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Le dimanche 2 novembre 2025, l’amiral Naveed Ashraf, chef de la Marine pakistanaise, a annoncé que le premier lot de sous-marins de classe Hangor, acquis dans le cadre du programme sino-pakistanais, entrera en service en 2026.

Ce premier lot comprend quatre sous-marins construits en Chine avant que leur assemblage ne soit transféré aux chantiers navals et ateliers d’ingénierie de Karachi, marquant une avancée majeure dans la capacité de dissuasion sous-marine et le développement industriel du Pakistan.

Ce calendrier est crucial pour l’équilibre régional, s’inscrivant dans les efforts de Pékin pour contrer la supériorité navale de l’Inde et sécuriser les routes maritimes vers le Moyen-Orient via Gwadar et le réseau du CPEC (Corridor économique Chine-Pakistan).

La classe Hangor est un sous-marin à propulsion conventionnelle avec système indépendant de l’air (AIP), dérivé de la série chinoise d’exportation S26, elle-même inspirée du Type 039A/041 « Yuan ».

Selon les chiffres publiés par le Pakistan et les analyses de l’industrie, ces sous-marins mesurent environ 76 mètres de longueur, affichent un déplacement en plongée proche de 2 800 tonnes et sont équipés de six tubes lance-torpilles de 533 mm, capables d’utiliser des torpilles lourdes ou des missiles de croisière antinavires et sol-sol.

Le Pakistan a testé avec succès le missile de croisière sous-marin Babur-3 depuis une plateforme submersible. Bien que son intégration sur la classe Hangor soit attendue, elle n’a pas encore été officiellement confirmée. Le design vise à assurer une capacité de déni maritime durable et discrète dans le nord de la mer d’Arabie et les points d’accès à l’océan Indien.

Le projet remonte à un accord de 2015 portant sur la construction de huit sous-marins, répartis entre une fabrication chinoise des quatre premiers exemplaires et un assemblage réalisé au Pakistan pour les quatre suivants, avec transfert de technologie. Le calendrier s’est accéléré entre 2024 et 2025 : le premier sous-marin a été mis à l’eau en avril 2024, le second en mars 2025, et le troisième, futur PNS/M Mangro, le 15 août 2025 à la base de Shuangliu à Wuchang, Wuhan, avant des essais dans la vallée du Yangtsé en direction de la mer.

En parallèle, le Pakistan a déployé quatre frégates polyvalentes de type 054A/P et renforcé la coopération entre la Marine de l’Armée populaire de libération (PLAN) et la Marine pakistanaise (PN) à travers les exercices réguliers « Guardians of the Sea ». Ces exercices intègrent la modernisation des forces de surface et sous-marines, accompagnée d’un entraînement et de procédures communs.

En termes de capacités, un sous-marin d’attaque conventionnel (SSK) doté d’un système AIP moderne offre au Pakistan une plus grande autonomie en plongée, des patrouilles plus discrètes, ainsi que des options d’attaque crédibles depuis des eaux côtières, autant d’atouts compliquant considérablement la guerre antisous-marine (ASM) pour l’adversaire.

À titre de comparaison, la flotte indienne Kalvari/Scorpène conserve sa capacité opérationnelle, mais ne fait que commencer sa modernisation pour intégrer un système AIP à pile à combustible développé par le DRDO. Ce programme a subi de nombreux retards, et le premier cycle complet d’intégration est désormais prévu pour 2026-2027.

Si l’écart se resserre avec les avancées indiennes, la mise en service des sous-marins Hangor dès 2026 confère au Pakistan un avantage temporaire en autonomie dans une zone opérationnelle peu profonde et à fort trafic maritime, s’étendant de Karachi à Gwadar et au-delà.

Sur le plan stratégique, la mise en service du quatuor de sous-marins construits en Chine à partir de 2026 redéfinit l’équilibre sous-marin le long des routes maritimes essentielles reliant la mer d’Arabie aux corridors énergétiques du Golfe Persique.

Sur le plan budgétaire, ce programme de sous-marins est estimé à près de 5 milliards de dollars selon des sources publiques, ce qui en fait l’un des plus importants contrats d’exportation navale chinois. L’attribution initiale de 2015, couvrant les huit sous-marins, reste la décision majeure. Les étapes suivantes portent sur les mises à flot, le transfert de technologie dans le chantier naval de Karachi, ainsi que la formation des équipages et la maintenance, sans appel d’offres concurrentiels supplémentaires.

Avec l’entrée en service du premier lot en 2026 et l’incorporation progressive des unités restantes jusqu’en 2028, les dépenses évolueront de l’acquisition vers l’approvisionnement en armement, la formation et le développement de l’infrastructure de maintenance indispensable à une présence opérationnelle permanente.

La présence sous-marine pakistanaise mettra à l’épreuve les capacités ASM indiennes et offrira à Pékin un partenaire fiable sur les routes maritimes bordant le Moyen-Orient, sans avoir besoin de dévoiler des bases dont la présence pourrait aggraver les tensions régionales. Pour les marines de la région, le message est clair et immédiat : le plateau stratégique sous-marin de l’océan Indien s’annonce plus fréquenté dès 2026, rendant la traque des unités plus complexe.

Teoman S. Nicanci