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La maîtrise diplomatique du Premier ministre Modi lors du Sommet du G20 à Johannesburg illustre parfaitement l’essence même de la diplomatie. Le 20e Sommet des dirigeants du G20, placé sous le thème « Solidarité, Égalité et Durabilité », s’est tenu pour la première fois sur le sol africain, marquant une étape symbolique des évolutions géopolitiques mondiales.

Dans ce contexte, Narendra Modi s’est imposé non seulement comme le porte-voix de l’Inde, mais aussi comme un acteur clé dans la construction d’un consensus international. Ses interventions, échanges bilatéraux et propositions visionnaires ont renforcé le statut de l’Inde, accentuant son rôle de passerelle entre pays développés et en développement.

Depuis son accession au pouvoir en 2014, Modi a participé à une douzaine de sommets du G20, transformant la position de l’Inde de simple participant à celle d’un acteur central. Par une diplomatie affirmée mais inclusive, il a su mettre en avant les priorités indiennes : développement durable, lutte contre le terrorisme, action climatique et gouvernance globale équitable.

Dans une période marquée par la fragmentation géopolitique, son approche incarne le principe « Vasudhaiva Kutumbakam » (le monde est une famille), mêlant sagesse ancestrale et realpolitik moderne. Ce premier sommet africain a offert à Modi une tribune pour défendre les aspirations du continent, faisant écho à la Déclaration de Delhi de 2023 qui a obtenu l’adhésion permanente de l’Union africaine au G20 — un coup diplomatique qui a redéfini l’inclusivité du forum.

En l’absence notable du président américain Donald Trump, qui a boycotté le sommet pour des raisons intérieures, Modi a comblé ce vide avec sang-froid, permettant l’adoption de la déclaration commune sans veto américain, illustrant l’influence grandissante de l’Inde. Lors de la session inaugurale, il a livré un discours percutant, critiquant les modèles de croissance obsolètes entrainant inégalités et dégradation environnementale, en particulier en Afrique. S’inspirant de « l’humanisme intégral », philosophie prônant un développement humain global, il a appelé à harmoniser progrès économique et protection de la planète.

Ce virage philosophique a profondément résonné, positionnant l’Inde comme une boussole morale pour le Sud global.

Parmi ses propositions phares, Modi a présenté un agenda mondial en six points, traduits en initiatives concrètes pour renforcer résilience et équité. Par exemple, un programme « former les formateurs » destiné à certifier un million de formateurs africains sur dix ans, avec financement du G20. L’Inde s’engage ainsi à piloter le développement des compétences pour un million de jeunes, répondant à la pression démographique et au chômage en Afrique, poursuivant la mise en avant du capital humain comme moteur de croissance durable.

Par ailleurs, il a suggéré la création d’une force médicale d’intervention rapide, composée d’experts des pays du G20, pour répondre aux crises sanitaires et catastrophes. Inspiré par la diplomatie vaccinale indienne via COVAX contre la COVID-19, ce projet reflète la vision modienne d’une santé reconnue comme bien public mondial, afin de prévenir les pandémies futures grâce à une préparation collective.

Modi a aussi proposé un archive numérique hébergé par le G20 afin de préserver les savoirs indigènes sur les solutions durables, dynamisant la valorisation des connaissances traditionnelles. Ce dispositif, inspiré des Systèmes de Connaissances Indiennes, met en lumière le rôle de l’Ayurveda dans le bien-être moderne, mêlant patrimoine culturel et innovation pour relever les défis climatiques.

Plus crucial encore, une plateforme intégrée alliant renseignement financier, outils de sécurité et coopération policière pour démanteler le terrorisme financé par le narcotrafic a été avancée. Modi a relié les drogues synthétiques comme le fentanyl au financement terroriste, appelant à une action unifiée, évoquant la ligne dure de l’Inde sur les menaces transfrontalières. La mise en commun des données agricoles, halieutiques et relatives aux catastrophes naturelles issues des agences spatiales du G20, rendues interopérables, a également été proposée. En s’appuyant sur l’expertise de l’ISRO, cette initiative démocratise les technologies spatiales, renforçant notamment les petits agriculteurs et les zones vulnérables aux crises.

Enfin, Modi a promu le recyclage, l’exploitation urbaine des métaux et le réemploi des batteries pour les minerais critiques essentiels à la transition énergétique. Avec les ambitions indiennes dans le lithium et le véhicule électrique, cette démarche sécurise les chaînes d’approvisionnement tout en favorisant la transition écologique.

