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L’Armée de l’air indienne (IAF) explore activement des options pour renforcer les capacités de frappe à longue portée de ses avions de chasse Sukhoi Su-30MKI. Parmi les solutions envisagées, le missile balistique tactique Air LORA, développé par Israel Aerospace Industries (IAI), semble particulièrement prometteur. D’après des sources proches du dossier, des discussions préliminaires ont eu lieu entre l’IAF et IAI, positionnant le Su-30MKI comme une plateforme clé pour l’intégration de ce système de missile balistique air-sol.

Conçu pour des missions de frappe à longue distance contre des cibles stratégiques, l’Air LORA viendrait compléter l’arsenal existant, notamment le missile supersonique BrahMos-A, en apportant une alternative économique avec une portée comparable mais une plus grande flexibilité de charge utile. Cette évolution s’inscrit dans la volonté de l’Inde de développer des munitions de précision avancées face à la montée des menaces régionales émanant de la Chine et du Pakistan.

Le Su-30MKI, chasseur biplace multirôle à double moteur, constitue la colonne vertébrale de la flotte d’intercepteurs et d’avions de frappe de l’IAF. Il est déjà modifié pour porter le BrahMos-A depuis ses premiers essais réussis en 2017. Avec plus de 270 exemplaires opérationnels, sa capacité de charge utile d’environ 8 tonnes le rend idéal pour les armes de frappe lourdes à longue portée, permettant des attaques depuis des zones sécurisées, en dehors de la portée des défenses aériennes ennemies. Toutefois, les récentes opérations, notamment l’utilisation efficace des missiles israéliens Rampage lors de l’Opération Sindoor en mai 2025 contre des bases pakistanaises, ont souligné la nécessité d’un panel diversifié de munitions de haute précision capables de percer des systèmes de défense sophistiqués comme le HQ-9 chinois ou le LY-80 pakistanais.

L’Air LORA, variante aéroportée du missile balistique tactique Long Range Artillery (LORA) d’IAI, a été présenté lors du salon Aero India 2025. Ce missile est spécifiquement conçu pour toucher en profondeur des objectifs de haute valeur tels que centres de commandement, bases aériennes, sites de missiles ou infrastructures critiques. Des responsables d’IAI ont confirmé sa compatibilité avec plusieurs plateformes de l’IAF, dont le Su-30MKI, le Rafale et potentiellement le Tejas, ce qui facilite une intégration rapide sans modifications importantes des avions. Sa trajectoire quasi balistique supersonique lui permet d’atteindre ses cibles en quelques minutes, réduisant ainsi le temps de réaction adverse et augmentant la survivabilité en zones contestées.

Développé par la division MALAM d’IAI, l’Air LORA pèse environ 1,6 tonne, nettement plus léger que de nombreux systèmes comparables. Sa portée peut atteindre jusqu’à 430 km, voire 450 km dans des conditions optimales. Propulsé par un moteur-fusée à carburant solide, il atteint des vitesses supersoniques. Sa navigation combine un système inertiel (INS)/GPS avec une tête chercheuse électro-optique ou TV, garantissant une précision extrême avec un cercle d’erreur probable (CEP) de 10 mètres seulement, même contre des cibles mobiles. Le missile peut être équipé d’une ogive à fragmentation pour des effets de zone ou d’une tête pénétrante pour cibler des bunkers renforcés, avec des capacités de manœuvre en vol pour échapper aux tirs d’interception.

Un avantage majeur pour l’IAF réside dans le coût réduit du missile. Bien que le prix exact reste classifié, des sources estiment que l’Air LORA est disponible à une fraction du coût unitaire du BrahMos-A, ce dernier avoisinant les 2 à 3 millions de dollars par missile. Cette accessibilité pourrait permettre de constituer des stocks plus importants, essentiels pour des opérations prolongées. De plus, la conception du Su-30MKI lui permet d’emporter au moins deux missiles Air LORA par mission, contrairement au BrahMos-A, plus lourd (2,55 tonnes) et limité à un seul exemplaire par avion à cause des contraintes d’intégration. Cette capacité double de charge utile pourrait ainsi multiplier par deux le potentiel de frappe d’un seul appareil, transformant le Su-30MKI en un véritable « mini-bombardier » capable d’attaques saturantes.

En comparaison, le BrahMos-A offre une portée de 500 km et une vitesse de Mach 3, mais sa taille et son poids limitent les sorties à un seul missile par Su-30MKI. Le profil plus léger de l’Air LORA permet des lancements multiples tout en réduisant la fatigue structurelle des aéronefs, ce qui augmente la fréquence des missions. Ce que certains analystes qualifient de « trio de frappe suprême » — BrahMos, Rampage et Air LORA — offrirait à l’IAF une gamme tactique complète : missiles de croisière supersoniques pour les frappes lourdes, missiles de croisière à grande vitesse pour la suppression des défenses, et missiles balistiques précis pour la pénétration en profondeur des lignes ennemies.

Les bases de cette future intégration ont été posées dès Aero India 2023, lorsque Bharat Electronics Limited (BEL), entreprise publique indienne de défense, a signé un protocole d’accord avec IAI pour la production sous licence du système LORA en Inde. BEL en est le maître d’œuvre principal tandis qu’IAI assure le transfert de technologie et le partage industriel, dans le cadre de l’initiative « Make in India ». Cet accord couvre l’ensemble de la famille LORA, incluant les variantes sol-air, navale et air-sol, destinée aux trois armées indiennes.

L’intégration de l’Air LORA renforcerait considérablement la posture dissuasive de l’IAF, en particulier sur les frontières sensibles de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) avec la Chine et de la Ligne de Contrôle (LoC) avec le Pakistan. Opérant depuis des bases avancées au Ladakh ou au Rajasthan, un Su-30MKI équipé de deux Air LORA pourrait engager des cibles profondes telles que des aérodromes chinois au Tibet ou des postes de commandement pakistanais au Sindh, tout en restant hors de portée des missiles sol-air ennemis. La résistance du missile contre le brouillage GNSS et ses capacités d’évitement électronique constituent un atout majeur face aux menaces croissantes dans le domaine de la guerre électronique.

Cette initiative répond également à une pénurie de squadrons dans l’IAF, actuellement à 31 contre 42 autorisés, en maximisant l’efficacité des matériels existants sans recourir à de nouveaux achats. Les analystes qualifient cette évolution de « changement majeur » pour les frappes préventives, offrant la capacité de neutraliser rapidement des menaces mobiles comme les lanceurs ou les radars avant leur mise en action. Par ailleurs, avec l’arrivée du BrahMos-NG, une version allégée d’1,33 tonne permettant l’emport de quatre missiles par Su-30MKI, l’Air LORA pourrait jouer un rôle transitoire en diversifiant l’arsenal jusqu’à la maturation des options hypersoniques indigènes telles que le BrahMos-II.