Dans le contexte exigeant de la guerre aérienne moderne, les avions de combat de cinquième génération représentent le summum de la technologie : furtifs, interconnectés et redoutables. Face à un effectif en déclin et à la montée des menaces chinoises et pakistanaises, l’Armée de l’air indienne (IAF) se trouve à un tournant crucial. Bien que l’avion de combat avancé indigène AMCA reste la perspective à long terme, des solutions intermédiaires comme le F-35 Lightning II américain sont sérieusement envisagées, même si les délais glissent et que la donne géopolitique complique la décision de New Delhi.
Selon des sources proches du dossier, le F-35 est à ce jour le seul avion de combat de cinquième génération pleinement opérationnel. Conçu par Lockheed Martin, ce chasseur multirôle furtif dispose de capteurs sophistiqués, d’une fusion de données avancée et d’une technologie basse-observable qui le rend presque indétectable aux radars. Affichant un prix unitaire supérieur à 80 millions de dollars, il équipe 19 pays, parmi lesquels des alliés proches des États-Unis comme le Royaume-Uni, l’Australie ou Israël.
Cependant, les États-Unis n’ont ni formellement proposé ni refusé la vente du F-35 à l’Inde, maintenant ainsi une porte ouverte dans un contexte diplomatique délicat. Début 2025, un regain d’optimisme s’est manifesté : lors de la visite du Premier ministre Narendra Modi à Washington en février, le président Donald Trump avait évoqué un plan visant à « ouvrir la voie » à la vente du F-35, dans le cadre d’une modernisation militaire indienne globale évaluée à 200 milliards de dollars.
Le vice-président américain JD Vance renchérissait en avril, avec une « offre verbale » lors d’un discours à Jaipur, soulignant le renforcement des liens de défense indo-américains. Par ailleurs, une réunion du ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, avec des responsables de Lockheed Martin en février avait alimenté les spéculations sur un accord gouvernement à gouvernement à l’image du Rafale, pour l’acquisition de 36 appareils – soit deux escadrons – évitant ainsi le long processus de l’appel d’offres Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA) indien.
À la mi-2025, toutefois, cet élan s’est essoufflé. Une proposition formelle américaine pour la variante F-35A était attendue en juin, avec des livraisons prévues dès fin 2027 via le programme Foreign Military Sales (FMS), considéré comme plus rapide que la boucle d’approbation et de production locale du MRFA.
Face aux difficultés des options étrangères, le regard reste tourné vers l’AMCA, la réponse indigène de l’IAF à la cinquième génération. Cet avion multirôle furtif bimoteur de 25 tonnes promet un supercroisière, une avionique avancée et des soutes internes pour armements, avec une intégration locale comprise entre 75 et 85 %. Le programme, doté depuis avril 2024 d’un budget de 15 000 crores de roupies pour la réalisation de prototypes, a franchi une étape majeure avec la présentation d’une maquette grandeur nature lors du salon Aero India 2025.
Les sources indiquent également que l’Inde étudie activement d’autres projets de chasseurs de nouvelle génération en développement à l’international, notamment le KF-21 Boramae sud-coréen ainsi que les programmes européens Tempest et Future Combat Air System (FCAS). Ces programmes, encore à divers stades de maturation, font l’objet d’une veille technologique et stratégique pour envisager d’éventuels transferts, coopérations ou adaptations répondant aux besoins à venir de l’IAF.
« La voie à suivre pour l’Inde est l’AMCA, mais son premier vol n’est prévu qu’en 2032 avec une induction possible à partir de 2035 », a confié un haut responsable. « Nous avons néanmoins besoin de capacités, même limitées, dès à présent. Cependant, aucune décision n’a encore été prise. »
Les analystes estiment qu’acquérir un nombre restreint de chasseurs de cinquième génération à l’étranger – par achat direct ou partenariat technologique – pourrait constituer une solution transitoire en attendant la mise en service de l’AMCA. Une telle initiative dépendrait toutefois étroitement des alignements géopolitiques, de l’accès aux technologies et des contraintes budgétaires.