L’utilisation et l’importance croissante des drones tactiques de petite et moyenne taille se confirment sur les champs de bataille contemporains. Alors que les drones MALE (à moyenne altitude et longue autonomie) voient leur rôle évoluer, les systèmes tactiques plus compacts gagnent du terrain grâce à leur flexibilité, leur capacité de survie et leur coût réduit.

Les UAV de la catégorie MALE telle que l’Elbit Hermes, l’IAI HERON/HERON TP, le General Atomics REAPER ou encore l’Eurodrone ont encore leur place dans les opérations actuelles. Toutefois, ces plateformes ont déjà montré certaines limites, notamment leur vitesse relativement faible qui les rend vulnérables face à des adversaires disposant de systèmes de défense aérienne efficaces. Par exemple, en Ukraine, la Russie a su contrer ces drones grâce à ses avions de chasse et à ses systèmes de défense, tandis que les rebelles houthis au Yémen ont également réussi à les abattre.

À l’inverse, Dan Slasky, PDG d’Aeronautics Ltd (Israël), souligne l’essor des drones tactiques de catégorie 3. Ces systèmes, suffisamment grands pour réaliser de nombreuses missions assignées traditionnellement aux MALE, profitent d’une meilleure mobilité, d’une signature réduite et d’une difficulté accrue de détection et d’interception. Leur coût moindre et la diversité des options de lancement et d’atterrissage en font des outils adaptés aux contraintes du champ de bataille moderne.

En Ukraine, l’usage massif de drones et de munitions circulantes (loitering munitions) se double d’une forte perte de matériel : chaque mois, plus de 10 000 unités seraient consommées sur les deux belligérants. Si le prix unitaire est bas, l’efficacité des petits drones reste limitée, avec environ 94 % d’échecs pour atteindre ou endommager une cible.

Conception résiliente et communication renforcée

Pour Aeronautics, les systèmes aériens sans pilote doivent être conçus dès le départ pour durer et survivre aux conditions de combat. La résilience des communications et la robustesse face aux interférences électroniques ( guerre électronique) sont primordiales, ce qui augmente leur coût. Cependant, ces drones ont pour objectif de revenir de mission afin d’être réutilisés, ce qui nécessite des protections militaires renforcées, notamment dans le domaine de la reconnaissance. Pour des missions de simple nuisance ou désinformation, les petits drones moins coûteux restent néanmoins suffisants.

La flexibilité opérationnelle est un autre atout-clé. Aeronautics propose un concept hybride intégrant une capacité VTOL (décollage et atterrissage verticaux). Ces drones VTOL, présents dans toutes les forces armées, notamment armée de terre et marine, peuvent être rapidement transformés en drones à voilure fixe offrant des temps de vol plus longs. Ce passage s’effectue en seulement 15 minutes, assurant ainsi une grande adaptabilité aux conditions du terrain.

Orbiter 4 et 5 : des drones tactiques polyvalents

Présentés il y a deux ans au salon du Bourget 2023, l’Orbiter 4 et l’Orbiter 5 sont déjà éprouvés en opérations. Ce sont des UAV multifonctions qui peuvent emporter diverses charges utiles comme des capteurs EO/IR, des radars SAR, des radars de patrouille maritime ou même des charges personnalisées dans le domaine de la guerre électronique.

Récemment, Aeronautics a remporté pour plus de 50 millions de dollars de commandes pour différentes variantes de l’Orbiter 4, reconnu comme un système aérien sans pilote puissant, flexible et précis. Facile à utiliser, peu exigeant en termes logistiques et avec un faible besoin en personnel, il répond aux besoins modernes des champs de bataille grâce à sa polyvalence et sa capacité d’adaptation rapide entre configurations (rampe de lancement ou VTOL).

