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Pour remédier à la pénurie critique de ses escadrons de chasse et renforcer ses capacités de combat aérien, l’Armée de l’air indienne (IAF) adopte une stratégie d’acquisition à double volet. Selon un rapport du 20 septembre 2025, l’Inde est en négociations avancées pour acquérir directement de Moscou deux escadrons (36 à 40 appareils) de chasseurs furtifs russes de cinquième génération Su-57E, tout en envisageant la production locale de trois à cinq escadrons supplémentaires (54 à 90 appareils) au sein de l’usine Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik, intégrant des systèmes indiens.

Ce plan ambitieux complète la démarche de l’IAF visant à commander 114 Rafale auprès de Dassault Aviation. Cette combinaison stratégique de chasseurs furtifs de cinquième génération et d’appareils multirôles de 4,5e génération éprouvés vise à répondre aux menaces régionales croissantes que représentent la Chine et le Pakistan.

Selon ces sources, l’achat direct de deux escadrons de Su-57E auprès de la Russie doit combler le besoin urgent de l’IAF en chasseurs de haute technologie. Cela intervient alors que Pékin déploie plus de 200 J-20 furtifs et que le Pakistan envisage d’acquérir jusqu’à 40 J-35 d’ici 2026. Le Su-57E se distingue par sa super-manoeuvrabilité, sa capacité d’emport importante (jusqu’à 10 tonnes) et sa compatibilité avec des munitions hypersoniques. Autant d’atouts pour des opérations en haute altitude dans l’Himalaya ainsi que des missions de frappes profondes le long de la Line of Actual Control (LAC) et de la Line of Control (LoC).

Le projet de production locale de trois à cinq escadrons de Su-57E à Nashik, avec un taux de localisation estimé entre 40 % et 60 %, s’inscrit au cœur de la stratégie indienne d’autonomie technologique. L’usine de Nashik, un pilier de l’industrie aérospatiale indienne, a produit depuis 2004 plus de 220 chasseurs Su-30MKI et plus de 920 moteurs AL-31FP sous licence, bénéficiant ainsi d’une expertise et d’une infrastructure adaptées à la fabrication d’avions de combat avancés. Les autorités russes estiment que seulement 20 à 30 % de nouveaux outillages seraient nécessaires pour adapter cette usine à la production du Su-57E, ce qui réduit considérablement les coûts et le délai de mise en route par rapport à la création d’une ligne pour d’autres concurrents comme le Rafale.

L’offre russe comprend un transfert complet de technologie (ToT) ainsi que l’accès aux codes sources, un avantage majeur face au contrat français du Rafale qui limite les capacités de développement local. Cette flexibilité permettra à l’Inde de personnaliser le Su-57E en développant une version adaptée, servant de transition jusqu’à l’entrée en service de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) national prévue au milieu des années 2030. En outre, la production à Nashik pourrait générer plusieurs milliers d’emplois qualifiés, dynamiser l’écosystème aérospatial indien et positionner l’Inde comme un éventuel exportateur de variantes du Su-57E vers des pays alliés, comme l’a suggéré Rosoboronexport lors du salon Aero India 2025.

Le Su-57E partage environ 70 à 80 % de sa technologie avec les 14 escadrons de Su-30MKI en service dans l’IAF, facilitant ainsi la maintenance et la formation des pilotes. Sa compatibilité avec le drone de combat S-70 Okhotnik-B, également proposé par la Russie, renforce les capacités de combat en coopération homme-machine (Manned-Unmanned Teaming, MUM-T), en phase avec les évolutions des guerres réseau-centric. À l’inverse, le Rafale se distingue par sa fiabilité et son succès opérationnel, ce qui en fait un choix sûr pour un déploiement immédiat, même si son coût plus élevé et son transfert technologique limité compliquent son intégration complète.