L’Armée de l’air indienne (IAF) a décidé de ne pas acquérir l’Il-76MD-90A russe comme remplacement de sa flotte vieillissante d’avions de transport Ilyushin Il-76, dont le retrait est prévu d’ici 2035. Face à des préoccupations persistantes concernant le taux de disponibilité de cet appareil, jugé insuffisant pour répondre au seuil opérationnel minimal de 75% exigé par l’IAF, les autorités indiennes explorent désormais d’autres options pour leur flotte de transport stratégique.
La modernisation proposée par la Russie, avec l’Il-76MD-90A fabriqué par Aviastar-SP à Oulianovsk, a été écartée au profit d’alternatives telles que l’Airbus A400M Atlas qui serait mieux adaptée aux besoins stratégiques et tactiques de l’Inde dans un contexte géopolitique en rapide évolution.
L’IAF exploite actuellement 17 Il-76, acquis dans les années 1980 via un contrat de 1,5 milliard de dollars pour renforcer ses capacités de projection aérienne stratégique. Ces appareils quatre moteurs, capables de transporter jusqu’à 48 tonnes sur environ 4 000 km, ont joué un rôle clé dans le déploiement de troupes, les opérations de secours, ainsi que le transport d’équipements lourds tels que l’artillerie ou les chars vers des bases en haute altitude, notamment au Ladakh. Après plus de quarante ans de service, cette flotte souffre de problèmes de maintenance et de pénuries de pièces détachées, aggravés par les sanctions occidentales imposées à la Russie, conduisant à un taux de disponibilité récemment évalué entre 40 et 50%. Avec un retrait prévu en 2035, l’IAF cherche un remplaçant fiable et moderne afin d’assurer sa capacité opérationnelle sur deux fronts face à la Chine et au Pakistan.
Historiquement, la Russie, principal fournisseur de l’Inde avec 58% des importations d’armement selon SIPRI, a proposé l’Il-76MD-90A comme remplaçant « logique » pour la flotte vieillissante. Présenté en 2012, cet appareil modernisé dispose de moteurs PS-90A-76 plus performants (14,5 tonnes de poussée chacun), d’un cockpit numérique et d’une capacité de charge légèrement supérieure à 52 tonnes. La compatibilité avec les infrastructures existantes de maintenance et de formation en Inde, notamment à Agra et Chandigarh, a également été mise en avant. Officiellement, Moscou avait proposé un contrat d’environ 3 à 4 milliards de dollars pour 12 à 16 appareils, incluant un transfert de technologies à Hindustan Aeronautics Limited (HAL) pour une production partielle sous le programme « Make in India », à l’image du Su-30MKI.
Cependant, des sources au sein de l’IAF font part de leur scepticisme quant à la fiabilité réelle de l’Il-76MD-90A. Malgré la reprise de sa production, l’avion peine à atteindre une disponibilité stable, les unités russes rapportant des taux inférieurs à 65% en raison de problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement et à l’entretien des moteurs. Un audit russe de 2023 a révélé que seulement 30 appareils sur 60 étaient opérationnels à un moment donné, ce qui est jugé insuffisant par l’Inde qui exige un taux de disponibilité minimal de 75% pour garantir sa flexibilité opérationnelle. « L’Il-76MD-90A, bien qu’amélioré, souffre des mêmes problèmes systémiques que son prédécesseur », a commenté un responsable de l’IAF. « Les sanctions limitent gravement l’approvisionnement en pièces détachées et même les versions plus récentes ne peuvent assurer le niveau de disponibilité nécessaire à des déploiements rapides. »
Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large de diversification des approvisionnements militaires indiens, motivée par les enseignements du conflit russo-ukrainien et la volonté de réduire la dépendance envers un seul fournisseur. La flotte de transport de l’IAF compte actuellement 11 Lockheed Martin C-130J Super Hercules (charge utile de 20 tonnes) et 56 Airbus C-295MW (charge utile de 9 tonnes, en cours de production avec Tata Advanced Systems), témoignant d’une préférence marquée pour les plateformes occidentales grâce à leur meilleur soutien logistique et une interopérabilité facilitée avec les alliés du Quad (États-Unis, Japon, Australie). Le programme Medium Transport Aircraft (MTA) de l’IAF, visant à acquérir entre 40 et 80 appareils capables de transporter de 18 à 30 tonnes (voire jusqu’à 40 tonnes), est aujourd’hui un marché compétitif sur lequel l’A400M d’Airbus, soutenu par l’Allemagne lors de la visite du ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul en septembre 2025, s’impose comme un candidat majeur.
L’Airbus A400M Atlas, offrant une charge utile de 37 tonnes (extensible à 40 tonnes), une autonomie de 4 500 km et la capacité d’opérer sur des pistes courtes et non revêtues, correspond aux exigences indiennes pour les opérations en haute altitude au Ladakh et pour les missions humanitaires dans les zones isolées. Son coût unitaire, estimé entre 220 et 250 millions de dollars, s’accompagne d’une efficacité énergétique accrue et d’une polyvalence incluant le ravitaillement en vol, une capacité absente de l’Il-76MD-90A. Airbus a également proposé une production locale avec Tata, s’appuyant sur le succès du C-295, ce qui pourrait soutenir la création d’un pôle aéronautique exportateur en Inde. D’autres appareils, comme le Lockheed C-130J (déjà exploité par l’IAF) et l’Embraer C-390 Millennium (26 tonnes de charge), restent en lice mais ne rivalisent pas avec la capacité du A400M.