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Le chef de l’Indian Air Force (IAF), le maréchal de l’air AP Singh, a officiellement confirmé le soutien total de la force aérienne indienne au programme Ghataak, un drone de combat furtif développé par l’Organisation indienne de recherche et de développement pour la défense (DRDO). Selon des sources proches du dossier, une demande de financement auprès du Comité de sécurité du Cabinet (CCS) est en cours, avec une proposition formelle devant être examinée d’ici la fin de l’année fiscale 2026. Cette étape cruciale pourrait permettre de lancer le développement d’une plateforme furtive nationale amenée à transformer la doctrine de frappe aérienne de l’Inde.

Le DRDO sollicite un budget initial de 500 millions de dollars pour la construction et la validation de quatre prototypes à travers des essais en développement. Bien que ce montant constitue un investissement de base, les responsables du programme à l’Établissement de Développement Aéronautique (ADE) reconnaissent qu’un financement bien plus conséquent—probablement supérieur à un milliard de dollars au total—sera nécessaire pour atteindre une capacité opérationnelle complète. Afin de maintenir cet élan, l’ADE et le DRDO mettent l’accent sur le déploiement du premier prototype avant 2030, en capitalisant sur les enseignements tirés de projets parallèles tels que l’AMCA et le drone Tapas pour accélérer les itérations de conception.

Le drone Ghataak s’impose comme un acteur majeur dans l’arsenal de drones de l’Inde, affichant un poids de 13 tonnes et une capacité de charge utile ainsi qu’une endurance comparable à l’avion de combat léger Tejas Mk1A. Conçu en tant que plateforme furtive moyenne altitude à longue endurance (MALE), il dispose de soutes internes pour armes afin d’assurer des frappes à faible empreinte radar, ainsi que de points d’emport externes pour des configurations de mission plus flexibles. Il peut ainsi transporter des munitions guidées de précision telles que le Crystal Maze ou la munition indigène Smart Anti-Airfield Weapon (SAAW) sans compromettre sa discrétion radar.

Le drone est propulsé par un moteur Kaveri Derivative Engine (KDE) d’une poussée sèche de 49 kN, une version sans postcombustion développée par l’Établissement de Recherche sur les Turbines à Gaz (GTRE) pour offrir une performance efficient en régime subsonique élevé. Cette motorisation permet au Ghataak de croiser à Mach 0,9 tout en opérant au-dessus de 30 000 pieds, un profil idéal pour les missions de pénétration profonde visant des cibles à haute valeur dans des espaces aériens contestés. Avec une endurance prévue de plus de 10 heures et un rayon d’action supérieur à 1 000 km, le drone sera équipé de capteurs avancés, notamment un radar à synthèse d’ouverture (SAR) et des systèmes électro-optiques/infrarouges (EO/IR), pour une acquisition autonome des cibles et une transmission de données en temps réel.

Le Ghataak se distingue aussi par sa polyvalence : il peut opérer en essaim aux côtés de chasseurs pilotés comme le Su-30MKI amélioré ou le Tejas dans des missions coordonnées homme-machine (MUM-T), déchargeant ces derniers des tâches à haut risque telles que la suppression des défenses ennemies. Il peut également effectuer des sorties autonomes transfrontalières via des liaisons de contrôle au sol sécurisées. Cette double capacité répond au besoin de l’IAF de multiplicateurs de force adaptables dans des scénarios variés, allant des escarmouches frontalières aux patrouilles maritimes dans la région de l’océan Indien.

L’enthousiasme de l’IAF se traduit par un plan d’acquisition d’au moins 150 unités Ghataak afin de renforcer les forces aériennes dans un contexte de retard des acquisitions de chasseurs de cinquième génération. Avec un coût unitaire estimé de 40 à 50 % inférieur à celui du Tejas Mk1A, grâce à sa conception sans pilote et aux économies d’échelle, ce drone offre une proposition de valeur intéressante pour soutenir des opérations intensives. Tandis que le bimoteur AMCA MkII se prépare à entrer en production au début des années 2030, le Ghataak servira d’intermédiaire en tant que « compagnon loyal », comblant les lacunes en matière de frappe et de renseignement tout en permettant au DRDO de perfectionner les revêtements furtifs et l’autonomie pilotée par intelligence artificielle.

Cette impulsion financière s’inscrit dans la logique plus large de l’initiative Atmanirbhar Bharat, visant à renforcer l’autonomie stratégique de l’Inde. Plus de 70 % du programme mobilisera l’industrie locale, incluant HAL pour l’intégration des cellules, ainsi que des entreprises privées comme Tata et Adani pour les sous-systèmes. Les dernières simulations menées à l’ADE ont validé la stabilité de la configuration en aile volante, tandis que des essais en soufflerie ont confirmé des mesures de furtivité comparables à celles d’appareils internationaux tels que le drone américain X-47B.