Les essais en vol du pod brouilleur TALON SHIELD, développé par la société indienne Data Patterns, devraient débuter prochainement sur le chasseur multirôle Su-30MKI de l’Indian Air Force (IAF). Ce système de guerre électronique avancé vise à renforcer l’autonomie stratégique de l’Inde en matière de défense électronique en protégeant les avions contre les radars ennemis grâce à une détection précise des menaces et à l’émission de contre-mesures adaptées.
Le TALON SHIELD, conçu comme un pod monté sous l’aile ou sur le fuselage du Su-30MKI, est équipé d’un brouilleur AESA (Active Electronically Scanned Array) utilisant la technologie nitrure de gallium (GaN) pour délivrer une forte puissance dans un format compact. Il emploie des techniques sophistiquées de mémoire radiofréquence numérique (DRFM) afin d’analyser les signaux radars adverses — qu’ils soient de poursuite, de recherche ou de guidage de missile — et de répondre par des brouillages sonores, des leurres ou des déformations de vitesse pour rompre les acquisitions radar.
Ce n’est pas un brouillage brut, mais une contre-attaque intelligente, explique un porte-parole de Data Patterns lors du salon Aero India 2025. « Le système réduit la surface radar apparente de l’appareil et offre de précieuses fenêtres d’évasion aux pilotes. »
Le pod se décline en paire, un exemplaire de chaque côté de l’appareil, assurant ainsi une couverture à 360 degrés sur les bandes X, Ku et Ka, fréquences utilisées par des systèmes de défense anti-aérienne comme les missiles sol-air HQ-9 pakistanais ou HQ-16 chinois. Pesant moins de 500 kg chacun, ces pods s’intègrent facilement aux équipements de guerre électronique existants du Su-30MKI, notamment le système de détection d’alerte radar indigène Dhruti, via un bus de données MIL-STD-1553, ce qui limite les modifications nécessaires.
Les essais commenceront par des tests au sol et sur des avions statiques, notamment au sein de l’Electronics and Radar Development Establishment (LRDE) à Bengaluru. Ces phases permettront de confronter le TALON SHIELD à des radars simulés afin de mesurer son efficacité à désengager les acquisitions ennemies, en évaluant des indicateurs tels que le temps de rupture du verrouillage radar et la génération de cibles factices.
Si ces premières étapes sont concluantes, des essais en vol suivront, avec des Su-30MKI équipés des pods s’entraînant à éviter des menaces sol-air réelles ou simulées. Les données de télémétrie recueillies permettront aux évaluateurs de juger précisément les performances du système. Selon des sources internes, le premier vol d’essai est envisagé pour le premier trimestre 2026, bien que l’approbation finale de l’IAF soit encore en attente, notamment en raison de contraintes logistiques et budgétaires.
Les évaluations pourraient s’étendre de six à douze mois, comprenant 20 à 30 sorties par phase d’essais. Cela implique de mobiliser des appareils Su-30 en service opérationnel, avec des coûts estimés entre 5 et 10 crores de roupies par cycle de test.
Le TALON SHIELD intervient à un moment crucial. Le Su-30MKI, pilier de la supériorité aérienne indienne, doit faire face à l’évolution des menaces, notamment des radars furtifs et des missiles hypersoniques le long de la Ligne de Contrôle (LoC) et de la Ligne de Contrôle Actuelle (LAC). Les brouilleurs actuels d’origine israélienne, comme le EL/L-8222, deviennent obsolètes et restent vulnérables aux sanctions. Le développement d’une solution indigène permet non seulement de réduire la dépendance logistique mais aussi de stimuler la filière locale de la guerre électronique. Par ailleurs, Data Patterns envisage d’exporter ce pod vers des forces aériennes alliées.