Pour la première fois en cinq ans, les Eurofighter Typhoon de l’Armée de l’Air italienne ont intercepté un avion rare, accompagné de Su-30SM2, dans le cadre de la mission de Police Aérienne en mer Baltique.
Un Tupolev Tu-134UBL — ou Tu-134A-4, selon certains analystes de l’aviation militaire russe — faisait partie d’au moins quatre appareils militaires russes récemment interceptés par des F-2000A de l’Armée de l’Air italienne (désignation italienne du ministère de la Défense pour l’Eurofighter Typhoon).
Ces avions sont déployés dans le cadre de la mission de Police Aérienne en mer Baltique (BAP) de l’OTAN, ainsi que de l’Opération Sentinelle Orientale basée à Ämari, en Estonie.
C’est la deuxième fois depuis février 2020 que ce modèle russe inhabituel est intercepté. Ce bimoteur dérive du Tu-134, avion de ligne à fuselage étroit de l’ère soviétique ayant effectué son premier vol en juillet 1963.
La variante Tu-134UB-L servait à l’entraînement des équipages des bombardiers stratégiques Tu-160 et Tu-22M3, identifiable à son nez conique semblable à celui du Tu-22. Il apparaît aujourd’hui que cet appareil a aussi été utilisé comme transport VIP, sous la désignation Tu-134A-4.

Le Commandement aérien de l’OTAN a publié le 22 novembre 2025 sur les réseaux sociaux des images montrant le Tupolev accompagné de deux Su-30SM2 de la Marine russe, ainsi qu’un Su-24MR Fencer, tout en précisant que ces rencontres n’avaient pas eu lieu le même jour.
Au cours de la dernière semaine, les avions italiens déployés à Ämari (Estonie) ont intercepté plusieurs appareils russes. La Police Aérienne de l’OTAN dans la région baltique assure la sécurité de l’espace aérien de l’alliance sous le commandement de Sentinelle Orientale, qui renforce la flexibilité et la puissance du flanc est de l’OTAN.
En février 2020, l’appareil surnommé « Perle Noire » et codé Crusty-B par l’OTAN avait été intercepté pour la première fois, après avoir déjà été observé à plusieurs reprises en Russie avant et après cet événement.
À cette occasion, l’interception avait été menée par quatre F-16AM de l’Armée de l’Air belge opérant depuis Siauliai (Lituanie), toujours dans le cadre de la mission de Police Aérienne en mer Baltique. Un autre avion, un Ilyushin Il-76, avait également été détecté lors de cette sortie.
« Perle Noire » se distingue par une livrée noir profond, soulignée de bandes aux couleurs du drapeau russe sur la partie inférieure du fuselage, ce qui explique son surnom.

Dernière interception
À propos de cette dernière interception, l’expert en aéronautique russe Guy Plopsky a identifié l’appareil comme étant un Tu-134A-4 portant le numéro d’immatriculation 53 et la plaque RF-12041. Une capture d’écran datant de 2019, partagée par la Force aérienne belge, montrait la même immatriculation.
Plopsky a également partagé une photo rapprochée où apparaît la désignation « Tu-134A-4 » en cyrillique sur le flanc tribord, juste derrière le poste de pilotage. Dans un message publié sur le réseau X, il a confirmé que les deux autres avions étaient des Su-30SM2 de l’Aviation navale russe, volant sans armes à bord.
Le quatrième appareil présenté par l’OTAN est un Su-24 Fencer, probablement dans sa variante MR (reconnaissance maritime).

Su-24MR Fencer
La rare « Perle Noire »
Concernant le Tu-134UBL/Tu-134A-4, Plopsky a souligné la présence de l’inscription Tu-134A-4 en alphabet cyrillique et a confirmé que cet avion servait de transport VIP pour des officiers militaires supérieurs, précisant qu’il « était utilisé pour entraîner les pilotes des Tu-22M3 et Tu-160 ».
Le mot « était » suggère que la désignation Tu-134A-4 a pu être attribuée après que l’appareil ait cessé ses missions d’entraînement des équipages de bombardiers stratégiques supersoniques. Il est également possible que certains Tu-134A-4 soient spécialement aménagés pour le transport de passagers de haut rang, bien que cette hypothèse, en l’absence de confirmations officielles, reste une spéculation.
Mission de Police Aérienne en mer Baltique
La présence « Perle Noire » dans la région baltique est peu courante. Habituellement, les avions russes interceptés dans cette zone sont des Tu-95 Bear, Su-35S, Su-27 ou encore des Il-20 Coot SIGINT (avions de renseignement électronique). Compte tenu de la zone d’interception, il est probable que l’appareil volait depuis ou vers l’enclave russe de Kaliningrad, en mer Baltique.
Kaliningrad abrite la Flotte de la mer Baltique russe, ce qui suggère que le Tu-134A-4 pourrait être utilisé pour transporter des commandants de haut rang, une mission alors tout à fait cohérente avec la situation.
Par ailleurs, les F-2000A de l’Armée de l’Air italienne (ItAF) font maintenant partie d’un nouveau déploiement qui a remplacé les F-35A Lightning II lors de leur mission de deux mois, le 29 septembre 2025, à Ämari, en Estonie.
L’OTAN a souligné que ces F-35 italiens « ont effectué avec succès une dizaine de décollages rapides, plus de 150 sorties et cumulé 300 heures de vol, illustrant ainsi la capacité de réaction rapide de l’Alliance dans une zone sensible ».
Parth Satam