<pDans une avancée majeure pour les capacités de défense indigènes de l’Inde, J.D. Patil, fondateur et directeur à plein temps (Défense & L&T-NxT) de Larsen & Toubro (L&T), a confirmé le développement par l’entreprise du sous-marin midget SOV-400, une conception entièrement réalisée en interne qui marque une étape importante dans les plateformes compacts de guerre sous-marine. Comme son nom l’indique, le SOV-400 déplace environ 400 tonnes, ce qui le positionne dans la catégorie supérieure des sous-marins midget, habituellement inférieurs à 150 tonnes, mais étendue ici à cette classe pour répondre à des rôles opérationnels plus exigeants. Sur cette base, L&T a développé une variante de 500 tonnes et prévoit une version de 600 tonnes, toutes deux destinées aux forces spéciales et à la défense côtière, notamment pour la protection d’infrastructures stratégiques telles que les Zones Économiques Spéciales (ZES) de L&T.
Cette évolution témoigne de l’expertise croissante de L&T en matière de conception de sous-marins, enrichie par des décennies d’expérience acquise notamment sur des projets comme le sous-marin nucléaire INS Arihant. Face à l’intérêt soutenu de la marine indienne pour les sous-marins midget dans le cadre de missions secrètes, notamment en réponse aux menaces régionales comme la Chine, ces variantes pourraient combler des lacunes cruciales dans la guerre littorale, en offrant des solutions furtives et économiques adaptées aux opérations asymétriques.
Présenté pour la première fois lors de DefExpo 2022 et exposé à l’international lors d’EDEX 2021, le SOV-400 (Special Operations Vessel) est le sous-marin midget phare de L&T, conçu intégralement sans collaboration étrangère. Déplaçant moins de 490 tonnes en surface (environ 550 tonnes en immersion), ce navire long de 44 mètres est optimisé pour les opérations en eaux peu profondes. Il affiche une largeur de 4,3 mètres et une profondeur opérationnelle de 100 mètres. Propulsé par deux générateurs de 400 kW alimentant un moteur électrique de 300 kW, il atteint une vitesse de plus de 10 nœuds en immersion et 6 nœuds en surface, avec une autonomie de 21 jours.
Caractéristiques principales :
- Équipage et capacité : Une équipe de base de 10 personnes, avec une capacité d’accueil pour 10 commandos, idéal pour les opérations d’insertion des Marine Commandos (MARCOS).
- Armement et charge utile : Doté de deux tubes lance-torpilles externes de 533 mm (21 pouces) pour l’autodéfense ou des frappes opportunistes. Il dispose d’un système innovant de « Moon Pool » permettant le déploiement et la récupération des commandos jusqu’à 40 mètres de profondeur, ainsi que de deux véhicules de livraison subaquatiques (SDV) de 4 personnes fixés sur la coque inférieure pour des insertions à longue portée. Ces configurations permettent à une équipe de 4 à 6 opérateurs de réaliser des infiltrations en milieu littoral tout en conservant un commandement embarqué.
- Capteurs et discrétion : Équipé d’un sonar à réseaux conformes, de capteurs radiofréquences pour la surveillance, le déploiement de mines limpet, l’interception des communications et un système de gestion de combat intégré. La coque est fabriquée en acier DMR 249 de qualité sous-marin, garantissant robustesse et faible signature acoustique.
- Mobilité : Capable de parcourir 80 milles nautiques en immersion à 4 nœuds, avec recharge des batteries via les générateurs.
La certification du SOV-400 par une firme européenne spécialisée dans la conception de navires de guerre atteste de sa conformité aux normes internationales de sécurité et de performance. Cette validation ouvre la porte à son adoption par la marine indienne ou à des exportations vers des pays recherchant des moyens côtiers agiles. Bien que la marine y porte intérêt depuis longtemps – rappelons l’approbation en 2014 par le Defence Acquisition Council de deux sous-marins midget évalués à environ 2 000 crore ₹ – le programme a progressé lentement, tandis que des concurrents comme Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL) développent le prototype Arowana. Le design abouti de L&T en fait ainsi une alternative crédible, notamment pour les unités MARCOS nécessitant un soutien sous-marin discret.
Sur la base directe de l’architecture éprouvée du SOV-400, L&T a développé une version de 500 tonnes, nommée SOV-500 dans les collaborations récentes. Cette déclinaison conserve la propulsion diesel-électrique mais améliore l’endurance, la charge utile et la modularité afin de répondre aux exigences navales évolutives. J.D. Patil a indiqué dans une interview en septembre 2025 que le design du SOV-500 sert de fondation pour des projets de plus grande envergure, notamment les sous-marins conventionnels du projet 76 de la marine indienne (environ 2 500 tonnes), dont la finalisation est prévue au début de 2026.
L’ambition de L&T s’étend également à une variante midget de 600 tonnes, jugée réalisable grâce à la modularité des conceptions SOV. Bien que les détails restent confidentiels, cette version plus imposante comblera le fossé entre les sous-marins midget classiques et les sous-marins côtiers, offrant une plus grande endurance et une puissance de feu accrue pour des missions exigeantes. Avec une longueur estimée à 50 mètres et un diamètre de 4,6 mètres, il pourrait intégrer un système de propulsion indépendant de l’air (AIP) pour prolonger les opérations sous-marines jusqu’à 250 mètres de profondeur, s’inscrivant dans la lignée de réalisations internationales telles que le STM-500 turc ou le HDS-500 sud-coréen.
Ces variantes de sous-marins midget représentent une véritable évolution dans la stratégie navale indienne, mettant l’accent sur la maîtrise littorale dans l’océan Indien, alors que les tensions régionales s’intensifient. La certification du SOV-400, associée à la montée en puissance des modèles de 500 et 600 tonnes, positionne L&T en tête face à ses concurrents publics comme MDL et Hindustan Shipyard Limited (HSL). Pour les forces spéciales, ces plateformes offrent la possibilité de frappes de précision et de missions de renseignement sans recourir aux sous-marins plus imposants de classe Kalvari, tandis que pour la défense côtière, elles constituent un rempart efficace, intégrant une dissuasion multicouche face aux menaces hybrides visant les ZES.