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Par le Lt Gen Prakash Katoch (réservé)

La pénurie de chasseurs au sein de l’Indian Air Force (IAF) se fait sentir depuis des années, mais peu d’efforts concrets ont été déployés pour y remédier, si ce n’est l’importation de 36 Rafale français, bien en deçà des 126 appareils multirôles initialement prévus.

Une récente étude de l’Institut français des relations internationales (IFRI) a révélé que l’Armée de l’air française ne pourrait « probablement » tenir que trois jours face à la Russie, en opposant ses Rafale de génération 4 aux avions russes de cinquième génération. L’Inde reste silencieuse sur les pertes de Rafale lors de l’opération Sindoor, peut-être en raison de son projet d’acquérir 26 Rafale M pour la marine nationale.

La faiblesse des effectifs en chasseurs de l’IAF a également été évoquée lors de la session parlementaire en cours : seuls 30 escadrons sont opérationnels contre 42 autorisés, une décroissance imputable à l’inertie bureaucratique et aux hésitations politiques. Ce déficit s’aggravera encore avec la mise à la retraite des MiG-21 en septembre 2025, ramenant la force aérienne indienne à un niveau comparable à celui de la Pakistan Air Force. Pourtant, le gouvernement affiche toujours une ferme volonté d’affronter la menace conjointe Chine-Pakistan, alors que les Tejas, seuls chasseurs indigènes en service, ne sont même pas déployés sur ces fronts stratégiques.

Un choix politique que l’importation du F-35 ?

L’IAF manifeste un intérêt pour l’acquisition d’environ 120 appareils AMCA, dont 40 variantes MK-1 et 80 variantes MK-2 plus avancées. Cependant, leur mise en service prendra plusieurs années. Pendant ce temps, la Chine a déjà testé son chasseur de sixième génération, le Pakistan doit recevoir ses J-35 de cinquième génération dès l’année prochaine, tandis que le prototype indien AMCA ne sera prêt qu’en 2028. Selon les analystes, lorsque l’Inde aura enfin intégré son appareil multirôle, la Chine disposera déjà de 1 000 chasseurs de cinquième génération.

Dans l’immédiat, l’IAF doit combler ses besoins urgents de 2 à 3 escadrons de chasseurs. Le président américain Donald Trump pousse au transfert du F-35, tandis que la Russie propose le Su-57 avec un transfert de technologie, en s’appuyant sur l’infrastructure existante des Su-30 en Inde pour l’entretien. Bien que ces deux appareils soient de cinquième génération, le F-35, vendu environ 80 millions de dollars l’unité, coute plus du double du Su-57 (35 millions de dollars). De plus, les six accidents déjà enregistrés par le F-35 et la présence d’un « Kill Switch » ont suscité des inquiétudes, notamment en Europe.

Il est également avéré que les contrats de défense en Inde ne sont jamais exempts de rétrocommissions, souvent justifiées par le fait que ce sont les forces armées qui expriment leurs besoins, alors que les décisions sont prises par une bureaucratie qui dépend du pouvoir politique. Des rumeurs circulent désormais selon lesquelles l’IAF aurait choisi le F-35 pour ses besoins à court terme, bien que la décision finale incombe au ministère de la Défense. Cette rapidité dans une recommandation aussi importante étonne, surtout au regard du déficit de chasseurs.

Si la décision d’intégrer le F-35 se confirme, il s’agira sans conteste d’un choix politique visant à satisfaire Donald Trump, qui souhaite que l’Inde augmente ses importations d’armement américain et réduise, voire cesse, ses achats russes, sous la menace de sanctions supplémentaires prévues par la loi CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Faire reposer cette responsabilité sur l’IAF est déraisonnable. Au-delà des coûts élevés, des performances discutables, du « Kill Switch » et du risque d’un retrait soudain du soutien américain, d’autres facteurs que les politiciens et bureaucrates ignorent probablement entrent en jeu.

Le F-35 sera-t-il compatible avec la défense antimissile indienne ?

Comment l’IAF pourrait-elle intégrer le F-35 avec ses systèmes antimissiles russes S-400, ou avec le futur S-500, qui suscitent un vif intérêt en Inde ? À titre d’exemple, la Turquie dispose de régiments équipés de S-400, mais cette acquisition a entrainé l’exclusion du pays du programme F-35 américain. La préoccupation principale est que l’utilisation conjointe des S-400 et du F-35 pourrait exposer la technologie furtive de ce dernier à la Russie, compromettant ainsi son efficacité et lui fournissant un précieux renseignement.

Si le gouvernement indien persiste à importer le F-35 pour apaiser les exigences américaines, acceptera-t-il ensuite les demandes d’abandon des S-400 au profit des systèmes Patriot américains, systèmes qui subissent régulièrement des pertes face à la Russie en Ukraine ?

En conclusion, l’importation de chasseurs F-35 sera-t-elle réellement bénéfique pour la défense de l’Inde, ou simplement un moyen de contenter un président américain exigeant, tout en enrichissant l’industrie militaire des États-Unis ?

(L’auteur est un ancien général de l’armée indienne. Les opinions exprimées sont personnelles.)