Ces propositions, loin d’être de simples discours, ont reçu le soutien de pays comme le Brésil, l’Indonésie et l’Afrique du Sud, montrant la puissance de convocation indienne et le poids diplomatique du Premier ministre.

Lors de la session sur la résilience, Modi a prôné un passage d’une gestion réactive des catastrophes à une stratégie proactive, invoquant les « principes du Deccan » pour la sécurité alimentaire et un financement climatique équitable dans le cadre de la CBDR (Responsabilités communes mais différenciées). Il a réitéré l’appel du Sud global à une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment pour amplifier la voix africaine — un héritage de la présidence indienne du G20 en 2023.

La diplomatie de Modi s’est aussi illustrée à travers plus d’une dizaine de réunions bilatérales, transformant le sommet en lieu de percées concrètes. Son entretien avec la nouvelle Première ministre japonaise Sanae Takaichi a porté sur l’innovation, la défense et le commerce, dans l’objectif d’élever les relations bilatérales au rang de « Partenariat stratégique global spécial ». De même, des échanges avec Giorgia Meloni ont renforcé le partenariat stratégique Inde-Italie, notamment en matière de coproduction de défense et de connectivité Méditerranée-Océan Indien. Un trilatéral avec les dirigeants d’IBSA (Inde, Brésil, Afrique du Sud) a relancé la coopération Sud-Sud sur le commerce et le climat. Parmi les autres rencontres, Modi a discuté résilience économique avec Mark Carney (Canada), et allègement de la dette des pays à faibles revenus avec Kristalina Georgieva (FMI). Enfin, avec Andrew Holness (Jamaïque), il a mis en avant les liens culturels et proposé des relations renforcées avec les Caraïbes.

Au terme de ce sommet, le rayonnement de l’Inde s’est singulièrement accru : d’un fournisseur de vaccins à un catalyseur de compétences, d’un sceptique climatique à un innovateur vert. Johannesburg n’a pas été qu’un sommet, mais la confirmation de l’Inde comme alliée incontournable du Sud global.

L’odyssée de Modi au G20 a débuté à Brisbane (Australie) en novembre 2014, quelques mois seulement après sa prise de fonction. Nouveau sur la scène internationale, il avait dès son discours d’ouverture souligné la nécessité d’un « multilatéralisme réformé », déplorant que le G20 soit sous-exploité pour les objectifs de développement et obtenant des engagements sur le financement des infrastructures en Asie. Ce fut une première pierre à ses politiques « Voisinage d’abord » et « Agir vers l’Est », avec des bilatérales conduisant à la Coopération économique et au cadre d’accord commercial Inde-Australie.

En 2015, à Antalya (Turquie), Modi a su manœuvrer dans l’ombre de l’Accord de Paris sur le climat. Il a défendu le principe CBDR, assurant une marge de manœuvre aux pays en développement, tout en lançant l’Alliance solaire internationale (ISA), une initiative conjointe avec la France, désormais rassemblant plus de 120 pays. Ce projet illustre la « multi-alignement » caractéristique de Modi, engageant tous sans exclusion.

Lors du sommet de Hangzhou (Chine) en 2016, alors même que les tensions autour de Doklam persistaient, Modi a su distinguer les différends bilatéraux des enjeux multilatéraux, poussant à l’inclusion du numérique et à des accords anti-corruption. Le sommet de Hambourg (2017) a mis Modi à l’épreuve au milieu du conflit commercial américano-chinois. Il a plaidé pour une réforme de l’OMC et la promotion d’un tourisme durable, tout en consolidant ses liens avec Angela Merkel et l’Union européenne, concrétisés en 2018 par un Accord facilitant les investissements.

Buenos Aires (2018) a vu Modi mettre en avant la gouvernance des océans et lancer la Coaliton pour des Infrastructures Résilientes aux Catastrophes (CDRI), regroupant aujourd’hui 50 membres et affermissant l’influence douce indienne dans les zones vulnérables. Pendant la période COVID (2019-2022), Modi a accru son influence au G20 : à Osaka (2019), il a proposé un secrétariat virtuel pour gérer les crises sanitaires, anticipant les pandémies. Riyad (2020, en virtuel) et Rome (2021) ont été des plateformes permettant à l’Inde de prendre le leadership sur l’équité vaccinale, avec « Vaccine Maitri » qui a distribué plus de 200 millions de doses, valant à Modi le surnom de « Champion mondial du vaccin ».

