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Des drones cargo longue portée, capables de transporter des charges lourdes, s’apprêtent à transformer la logistique de l’Indian Air Force (IAF) dans l’archipel isolé des Lakshadweep. Face aux enjeux croissants de sécurité maritime, ces drones permettront de relier efficacement des avant-postes éloignés grâce à des chaînes d’approvisionnement fluides. L’Air Marshal Narmdeshwar Tiwari, Vice-Chef d’État-Major de l’Armée de l’Air, a présenté cette ambitieuse vision lors du lancement de la quatrième édition de la Mehar Baba Competition (MBC-4), saluant cette initiative comme un moteur d’innovation industrielle dans la logistique aérienne sans pilote.

Organisée par le Commandement Aérien Sud (SAC) de l’IAF en partenariat avec la Fédération des Chambres de Commerce et d’Industrie Indiennes (FICCI), cette compétition a également servi de salon industriel, intitulé « Drones Cargo au-dessus de la mer pour la logistique et la mobilité dans les îles Lakshadweep et Minicoy ». Plus de 100 startups se sont inscrites, cherchant à prototype des solutions adaptées aux contraintes logistiques uniques de cet archipel : vastes étendues océaniques, conditions météorologiques imprévisibles et infrastructures d’atterrissage limitées. « Nous recherchons des drones capables de parcourir de 300 à 500 km, de transporter une charge utile d’environ 300 kg, et de voler jusqu’à cinq heures », a précisé Narmdeshwar Tiwari, mettant en avant le projet de l’IAF pour un transport résilient, toutes conditions météo confondues.

Portant le nom de l’Air Marshal Mehar Singh, un pionnier de l’aviation dans l’IAF surnommé « Mehar Baba », la série MBC a évolué depuis sa première édition en 2021, axée sur les tactiques de drones en essaim, vers un focus désormais centré sur les drones cargo. La quatrième édition vise à créer un « écosystème technologique et logistique robuste » pour assurer une connectivité rapide et fiable aux îles isolées, en s’appuyant sur des collaborations entre le monde universitaire et l’industrie afin de surmonter des obstacles tels que les réseaux instables, le manque de données de navigation, la corrosion due à la salinité et la mer agitée. Tiwari a envisagé une mise en service d’un prototype fonctionnel sous trois ans, en phase avec la stratégie nationale Atmanirbhar Bharat qui encourage la recherche et développement de drones indigènes et réduit la dépendance aux importations.

L’archipel des Lakshadweep, composé de 36 atolls coralliens situés à 200-440 km des côtes du Kerala, devient un avant-poste stratégique majeur dans la région de l’océan Indien (ROI), face aux manœuvres navales de plus en plus affirmées de certains adversaires. L’IAF renforce sa présence avec la modernisation de l’aérodrome d’Agatti pour accueillir des avions plus lourds et la construction d’une base neuve à Minicoy, le territoire le plus méridional de l’Inde. Des radars complètent déjà la surveillance, mais la logistique reste le maillon crucial. Selon Tiwari, les drones cargo représentent une « solution équilibrée » pour les liaisons inter-îles là où les pistes d’atterrissage sont impraticables, soutenant le ravitaillement des troupes, le transport de matériel et les interventions rapides.

Air Marshal Manish Khanna, Commandant en Chef du SAC, a souligné le double rôle potentiel de ces drones : au-delà des opérations militaires, ils pourraient servir à acheminer des secours médicaux ou d’urgence, faisant des Lakshadweep, ainsi que d’autres archipels comme les Andaman et Nicobar, de véritables « tremplins » pour les missions humanitaires. « L’importance stratégique de ces zones frontalières ne peut être sous-estimée dans le contexte géopolitique actuel », a-t-il affirmé, soulignant leur rôle dans la surveillance et le positionnement avancé.

L’exposition a offert l’opportunité d’échanges directs entre les commandants de l’IAF et les innovateurs, pour analyser les problématiques opérationnelles et envisager les plans futurs. Le développement du pôle dronique au Kerala, alimenté par des startups dynamiques et des centres universitaires, a reçu l’approbation de Tiwari, qui l’a qualifié d’« écosystème prometteur » capable de répondre aux besoins croissants et d’exporter la technologie vers les alliés régionaux dans l’océan Indien.

Exigence du drone Caractéristique Avantage opérationnel
Capacité de charge 300 kg Permet le transport de munitions, pièces de rechange ou fournitures de secours lourdes
Endurance 5 heures Assure des patrouilles prolongées ou des liaisons multiples entre îles
Portée 300–500 km Couvre l’étendue des Lakshadweep sans besoin de ravitaillement en vol
Résilience environnementale Résistant au sel, adapté aux intempéries Performant en conditions humides et orageuses typiques de la région
Navigation Alternatives GPS-dégradées Opérationnel même en cas de brouillage ou de perte de signal

Cette montée en puissance des drones s’inscrit dans le cadre plus large de la modernisation de l’IAF, comprenant des exercices d’interopérabilité avec le QUAD et le développement de plateformes nationales telles que le Tejas Mk2. En privilégiant le cargo sans pilote, l’armée de l’air réduit les risques sur ses appareils pilotés, dans une zone maritime contestée où la présence des bases chinoises du « collier de perles » est une préoccupation constante. Les experts estiment que le marché indien des drones atteindra 1,8 milliard de dollars d’ici 2028, dont un tiers concernera la logistique militaire, faisant de la MBC-4 un incubateur stratégique de premier plan.