Dan Slasky, président et CEO, déclare : « Nous sommes fiers d’annoncer ces contrats pour l’Orbiter 4. Ce système avancé et éprouvé ouvre de nouvelles perspectives en termes de flexibilité, d’efficacité opérationnelle et de capacité de survie. Nous voyons un potentiel important avec ces clients clés tout en poursuivant notre engagement à innover face aux défis futurs. »

Doté d’une architecture ouverte, l’Orbiter 4 s’intègre aisément dans les systèmes C4I et peut opérer en coopération avec des hélicoptères dans des missions Manned-Unmanned Teaming (MUM-T). Un inconvénient potentiel reste la différence notable des vitesses de vol entre ses diverses configurations.

Le drone Orbiter 4 peut être converti en version VTOL en moins de 15 minutes grâce à un kit spécifique, ce qui modifie profondément ses performances et permet une utilisation sur des terrains variés, y compris départ depuis des plans d’eau ou petites clairières. Utilisé avec la rampe de lancement et un système de récupération par parachute, son endurance est considérablement accrue.

Il pèse au décollage jusqu’à 55 kg avec une capacité de charge utile de 12 kg. Sa portée opérationnelle peut atteindre 150 km grâce à une liaison de données tactique cryptée AES-256, avec la possibilité de connexions Beyond Line of Sight (BLOS). Sa vitesse peut atteindre 79 nœuds (146 km/h) et il peut opérer jusqu’à 5 486 m d’altitude. Son autonomie est déclarée jusqu’à 24 heures, réduite à 12 heures en configuration VTOL.

Parmi les charges utiles disponibles :

  • Capteurs EO/IR avec pointeur laser, télémètre et désignateur,
  • Système d’identification automatique (AIS),
  • Imagerie en mouvement à large zone (WAMI),
  • Radar à synthèse d’ouverture (SAR),
  • Radar de patrouille maritime (MPR),
  • Renseignement d’origine communicationnelle (COMINT),
  • Guerre électronique (EW).

L’Orbiter 5, quant à lui, vise une capacité proche du MALE dans un format tactique plus compact, sans possibilité de conversion VTOL. Son poids max au décollage est de 75 kg avec jusqu’à 25 kg de charge utile. Avec une envergure de 6,4 m et une longueur de 2 m, il se décline en versions électrique ou thermique, offrant une autonomie allant jusqu’à 25 heures et des liaisons de données similaires à l’Orbiter 4.

Ses charges utiles incluent :

  • Renseignement électronique (ELINT),
  • Guerre électronique (EW),
  • Capteurs EO/IR avec laser,
  • Radar de patrouille maritime (MPR),
  • Système d’identification automatique (AIS),
  • Capacités d’intelligence artificielle (IA) et COMINT.

En parallèle, Aeronautics produit des munitions circulantes avec l’Orbiter 2 LM et One-K, dotées d’un ogive de 3 kg. Contrairement à beaucoup d’autres systèmes, ces munitions peuvent être récupérées et réutilisées, offrant la possibilité d’interrompre une mission en cas de besoin.

Les plateformes Orbiter sont activement déployées dans plusieurs conflits actuels, notamment dans la bande de Gaza. Parmi les développements futurs, l’industriel israélien UVision a récemment présenté un lanceur de munitions circulantes embarqué sur hélicoptère pour étendre la portée de la munition HERO-120. Bien qu’Aeronautics reste discret sur ce sujet, il semble que des projets soient en cours pour développer des conteneurs de lancement adaptés aux hélicoptères et aux avions de transport militaire (tels que C-130, A400M), facilitant ainsi le transfert vers des « navires-mères » aériens.

Production à grande échelle : un défi stratégique

Au vu des volumes déployés en Ukraine, il est difficile d’imaginer les quantités nécessaires lors d’un conflit majeur en Europe. La rapidité de production en masse devient donc un enjeu crucial, tout comme la capacité à ajuster rapidement les cadences. Aeronautics a initié des mesures dans ce sens, prévoyant une montée en puissance avec ses partenaires et une augmentation significative des capacités de production en Israël.

André Forkert