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Les services de renseignement sud-coréens alertent sur une possible septième explosion nucléaire nord-coréenne, signalant que Pyongyang serait techniquement prête à procéder à un nouveau test souterrain, sous réserve de l’accord politique de Kim Jong-un. Parallèlement, la Corée du Nord renforcerait ses coopérations militaires spatiales avec la Russie, marquant un effort plus large de modernisation de ses capacités de dissuasion.

Selon des parlementaires sud-coréens, l’Agence de Renseignement de la Défense (DIA) estime que la Corée du Nord est prête à effectuer un nouvel essai nucléaire souterrain au site de Punggye-ri, spécifiquement dans le Tunnel n°3. L’unique condition restant serait la validation par le dirigeant Kim Jong-un.

Après six essais réalisés entre 2006 et 2017, dont le dernier, estimé entre 100 et 250 kilotonnes, Pyongyang revendique désormais la maîtrise de la technologie thermonucléaire. Les armes ont évolué, passant de dispositifs de fission amplifiée à des charges à deux étages, avec une miniaturisation progressive pour une intégration à des vecteurs balistiques.

Le processus de fabrication du matériel fissile reste double, combinant plutonium produit au réacteur de Yongbyon et uranium hautement enrichi. Les volumes exacts et le rythme de production demeurent incertains. Le choix du Tunnel n°3, rénové sur plusieurs saisons, vise à garantir la répétitivité des essais, à maîtriser les contraintes géologiques et à limiter les signatures détectables, réduisant ainsi le délai d’alerte.

Le programme nucléaire nord-coréen s’appuie sur plusieurs familles de missiles balistiques. Les missiles intercontinentaux à propergol liquide Hwasong-15 et Hwasong-17 se distinguent par leur capacité de portée stratégique. Le Hwasong-15, missile bicéphale à structure métallique, a effectué des lancements balistiques en trajectoire quasi verticale, avec une portée théorique supérieure à 12 000 km pour une charge utile allégée. Le Hwasong-17, plus imposant et équipé d’un train d’atterrissage à 11 essieux, est conçu pour des charges plus lourdes ; Pyongyang a laissé entendre qu’il pourrait accueillir des ogives MIRV (Multiples ogives à rentrée), technologie encore non validée en conditions opérationnelles.

De son côté, le Hwasong-18, un missile à trois étages avec une enveloppe intégrée, réduit le temps de préparation de plusieurs heures à quelques minutes, diminue la vulnérabilité avant lancement et permet des séquences de tir moins prévisibles. Cependant, ce missile rencontre encore des difficultés concernant la résistance thermique et la performance de ses véhicules de rentrée lors de trajectoires plus plates à vitesses hypersoniques, la majorité des tests privilégiant des trajectoires élevées qui ne reproduisent pas entièrement les conditions de vol opérationnel.

Sur le segment régional et tactique, la Corée du Nord s’appuie sur le missile balistique à portée intermédiaire Hwasong-12, d’une portée estimée entre 4 000 et 4 500 km, ainsi que sur des missiles balistiques à courte portée manœuvrables comme le KN-23 et le KN-24.

Le KN-23, missile quasi-balistique aux caractéristiques proches du missile russe Iskander, emprunte une trajectoire déprimée avec une phase finale ascendante, affiche une portée de 600 à 700 km et présente une vraie résistance aux défenses sol-air sur le théâtre d’opérations.

Le KN-24, reconnaissable à sa section transversale rectangulaire rappelant l’ATACMS américain, couvre environ 400 km avec une précision accrue (CEP plus serré) sur de courtes distances. En complément, un lance-roquettes rapide de 600 mm, parfois désigné KN-25 et offrant une portée de 300 à 350 km, étend la couverture d’attaque. Les missiles de croisière Hwasal annoncent un rayon d’action supérieur à 1 500 km, avec vol à basse altitude, guidage inertiel renforcé par corrélation du terrain et altimétrie, ainsi que la capacité de vol rasante particulièrement efficace pour les versions anti-navires.

Ces vecteurs, souvent montés sur véhicules de transport-lanceurs mobiles (TEL) routiers, offrent une flexibilité tactique importante, multipliant les profils d’attaque et raccourcissant le temps d’engagement vers la cible.

La situation régionale reste tendue. Tokyo surveille étroitement les fenêtres de tir possibles et ajuste ses acquisitions de systèmes de défense aérienne et antimissile. Pékin maintient une posture mesurée face aux pressions internationales tout en cherchant à préserver la stabilité régionale. Les États-Unis conservent une présence active par des rotations aériennes et navales, renforçant la couverture de leurs alliances tout en se focalisant sur l’interopérabilité des systèmes antimissiles et la crédibilité de la dissuasion étendue.

De son côté, Séoul durcit ses règles d’engagement, adopte une posture de réponse graduée et renforce ses capacités autonomes de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR), afin de réduire sa dépendance aux données de ses alliés liées aux fenêtres de lancement nord-coréennes.

Un nouveau facteur, signalé par la Corée du Sud, appelle à la prudence : une possible coopération russe avec la Corée du Nord dans le domaine spatial et, plus globalement, dans le renforcement de ses systèmes de défense. Sans confirmation publique définitive, des hypothèses évoquent des transferts de savoir-faire, des échanges d’équipements ou de personnels liés au conflit ukrainien. Si cela se confirmait, cela suggérerait des intérêts stratégiques convergents, compliquant notablement l’efficacité des régimes de sanctions et des contrôles à l’exportation, notamment concernant les chaînes d’approvisionnement à double usage civil et militaire.

En définitive, une septième explosion nucléaire relancerait le cycle des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, bien que le blocage diplomatique actuel en limite la portée coercitive. Les alliés augmenteraient leurs patrouilles et exercices aériens et maritimes, tout en intensifiant les missions ISR pour assurer une couverture opérationnelle permanente.

Une pression accrue sur les architectures nationales, depuis la défense antimissile au niveau du théâtre d’opérations jusqu’à l’alerte précoce et la coordination interinstitutionnelle des plans de crise, est à prévoir. Le principal risque tient à un cycle action-réaction où les avancées technologiques nord-coréennes seraient synchronisées avec un calendrier politique stratégique, tenant compte des échéances électorales, des exercices saisonniers et des fenêtres orbitales.

Dans ce contexte, la stabilité régionale repose sur une dissuasion claire, une capacité d’attaque proportionnée et une gestion rigoureuse de la défense antimissile à courte portée alliée, condition essentielle pour garantir sa pérennité dans le temps.

Alain Servaes