La surveillance maritime indienne connaît une crise opérationnelle majeure en raison de l’immobilisation prolongée des hélicoptères Advanced Light Helicopter (ALH) Dhruv de la Marine et de la Garde-côtière. Ces appareils, développés par Hindustan Aeronautics Limited, sont depuis longtemps essentiels pour la sécurité côtière, la reconnaissance embarquée et les missions de recherche et sauvetage.
La Garde-côtière indienne est la plus impactée, ses hauts gradés reconnaissant que la capacité de surveillance a régressé à un niveau comparable aux années 1980, en raison de l’absence d’hélicoptères modernes embarqués. Cette immobilisation a considérablement réduit la faculté de la Garde-côtière à assurer une surveillance maritime durable, notamment dans l’immense zone économique exclusive de l’Inde et le long des côtes sensibles qui exigent une veille aérienne constante.
La situation s’est aggravée après le crash d’un ALH Mk-III de la Garde-côtière à l’aéroport de Porbandar, dans l’État du Gujarat, le 5 janvier. Cet accident a coûté la vie à deux pilotes et un membre d’équipage, ces deux pilotes étant des instructeurs qualifiés, ce qui souligne la gravité de l’incident et ravive les inquiétudes concernant la sécurité et la fiabilité de la plateforme. À la suite de cet accident, une consigne a ordonné l’immobilisation de toute la flotte Dhruv en janvier, marquant ainsi la troisième suspension générale depuis 2023.
Cette série d’immobilisations successives a eu des conséquences en cascade. Pour la Garde-côtière, l’ALH Dhruv n’est pas un simple hélicoptère utilitaire, mais un élément clé pour la surveillance de surface, l’interception des navires suspects, la coordination des opérations anti-contrebande et la réponse rapide aux urgences en mer. Privés de ces appareils, les navires naviguent de plus en plus sans appui aérien intégré, ce qui restreint fortement leur capacité de détection et d’intervention.
La Marine indienne est également affectée, bien qu’elle ait partiellement compensé cette lacune grâce à un nombre limité d’autres plateformes à voilure tournante. Néanmoins, cette immobilisation a réduit les opérations d’aviation navale, en particulier sur les navires plus petits et les bâtiments de patrouille offshore qui utilisent principalement l’ALH comme hélicoptère embarqué.
Le rapport met en lumière comment les problèmes techniques répétés et les accidents impliquant le Dhruv ont érodé la confiance des équipages, et ce malgré un service de plusieurs décennies et un déploiement étendu au sein des forces armées. Cette crise accentue l’attention portée aux pratiques de maintenance, aux modifications des variantes navales et à la lenteur de la mise en œuvre des mesures correctives en attente.
Alors que l’enquête sur le crash de Porbandar est toujours en cours, cette immobilisation prolongée souligne les vulnérabilités de l’Inde en matière de surveillance maritime. Face à l’accroissement des défis en région de l’océan Indien — trafic accru, activités en zone grise, rivalités stratégiques — l’absence d’hélicoptères embarqués fiables devient une préoccupation majeure de sécurité nationale. La résolution des problèmes du Dhruv et la restauration rapide de la confiance dans cette plateforme seront déterminantes pour la reconstitution de la capacité indienne de surveillance maritime.