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Les soldats britanniques maîtrisent désormais l’usage offensif des drones sur le champ de bataille, évoluant du pilotage à des missions d’attaque ciblées. Cette évolution marque une étape majeure dans l’intégration des systèmes aériens sans pilote (UAS) au sein des forces terrestres.

Les drones FPV (First Person View) équipés pour des frappes de précision sont déjà utilisés avec succès par les forces armées ukrainiennes. Pilotés via un casque de réalité virtuelle et transportant de petites charges explosives, ces drones offrent une maniabilité exceptionnelle. Ils peuvent, par exemple, pénétrer par une trappe ouverte pour détruire un véhicule blindé en explosant à l’intérieur, ce qui démontre leur efficacité bien au-delà de leur coût modeste.

« Nous formons les soldats de A à Z : comment configurer et piloter les drones FPV, puis comment les utiliser en combat, en coopération avec des drones de reconnaissance pour localiser et frapper les cibles. »

Colour Sergeant Danny Wade, 2e bataillon du Régiment des parachutistes

Au polygone de Bramley dans le Hampshire, un stage de trois semaines (du 7 au 25 juillet) a permis de former des soldats déjà expérimentés au pilotage des FPV à leur usage offensif, appelé « One Way Attack » (OWA) dans le jargon militaire. Ce cursus combinait cours théoriques, simulateurs de vol et entraînements sur le terrain. L’objectif est d’apprendre à mener des missions d’attaque avec ces drones, en coordination avec des drones de reconnaissance, tout en évitant d’être détectés et neutralisés par les capacités ennemies de guerre électronique et d’autres drones.

Ce stage a été organisé par le peloton UAS du 2e bataillon du Régiment des parachutistes, la première unité de ce type dans l’Armée britannique. Ses instructeurs, formés au Centre des UAS de l’Armée à Lulworth en tant que chefs d’équipe OWA, transmettent désormais leurs compétences à des soldats issus de la 1re division britannique, pour les qualifier comme opérateurs OWA.

Le Colour Sergeant Danny Wade, chef du peloton UAS de 2 PARA, dirige cette formation.

« Nous enseignons aux soldats non seulement à piloter les drones FPV, mais aussi à combattre avec eux, en équipe avec des drones de reconnaissance pour découvrir et détruire les cibles », explique-t-il. « Le pilotage FPV est une compétence complexe, mais tous ont fait preuve d’un réel engagement et ont progressé rapidement. »

« C’est la direction que prend la guerre moderne et c’est passionnant d’en faire partie. Les compétences acquises sont bien différentes de ce que l’on attend traditionnellement d’un soldat d’infanterie. »

Kingsman Kaidyn Hilton, 1er bataillon du Régiment du Duc de Lancaster

Selon CSgt Wade, l’entrée en formation requiert 30 heures de vol sur simulateur. Pendant les trois semaines, les soldats accumulent environ 100 heures supplémentaires, en simulateur et en vol réel. L’accent est mis sur la précision plus que sur la vitesse, afin de toucher des points précis et maximiser les dégâts sur la cible.

Kaidyn Hilton, soldat du 1er bataillon du Régiment du Duc de Lancaster, souligne que son unité utilise déjà depuis quelque temps des UAS pour la reconnaissance, mais que les attaques par drones FPV constituent une nouveauté majeure.

« Les drones FPV sont difficiles à piloter car on contrôle totalement l’appareil, contrairement aux drones classiques qui sont souvent en mode autopilote et qu’on dirige à distance. » Il poursuit : « Avec les lunettes de réalité virtuelle, on peut vite être désorienté, il faut une grande concentration, et en même temps, on reçoit des informations tactiques de coéquipiers à l’extérieur. On ressent un pic d’adrénaline, car on a entre les mains un véritable arsenal capable de frapper rapidement des cibles d’envergure. »

« Cette évolution illustre bien l’avenir de la guerre, et c’est stimulant d’en faire partie. Ces compétences sont très éloignées de celles attendues traditionnellement d’un soldat d’infanterie. »

« La courbe d’apprentissage a été raide, avec beaucoup d’essais et d’erreurs. Il faut réfléchir à de nombreux aspects : logistique, commandement, contrôle, et comment coordonner les UAS avec l’artillerie et le soutien aérien. »

Colour Sergeant Danny Wade, 2e bataillon du Régiment des parachutistes

Le peloton UAS de 2 PARA, créé fin 2024, est pionnier dans l’intégration de l’attaque par drones dans les pratiques de combat de l’Armée. Il a participé à des exercices en jouant tant le rôle des forces amies que de l’ennemi, afin d’habituer le bataillon à opérer avec et contre des drones.

CSgt Wade explique : « Le bataillon a décidé de mettre en place un peloton spécialisé pour exploiter pleinement les UAS. C’est une catégorie d’armes entièrement nouvelle et il n’existe pas encore de doctrine officielle britannique sur l’attaque par drones. »

« Nous avons beaucoup appris, souvent à travers des essais, en étudiant les technologies et les méthodes utilisées par l’Ukraine et les forces de l’OTAN. Nous développons nos propres tactiques et ce stage permet de transmettre ces savoirs aux soldats qui pourront les adapter selon leur unité. »

Engagé en 2008, CSgt Wade a été déployé à deux reprises en Afghanistan.

« À mon arrivée dans l’armée, les drones étaient une capacité marginale surtout rattachée à l’artillerie. Je n’aurais jamais imaginé former des soldats d’infanterie à leur pilotage. »

« Au début, l’enthousiasme faisait défaut : la culture du paras, c’est d’abord de forcer les entrées et nettoyer les tranchées. Mais la situation en Ukraine montre clairement que les drones vont jouer un rôle majeur dans les conflits à venir. »