L’Indian Air Force (IAF) prépare une modernisation discrète mais notable de sa flotte vieillissante en intégrant le missile air-sol indigène Rudram-II sur ses chasseurs Mirage-2000H. Cette initiative marque la première acquisition majeure d’une nouvelle capacité d’armement pour cette plateforme en plus de dix ans. Alors que ces avions d’origine française, déjà engagés lors des frappes de Balakot en 2019 et des opérations de Kargil, approchent de la fin de leur durée de vie prolongée, l’intégration du Rudram-II promet d’apporter une capacité de frappe de précision à distance dans la doctrine de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD) de l’IAF, en attendant l’arrivée de plateformes de nouvelle génération comme le Tejas Mk2.
Le Rudram-II est un missile anti-radar à propulsion turbojet, doté d’une portée de plus de 200 km, développé par l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO). Il représente un bond en avant dans le domaine des munitions intelligentes indigènes, spécialement conçues pour des environnements à haute menace. Contrairement à son prédécesseur à propergol solide, le Rudram-I, validé pour le Su-30MKI en 2023, la version Mk2 intègre un chercheur infrarouge à imagerie (IIR) permettant un guidage de précision contre les radars de surveillance, centres de commandement et missiles sol-air mobiles, même en l’absence de signal GPS. Les essais en configuration captive sur un Su-30MKI en mai 2024 ont ouvert la voie à une compatibilité élargie, DRDO se préparant désormais à des essais de tir en conditions réelles sur Mirage-2000H début 2025.
Ce programme avance malgré certains retards liés à l’harmonisation des systèmes avioniques. Selon des sources proches de l’IAF, le combo moteur Snecma M53-P2 et radar RDY-2 amélioré du Mirage-2000H en font un banc d’essai idéal pour exploiter les modes de guidage passif et d’attente à basse altitude du Rudram-II. Depuis 2011, la flotte a bénéficié de nombreuses mises à niveau, notamment des cockpits à affichage numérique, des casques à affichage tête haute, et des missiles MICA BVR, sans toutefois recevoir de nouvelle munition depuis les kits de bombes Spice-2000 déployés après Balakot. L’introduction du Rudram-II permettra la conduite de missions SEAD « silencieuses », où le chasseur pourra lancer ses missiles depuis une distance de sécurité d’environ 150 km, laissant au missile la tâche d’autodiriger ses cibles radar sans exposer l’appareil aux menaces sol-air telles que le HQ-9 chinois.
Cette démarche répond à la demande pressante de l’IAF pour accélérer le développement du Rudram, réaffirmée lors de réunions ministérielles en août 2025. Avec une force de 29 appareils en service pour une dotation autorisée de 42, l’IAF considère ce missile comme un multiplicateur de force économique pour ses cinquante Mirages, tout en améliorant l’interopérabilité avec les Rafales et Su-30MKI dans le cadre d’opérations conjointes. Les essais sur le polygone de tir de Pokhran valideront le transport sur les pylônes sous voilure, avec une mise en service opérationnelle prévue pour la mi-2026. Les premières unités dans les bases d’Ambala et de Gwalior pourraient ainsi être équipées en vue des éventualités le long de la ligne de contrôle effectif (LAC).
Le développement est piloté par l’Armament Research and Development Establishment (ARDE) de la DRDO, en collaboration avec Bharat Dynamics Limited (BDL) pour la production en série. Le missile, conçu de manière modulaire avec des chercheurs interchangeables, permet une évolution vers les versions hypersoniques Rudram-III, qui seraient destinées aux futurs avions Tejas Mk2 et au chasseur AMCA. Le retrofit sur Mirage-2000 reste néanmoins une priorité pour équiper rapidement la flotte. Le programme bénéficie d’un financement sous l’enveloppe de 13 000 crores de roupies dédiée aux missiles indigènes, sans obstacle budgétaire majeur, même si des ajustements dans la chaîne d’approvisionnement seront nécessaires pour la version turbojet entièrement locale.