Le missile naval anti-navire moyen portée tant attendu de la marine indienne, connu sous le nom NASM-MR (Naval Anti-Ship Missile – Medium Range) ou MRAShM (Medium Range Anti-Ship Missile), évolue rapidement d’un système purement dédié à la destruction de navires vers une famille de missiles polyvalents. Des sources proches du programme ont confirmé que l’Armée de l’air indienne (IAF) a officiellement manifesté un vif intérêt pour rejoindre le projet NASM-MR et pousse au développement d’une version air-sol optimisée pour les missions d’attaque au sol. Ce nouveau dérivé offrirait à l’IAF un missile de croisière subsonique à faible altitude, capable de suivre le relief, avec une portée de frappe de 350 km, tout en restant bien moins coûteux que les missiles lourds actuels tels que le SCALP-EG ou le BrahMos-A.

Actuellement piloté par l’Aeronautical Development Establishment (ADE) du DRDO pour la marine indienne, le NASM-MR de base est un missile anti-navire tout temps, « tirer et oublier », conçu pour frapper des frégates, corvettes, destroyers et navires amphibies au-delà de leur couverture défensive. Propulsé par un turboréacteur indigenouse ATGG dont la livraison est prévue début 2026, équipé d’un chercheur combinant radar actif à double impulsion et infrarouge imageur, et transportant une ogive de plus de 200 kg, le missile a déjà été validé pour intégration sur les MiG-29K, Rafale-M et à terme le LCA Navy Mk2.

Selon un haut responsable du DRDO, sous couvert d’anonymat, l’Armée de l’air indienne identifie une synergie opérationnelle importante à adopter la même famille de missiles. « La capacité de vol à très basse altitude en suivant la surface de la mer, qui rend le NASM-MR redoutable contre les navires de guerre, peut s’avérer tout aussi efficace contre des radars terrestres et d’autres cibles importantes en surface lorsqu’elle est utilisée au-dessus du terrain, » explique cet expert.

L’intérêt de l’IAF répond à la nécessité d’élargir son arsenal de missiles longue portée abordables pour les frappes à distance. L’IAF utilise actuellement le missile de croisière air-sol Storm Shadow (SCALP-EG) d’une portée supérieure à 560 km sur sa flotte de Rafale, ainsi que le supersonique BrahMos-A embarqué sur Su-30MKI. Si ces dispositifs demeurent très performants, leurs coûts unitaires élevés, ainsi que pour le BrahMos une signature radar et infrarouge plus importante, représentent des limites.

« NASM-MR occupe une position idéale pour l’IAF – subsonique mais discret, avec une portée d’environ 350 km et un coût bien inférieur à celui du SCALP ou du BrahMos. Il peut être embarqué en plus grand nombre et déployé aussi bien pour la suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD) que pour des frappes de précision profondes en territoire hostile, tout en préservant les avions de lancement, » ajoute la source du DRDO.

Des discussions sont en cours pour l’intégration sur les plateformes existantes de l’IAF telles que le Su-30MKI, le Tejas Mk1A/Mk2 et potentiellement le Rafale. Les dimensions relativement compactes du missile et son poids modéré comparé au BrahMos-A (plus de 1 300 kg) permettraient d’emporter plusieurs exemplaires par mission, augmentant significativement la puissance de feu d’un groupement de frappe.

Le développement d’une version spécifique air-sol impliquerait des modifications limitées :

  • mise à jour des logiciels pour la reconnaissance des cibles terrestres et guidage terminal par GPS/INS couplé à un chercheur infrarouge imageur ou à ondes millimétriques ;
  • possible intégration d’un lien de données pour corrections en vol en mode « homme dans la boucle » ;
  • profil de vol suivant le relief (terrain-following) au lieu du seul guidage à basse altitude au-dessus de la mer.

Le DRDO a déjà démontré la maturité de plusieurs technologies clés intégrées au NASM-MR, notamment le turboréacteur indigène, le propulseur solide à double impulsion et la conception furtive de la cellule. Ces avancées se transféreraient directement à la version dédiée aux frappes contre cibles terrestres.

La marine demeure le client principal et chef de file du missile anti-navire (prévu pour équiper les avions de patrouille maritime P-8I, des lanceurs côtiers et probablement de futures corvettes). Néanmoins, la participation formelle de l’IAF augmenterait significativement les volumes de production, réduisant ainsi les coûts unitaires pour les deux forces – un facteur clé dans la quête indienne d’autonomie stratégique et de maîtrise des dépenses de défense.

Aucun calendrier officiel n’a encore été publié, mais les études préliminaires d’intégration semblent déjà avoir débuté. Le premier vol de la version navale est attendu dans les 18 à 24 prochains mois, tandis que le développement parallèle de la variante air-sol pourrait être accéléré si l’IAF formalise son entrée dans le programme.