Dans le cadre de la montée en puissance de la capacité industrielle de l’aérospatiale indienne, l’Aeronautical Development Agency (ADA) – l’agence à l’origine des programmes Tejas et AMCA – a dévoilé son projet de développement et de déploiement d’un système avancé de projection optique pour les opérations d’assemblage des aéronefs. Lancé sous la forme d’un appel d’offres dont la clôture est prévue le 20 novembre, ce projet vise à remplacer les gabarits traditionnels et les plans papier par une guidance numérique précise au laser, réduisant ainsi les délais de production et les erreurs en atelier.
Alors que Hindustan Aeronautics Limited (HAL) intensifie les livraisons du Tejas Mk1A et prévoit les prototypes de l’AMCA d’ici 2028, cette technologie optique pourrait réduire de plusieurs mois les cycles de production, en adéquation avec l’initiative Atmanirbhar Bharat visant à faire de l’Inde un acteur majeur de la fabrication de jets militaires.
Le cahier des charges, détaillé dans les documents d’appel d’offres, décrit une ambitieuse quête d’un système combinant optique de pointe et logiciel intelligent piloté par intelligence artificielle. « L’objectif principal est de développer un système de projection à haute précision et haute résolution, doté de capacités de balayage supérieures », précise l’ADA. L’objectif est d’afficher directement sur la surface de travail de l’avion des instructions d’assemblage, les emplacements des pièces, les guides de perçage, ainsi que les contrôles de formes, sans recourir aux repères physiques.
Les techniciens verront ainsi des indications holographiques animées sur la structure du Tejas, localisant au micron près les points de rivetage, tandis que des scans en temps réel identifieront toute déviation, grâce à une imagerie à contraste élevé et des projections laser récurrentes.
Ce système repose sur trois éléments clés : un matériel de projection robuste offrant des images sans distorsion sur des surfaces métalliques courbes, une technologie avancée de balayage 3D pour cartographier les géométries complexes, et un logiciel intuitif capable de mises à jour dynamiques. ADA prévoit une intégration avec les modèles CAO, permettant un « assemblage guidé » où les instructions s’adaptent en temps réel, par exemple pour compenser une légère déformation d’une nervure de l’aile détectée durant la fabrication. Les spécifications techniques exigent une précision inférieure à 0,5 mm à 5 mètres, une résolution équivalente à la 4K, et une compatibilité avec les ateliers à faible luminosité. Ces critères s’inspirent des normes internationales en matière de projection laser, qui ont déjà permis de réduire de moitié les temps de pose des composites sur les chaînes du Boeing 787.
Cette technologie n’est pas une simple promesse. Airbus et Lockheed Martin utilisent des systèmes optiques similaires pour optimiser l’assemblage de fuselages, réduisant jusqu’à 50 % les reprises et augmentant la productivité de 30 %, selon des rapports industriels. Pour l’Inde, confrontée à une pénurie de chasseurs avec seulement 30 appareils en service contre 42 nécessaires, ces gains d’efficacité pourraient permettre à HAL d’augmenter la production annuelle de Tejas de 16 à plus de 24 unités, réduisant ainsi le délai d’attente du Rafale tout en renforçant les chaînes d’approvisionnement nationales.
Le cahier des charges insiste sur les bénéfices transformateurs attendus : une fabrication plus rapide grâce à des flux de travail simplifiés, une précision renforcée par des indications visuelles en temps réel, et une nette diminution des erreurs humaines, qui ont affecté des programmes antérieurs comme le Su-30MKI lors de ses premières phases. En éliminant les documents papier et les gabarits statiques, le système devrait réduire les phases d’assemblage de plusieurs semaines à quelques jours seulement. « La projection haute résolution remplace les gabarits physiques, accélérant le processus tout en assurant la précision », précise l’appel d’offres, soulignant aussi les avantages des mesures sans contact qui préservent la délicatesse des composites et permettent des inspections sans intervention manuelle.
Dans un contexte où la maîtrise de la furtivité est cruciale, notamment avec les revêtements spécifiques de l’AMCA destinés à déjouer les radars, cette technologie représente un multiplicateur de force. Elle favorise la création de « jumeaux numériques » des cellules, permettant des simulations virtuelles avant l’assemblage réel, et s’intègre aux casques de réalité augmentée pour des affichages superposés – à l’image des affichages tête haute (HUD) ZEISS utilisés dans les cockpits pour projeter les données de navigation en toute sécurité. L’appel d’offres de l’ADA sollicite des solutions clés en main incluant la formation et des essais de six mois sur des prototypes de Tejas, témoignant d’une volonté de déploiement en collaboration avec des acteurs privés comme Tata Advanced Systems.
À l’échelle mondiale, la projection optique est passée d’un outil expérimental à une méthode standard d’assemblage. Des premiers utilisateurs comme Spirit AeroSystems ont employé des projecteurs laser pour les ailes du 777X, atteignant un taux de réussite au premier passage de 99 % et réduisant les besoins en formation de 40 %. Les projecteurs optiques, combinés à la photogrammétrie, offrent « une grande précision, simplicité, rapidité et faible coût » pour les inspections à grande échelle, selon des études récentes. ADA s’efforce d’adapter ces technologies aux conditions spécifiques des installations humides de Bengaluru et des bancs d’essai en altitude.