Lors de la conférence annuelle de sécurité de Munich, les dirigeants européens ont plaidé vendredi pour une relance des relations transatlantiques avec les États-Unis, alors que les critiques répétées du président américain Donald Trump envers les liens traditionnels entre les deux rives de l’Atlantique continuent de peser lourdement.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a appelé à « un nouveau partenariat transatlantique », tandis que le président français Emmanuel Macron a souligné la nécessité d’« une Europe forte » lors de ce rendez-vous réunissant plus de 60 leaders internationaux.
De son côté, le Premier ministre britannique Keir Starmer devait prononcer un discours samedi, dans lequel il qualifiera l’Europe de « géant endormi » et insistera sur la nécessité pour l’Europe de réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis pour sa défense, selon un communiqué de son bureau.
Cette conférence intervient dans un contexte de relations tendues entre l’Europe et les États-Unis, exacerbées par les menaces de Trump de reprendre le contrôle du Groenland et ses critiques envers des nations européennes qualifiées de « décadentes » et « faibles ».
Le conflit en Ukraine, qui s’apprête à entrer dans sa quatrième année, constitue un sujet central, avec les efforts des membres européens de l’OTAN pour augmenter leurs budgets de défense conformément aux exigences américaines, face à la crainte d’une expansion russe sur leur sol.
Les dirigeants européens présents ont réaffirmé leur engagement envers la sécurité collective et l’alliance atlantique, dont la solidité a été mise à mal par la rhétorique de Trump.
« Faire partie de l’OTAN n’est pas seulement un avantage pour l’Europe, c’est aussi un avantage pour les États-Unis. Réparons et restaurons ensemble la confiance transatlantique », a déclaré Friedrich Merz. « À l’ère de la rivalité entre grandes puissances, même les États-Unis ne pourront pas agir seuls. »
Vers une plus grande autonomie européenne
Cette édition fait suite à la controverse créée l’année dernière lorsque le vice-président américain JD Vance avait profité de cette tribune pour critiquer les politiques européennes en matière d’immigration et de liberté d’expression, ce qui avait choqué de nombreux alliés continentaux.
Emmanuel Macron a vigoureusement défendu l’Europe en clamant que « tout le monde devrait prendre exemple sur nous plutôt que de nous critiquer ».
Le bureau de Keir Starmer a indiqué que son allocution appellerait à « une vision de la sécurité européenne et à une plus grande autonomie européenne, qui ne signifie pas un retrait américain mais répond pleinement à la demande d’un meilleur partage des responsabilités et renouvelle des liens qui nous ont tant servis ».
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, arrivé vendredi, devait également prendre la parole samedi, de même que le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Une source gouvernementale allemande a rapporté que Friedrich Merz et Marco Rubio se sont rencontrés lors de la conférence pour discuter de la situation en Ukraine, de l’état des négociations avec la Russie et des soutiens supplémentaires, notamment en matière d’aide militaire.
Ils ont également abordé la question de l’Iran et de l’OTAN, Rubio saluant « les initiatives prises par l’Allemagne pour renforcer l’alliance ».
Dans le contexte des tensions croissantes entre Washington et Pékin, Rubio a aussi rencontré son homologue chinois Wang Yi. Selon l’agence officielle chinoise Xinhua, Wang a insisté sur le fait que « le dialogue vaut mieux que la confrontation, la coopération vaut mieux que le conflit, et les résultats gagnant-gagnant valent mieux que les jeux à somme nulle ».
Par ailleurs, Rubio s’est entretenu pendant 15 minutes avec les premiers ministres du Danemark et du Groenland à propos de la souveraineté future de cette île arctique, territoire autonome du Danemark. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a qualifié ces échanges de « constructifs ».
Les relations s’étaient tendues le mois dernier lorsque Donald Trump avait intensifié ses menaces d’annexion du Groenland, ce qui avait contraint les pays européens à manifester leur ferme opposition.
Des discussions centrées sur l’Ukraine
Friedrich Merz, Emmanuel Macron ainsi que les dirigeants de l’Union européenne, du Canada et de l’OTAN ont rencontré vendredi Volodymyr Zelensky pour évoquer la situation en Ukraine.
Un responsable américain a précisé que Marco Rubio n’avait pas assisté à cette réunion en raison d’un emploi du temps chargé, mais qu’il discutait fréquemment de la guerre Russie-Ukraine lors d’autres rencontres à Munich.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Sybiga a déclaré avoir évoqué la fin de l’invasion russe avec Wang Yi, dont le pays est un partenaire proche de Moscou.
Wang aurait assuré à Sybiga que Pékin était « prêt à fournir de nouvelles aides humanitaires à l’Ukraine », selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères.
Emmanuel Macron a quant à lui affirmé qu’un nouveau cadre diplomatique serait nécessaire pour traiter avec « une Russie agressive » une fois le conflit terminé.
« Si un dialogue a du sens, nous sommes prêts à dialoguer », a déclaré Friedrich Merz, « mais, comme le montre l’attitude américaine, la Russie n’est pas encore prête à négocier sérieusement ».
Avant sa rencontre avec les dirigeants européens, Volodymyr Zelensky, pressé par Donald Trump de « se bouger » pour un accord mettant fin à la guerre, a visité une usine de drones près de Munich en compagnie du ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius.
« C’est important d’avoir un partenariat fort avec les Américains… mais je pense que l’Europe a besoin d’une industrie de défense indépendante et très performante », a-t-il déclaré.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a indiqué en marge de la conférence que l’Europe « prenait davantage ses responsabilités, jouant un rôle de leader au sein de l’OTAN » et « s’occupant davantage de sa propre défense ».
« Une Europe forte dans une OTAN forte, c’est la garantie d’un lien transatlantique plus solide que jamais », a conclu Mark Rutte.