Dans un grondement sourd, un missile s’élance en déchirant la poussière pour s’élever dans les airs. Cette image, tirée de rapports militaires récents, illustre le lancement d’un nouveau missile de défense aérienne par l’armée de l’air de l’Armée populaire de libération (APL) chinoise. Fait notable, seulement 25 jours après sa mise en service, un tir réel a été mené avec succès : quatre missiles ont touché quatre cibles sans le moindre écart.
Si ce missile est présenté comme une nouveauté, il s’inscrit en réalité dans la famille des systèmes de défense aérienne Hongqi-9. D’après les images diffusées, le missile testé est l’intercepteur à petit diamètre du Hongqi-9, conçu pour opérer en complément des missiles à moyenne et longue portée. Son rôle principal est de renforcer la résistance du système face aux attaques par saturation, en multipliant le nombre d’interceptions possibles.
Les versions précédentes du Hongqi-9, y compris la version améliorée Hongqi-9B, utilisaient uniquement des missiles intercepteurs de grande taille. Ces missiles étaient caractérisés par leur longue portée, leur vitesse élevée et leur forte capacité destructive, mais leur maniabilité était limitée et la densité de tir de leurs lanceurs restait faible. En effet, ces derniers ne pouvaient embarquer que quatre missiles. En comparaison, les intercepteurs plus compacts gagnent en agilité et en efficacité contre les cibles basses et rapides. Grâce à leur taille réduite, un lanceur Hongqi-9 peut désormais contenir huit missiles, doublant ainsi la puissance de feu.
L’espace occupé par deux missiles de petit diamètre équivaut à celui d’un missile classique plus volumineux, ce qui permet d’augmenter significativement la quantité de munitions embarquées.
Ces avancées interviennent dans un contexte où les menaces aériennes modernes sont de plus en plus compactes, économiques, intelligentes et à longue portée. Sur le champ de bataille ukrainien, par exemple, la Russie a adapté ses anciennes bombes non guidées FAB-1500 en leur ajoutant des kits de guidage GLONASS/IMU et des ailes de vol plané, les transformant en armes à guidage de précision. Cela oblige les systèmes de défense aérienne de nouvelle génération à être capables de contrer ce type d’armement à coût réduit avec efficacité.
Les missiles sophistiqués à moyenne et longue portée restent très coûteux. À titre d’exemple, un missile aéronaval américain SM-6 s’élève à près de 5 millions de dollars l’unité. Employer ces missiles onéreux contre des armes peu coûteuses telles que les FAB-1500 s’avère inefficace économiquement, et mettrait en péril la capacité de défense à long terme d’une armée, au-delà des seuls taux d’interception. Dans ce contexte, les forces russes privilégient des bombes guidées à ailes planantes simples mais redoutables.
Face à ces enjeux, les doctrines modernes de défense aérienne misent sur un « système de défense aérienne intégré ». Plutôt que d’utiliser un seul type de missile, ces systèmes coordonnent plusieurs catégories de missiles, chacune spécialement conçue pour neutraliser un type de menace donné. Cette approche permet non seulement de spécialiser les tâches, mais aussi de simplifier la conception des missiles, réduire les coûts de recherche et de développement, et optimiser la logistique.
Des systèmes reconnus internationalement, comme le S-400 russe, ont ainsi intégré les missiles 9M96E et 9M96E2 à moyenne et courte portée, capables respectivement d’intercepter à 50 et 100 kilomètres. Le système européen Aster a adopté une approche similaire avec ses variantes Aster-15 et Aster-30, tandis que la marine américaine équipe son système Aegis du missile ESSM pour contrer les menaces à courte et moyenne portée.
Le S-400 combine ainsi des intercepteurs long, moyen et court rayon pour couvrir un spectre complet de menaces.
Selon les informations rendues publiques lors du salon aéronautique de Zhuhai, le Hongqi-9BE, produit en Chine, possède une portée de 260 kilomètres, pouvant dépasser 300 kilomètres dans sa version de pointe. Ces performances rivalisent avec celles du SM-6 américain ou des intercepteurs longue portée du S-400, orientés prioritairement contre les menaces aériennes de haute valeur telles que les avions de combat furtifs, les AWACS ou les appareils de guerre électronique. Ils peuvent aussi assurer certaines missions antibalistiques nécessitant de longues portées et une forte puissance d’interception.
Cependant, ces missiles volumineux ne sont pas adaptés pour lutter efficace contre des munitions à coût réduit, des drones ou des missiles de croisière. C’est pourquoi le système Hongqi-9B inclut des missiles plus légers, au détriment de la portée, pour offrir une plus grande agilité, un prix réduit, et surtout une meilleure défense contre les menaces d’entrée moins coûteuses. En complément, un réseau interne d’interception a été ajouté au combatteur Hongqi-9B pour augmenter encore le taux de succès global du système.
Sur le plan technique, l’intercepteur à petit diamètre du Hongqi-9 répond au standard du missile 9M96E2 russe en termes de volume du tube de lancement et de processus de tir. Il utilise un guidage radar actif, une caractéristique commune aux missiles chinois de nouvelle génération, apportant des capacités accrues contre les attaques simultanées multiples et une meilleure résistance aux saturations. La méthode de lancement à froid perdure, considérée comme plus sûre. Sa taille réduite permet de loger deux missiles par tube, ce qui augmente considérablement le nombre de salves que peut déployer le système.
Contrairement à la configuration « quatre missiles par puits » souvent adoptée, notamment par le 9M96E2, ce missile a conservé une disposition plus conservatrice à deux missiles par emplacement, probablement pour garantir une portée optimale. Cette portée dépasse très certainement les 120 kilomètres du 9M96E2, et pourrait s’étendre jusqu’à 150 kilomètres. Cette architecture favorise une densité de feu plus élevée et une interception plus efficace. Face à des adversaires technologiquement avancés comme l’armée américaine, il est primordial que le système repousse les limites de portée afin de protéger efficacement les couches internes du dispositif de défense.
Cependant, la Chine ne néglige pas le développement de missiles compacts. Le concept « quatre missiles par puits » est conservé pour les systèmes de défense finale. Le FM-3000N, par exemple, illustre cette tendance en embarquant quatre missiles dans un seul lanceur. Ses performances sont proches de celles de l’ESSM américain, avec une portée maximale de 50 kilomètres et un guidage radar actif, conçu pour contrer efficacement les attaques par saturation à basse et moyenne altitude. Ce missile cible notamment les menaces économiques à moyenne et courte portée.
Face à la prolifération d’armes de précision simples et peu coûteuses comme le JDAM ou la FAB-1500, recourir à un missile FM-3000N pour chaque interception serait inefficace. C’est pourquoi la Chine combine ce système avec des canons Gatling antibalistiques à courte portée, formant une défense sol-air mixte missile-canon. Cette intégration augmente le rapport coût-efficacité des interceptions. Le nouveau système combiné peut fonctionner en complément d’unités longue portée telles que le Hongqi-9B ou indépendamment, offrant ainsi une flexibilité opérationnelle et une efficacité renforcée.
En conclusion, la nouvelle génération de systèmes de défense aérienne chinois est en plein déploiement, promettant des capacités accrues d’interception, une adaptabilité remarquable et une résistance élevée face aux menaces contemporaines et futures. Ces avancées assurent à l’Armée populaire de libération (APL) une solide défense aérienne, constituant un pilier stratégique pour la réussite de ses opérations.