Ses modes de brouillage furtifs, utilisant notamment des technologies d’annulation active, réduisent la signature radar en analysant et neutralisant les signaux ennemis. Pour les Rafale-M de la Marine indienne, la suite SPECTRA est ajustée afin de privilégier les opérations d’attaque électronique maritime, améliorant la capacité à perturber les radars navals, les communications et les systèmes de guidage de missiles ennemis dans la zone électromagnétique complexe de l’océan Indien.

Adaptations spécifiques pour les opérations électroniques maritimes

Les opérations d’attaque électronique maritime (EA) visent à supprimer ou perturber les actifs navals ennemis, incluant navires de surface, sous-marins et aéronefs embarqués, au moyen de contre-mesures électroniques. Les suites SPECTRA personnalisées pour le Rafale-M seront optimisées pour contrer les menaces spécifiques du domaine maritime, notamment :

  • Défense contre les missiles anti-navires : La suite renforcera la détection et le brouillage des missiles à guidage radar tels que le YJ-12 chinois et l’Harpoon pakistanais, déployés sur navires et sous-marins. Les brouilleurs à antennes phasées et les lance-leurres de SPECTRA perturberont le guidage des missiles pour protéger les porte-avions et bâtiments de surface indiens.
  • Suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD) : L’électronique du Rafale-M sera paramétrée pour neutraliser les missiles sol-air navals adverses comme le HQ-9 sur les destroyers de Type 055 chinois ou les systèmes LY-80 pakistanais. Cette capacité est essentielle pour franchir les zones maritimes contestées et mener des frappes contre des cibles stratégiques telles que porte-avions et frégates.
  • Contre-mesures aux radars navals : La suite visera les radars navals avancés, par exemple ceux des destroyers Type 052D de Chine et les frégates pakistanaises de classe Zulfiqar, en perturbant leur capacité de suivi des forces indiennes. Elle inclura la neutralisation des radars à faible probabilité d’interception (LPI), difficiles à contrer par des systèmes classiques.
  • Soutien à la guerre anti-sous-marine (ASM) : En corrélation avec les capacités ASM du Rafale-M, SPECTRA renforcera la détection et le brouillage des communications sous-marines, participant à la lutte contre les sous-marins pakistanais Agosta 90B et chinois de la classe Yuan.

Ces améliorations exploitent les forces multi-spectrales de détection et la fusion de données inhérentes à SPECTRA, tout en intégrant des mises à niveau spécifiques à l’Inde, notamment la compatibilité avec les missiles autochtones Astra Mk1 air-air et Rudram anti-radiation. La suite sera également connectée aux réseaux satellitaires et aux systèmes de commandement naval indiens, assurant une guerre centrée sur le réseau (network-centric warfare).

Cette personnalisation répond à la montée en puissance militaire dans l’océan Indien. La marine chinoise (PLAN) déploie trois porte-avions opérationnels (Liaoning, Shandong, Fujian) avec une flotte croissante de bâtiments de guerre et sous-marins avancés. Ses patrouilles régulières près de points stratégiques comme le détroit de Malacca, soutenues par des bases à Djibouti et un accès au port pakistanais de Gwadar, imposent une vigilance accrue. Par ailleurs, la modernisation navale pakistanaise, incluant les frégates classe Zulfiqar et sous-marins classe Hangor équipés de SAM longue portée et missiles anti-navires, complique davantage l’environnement sécuritaire régional.