À Bali (2022), malgré les divisions provoquées par la guerre en Ukraine, Modi a obtenu un consensus pour la Déclaration de Delhi en 2023, qu’il a présidée virtuellement, évitant des formulations conflictuelles. L’inclusion de l’Union africaine et l’avancée sur la restructuration de la dette des 75 pays les plus pauvres furent des coups de maître diplomatiques. La présidence indienne du G20 en 2023 fut l’apogée de cette démarche. Sous le thème « Une Terre, Une Famille, Un Avenir », New Delhi a accueilli plus de 200 réunions, culminant en septembre avec la déclaration solennelle de Modi : « Ce n’est pas une ère de guerre. »

L’intégration de l’Union africaine fut une réussite géopolitique majeure, renforçant la voix du Sud global. Des initiatives comme le Pacte pour un développement vert et le Groupe de travail sur les femmes ont fait avancer les agendas climate et genre, tandis que le système de paiement numérique indien UPI a été testé au G20 pour faciliter les transactions.

Après cette présidence, l’influence de Modi perdure. À Rio de Janeiro (2024), il a promu le financement de la biodiversité via l’Alliance mondiale des biocarburants, cofondée avec les États-Unis et le Brésil. Johannesburg 2025 a poursuivi cette dynamique, avec des propositions en continuité avec l’inclusivité de 2023. En dix ans, les déplacements à l’étranger de Modi, souvent centrés sur le G20, ont tissé la toile diplomatique de l’Inde, qu’il s’agisse du QUAD pour la sécurité indo-pacifique, de l’I2U2 pour la technologie au Moyen-Orient ou de l’IMEEC pour la connectivité eurasienne.

Un des temps forts du sommet de Johannesburg fut l’adoption du partenariat technologique et d’innovation Australie-Canada-Inde (ACITI), destiné à renforcer la coopération trilatérale dans les technologies critiques, l’énergie nucléaire, la diversification des chaînes d’approvisionnement et l’intelligence artificielle. Le Premier ministre canadien Mark Carney a salué la tenue prévue en Inde en février 2026 du Sommet sur l’IA.

Les dirigeants ont également convenu d’engager des négociations sur un Accord économique global ambitieux (CEPA), visant à doubler le commerce bilatéral à 50 milliards de dollars d’ici 2030. Ils ont réaffirmé leur coopération nucléaire civile de longue date, évoquant l’élargissement des échanges, y compris les accords d’approvisionnement en uranium à long terme.

Si certains critiques dénoncent une diplomatie « centrée sur la personnalité » de Modi, les chiffres confirment le succès : la popularité internationale de l’Inde est passée de 34 % en 2014 à plus de 67 % en 2024 ; les investissements directs étrangers ont triplé, culminant à 81 milliards de dollars par an en moyenne, et plus de 50 accords stratégiques ont été signés. Comme l’a souligné un analyste, Modi a « percé le code du consensus diplomatique » en privilégiant les résultats concrets plus que les apparences. En associant technologies et traditions, il a affermi l’image de l’Inde et suscité des changements mondiaux tangibles — de la formation des jeunes africains au renforcement des chaînes d’approvisionnement.

Alors que le monde fait face à une fragmentation accrue, la diplomatie de Modi offre une feuille de route : un multilatéralisme fondé sur l’équité, où les 85 % de population du Sud global revendiquent leur juste place. En regardant vers l’avenir, avec la présidence brésilienne en 2026, l’héritage de Modi perdurera à travers la poursuite des réformes — expansion du Conseil de sécurité de l’ONU, financement climatique et gouvernance de l’intelligence artificielle. La montée diplomatique de l’Inde sous Modi annonce une ère multipolaire où la sagesse orientale équilibre la domination occidentale. Dans les résonances de Johannesburg, on entend le mantra — la montée de l’Inde élève tous les navires, forgeant une famille de nations pour les générations à venir.

Clairement, le modus operandi de Modi au G20 — propositions proactives, bilatérales ponts, et solidarité avec le Sud global — ont fait passer l’Inde de la position de « suiveur à celle d’instigateur ». Les succès de Modi à Johannesburg et tout au long de ses années au G20 attestent une Inde renaissante, confiante, compatissante et influente. Une Inde résiliente, responsable et inébranlable.