L’Indian Air Force (IAF) se fixe un cap ambitieux pour moderniser sa flotte de combat en visant à ce que 25 % de ses appareils soient des avions de cinquième génération d’ici 2040, tout en atteignant la force autorisée de 42 escadrons complets. Un haut responsable de l’IAF a souligné que cet objectif repose sur un équilibre entre l’acquisition d’avions furtifs étrangers et le développement indigène de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), à condition que ce dernier entre en service sans retard de production.
Actuellement, l’IAF opère avec seulement 31 escadrons, contre un sommet de 41 en 1996, ce qui constitue un déficit majeur alors que des flottes vieillissantes comme les MiG-21 Bison sont progressivement retirées. Les deux derniers escadrons de MiG-21 doivent être retirés d’ici fin 2025, ce qui pourrait porter la force à 29 escadrons, un niveau historiquement bas depuis la guerre indo-pakistanaise de 1965. Ce déclin, provoqué par le retrait progressif des MiG-21, Jaguar, Mirage 2000 et MiG-29 sans remplacement suffisant, souligne l’impératif de la feuille de route de l’IAF pour reconstruire et moderniser ses capacités face aux menaces de la Chine (66 escadrons) et du Pakistan (25 escadrons).
Le seuil de 42 escadrons, représentant chacun 18 à 20 appareils, correspond au minimum requis pour faire face à un conflit sur deux fronts, assurant la capacité d’intervenir simultanément de Sir Creek au Siachen. En janvier 2025, la flotte opérationnelle de combat de l’IAF compte 31 escadrons, avec des projections à 35-36 escadrons à l’horizon 2035, même si les programmes clés comme le Tejas Mk1A, Tejas Mk2 et le Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA) respectent leurs calendriers. L’objectif initial de 42 escadrons, prévu pour 2035, a finalement été repoussé à 2040 en raison de retards d’acquisition et de contraintes de production chez Hindustan Aeronautics Limited (HAL).
Selon le haut responsable, « Atteindre 42 escadrons d’ici 2040 est indispensable pour maintenir une dissuasion crédible. Cela implique l’intégration de plus de 400 nouveaux chasseurs au cours des quinze prochaines années, combinant plateformes indigènes et importées pour compenser la mise hors service de près de 150 appareils anciens. » Cette vision s’inscrit aussi dans le cadre d’une éventuelle expansion à 60 escadrons pour 2047, à l’occasion du centenaire de l’indépendance de l’Inde, en mettant l’accent sur l’autonomie stratégique dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat.
Ambitions de 5e génération : 25 % de la flotte d’ici 2040
D’ici 2040, l’IAF prévoit qu’au moins 25 % de sa flotte, soit environ 10 à 11 escadrons ou 180 à 220 appareils, soient des chasseurs furtifs de cinquième génération. Cette montée en puissance placerait l’Inde aux côtés des forces aériennes d’élite comme les États-Unis (F-22/F-35), la Chine (J-20) et la Russie (Su-57), comblant la lacune actuelle où aucun avion de cette génération n’est en service.
La stratégie s’appuie sur :
- L’AMCA indigène : Ce chasseur furtif bimoteur multirôle de 25 tonnes, développé par l’Aeronautical Development Agency (ADA), constitue la pièce maîtresse du plan. Approuvé pour le développement du prototype avec un budget de 15 000 crores en mars 2024, l’AMCA intègre une faible signature radar, des baies internes pour armement, le supercroisière et des capteurs avancés. Le premier vol est prévu pour 2028, la production en série pour 2035, avec l’induction de sept escadrons (126 avions) à partir de cette date — deux en version Mk1 motorisée par des GE F414 et cinq en Mk2 dotée d’un moteur indigène de 110 kN. L’officiel a insisté : « L’entrée en service ponctuelle de l’AMCA est cruciale ; tout retard dans le développement du moteur ou la production pourrait compromettre l’objectif de 25 %. »
- Des acquisitions étrangères de 5e génération : Pour combler les lacunes, l’IAF est ouverte à l’importation d’avions furtifs étrangers. Les options potentielles incluent le Su-57 russe (moins cher avec des promesses de transfert de technologie mais encore peu éprouvé) ou le F-35 américain (proposé en 2020 mais réservé aux alliés stratégiques). Le programme MRFA, qui porte sur 114 avions répartis en six escadrons, pourrait évoluer pour incorporer des éléments de 5e génération avec des candidats comme le Rafale, le F-15EX ou l’Eurofighter. Les discussions avec la Russie sur la coproduction du Su-57 se poursuivent, bien que les tensions géopolitiques et les sanctions CAATSA constituent des obstacles importants.
Cette approche hybride permettra à l’IAF de maintenir une parité technologique adaptée aux menaces, avec une majorité d’AMCA complétée par 3 à 4 escadrons étrangers, et favorisera la coopération homme-machine via la mise en œuvre d’opérations conjointes avec des drones de combat (UCAV) tels que le Ghatak.