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À la suite du conflit aérien intense d’avril dernier lors de l’Opération Sindoor, marqué par un affrontement de drones entre l’Inde et le Pakistan, le ministère de la Défense indien lance une ambitieuse offensive technologique. Un appel à informations (RFI) publié le 14 novembre annonce l’intention de l’Armée de l’air indienne (IAF) de se doter d’environ 800 drones kamikazes, désormais désignés comme des « systèmes de munitions sans pilote en essaim (portée moyenne) ». Ce déploiement d’appareils à voilure fixe, conçus pour des frappes précises et sacrificielles, vise à faire basculer les tactiques d’essaim de l’expérimental au domaine opérationnel, renforçant la capacité de frappe indienne profondément en territoire adverse.

Le calendrier est révélateur : seulement six mois après que des essaims de drones d’origine turque et pakistanaise ont mis à l’épreuve les défenses de l’IAF le long de la Ligne de Contrôle (LoC), New Delhi mise résolument sur les munitions errantes – des drones autonomes capables de patrouiller, frapper puis disparaître rapidement avec une grande précision. Quelle que soit leur base de lancement, en altitude dans l’Himalaya ou depuis des porte-avions, ces drones ne sont pas de simples équipements additionnels, mais incarnent une nouvelle étape dans la guerre asymétrique, où la suprématie numérique se conjugue à la létalité aérienne.

Le ciel de l’Opération Sindoor a été le théâtre d’un ballet chaotique entre les Bayraktar TB2 turcs et les Nagastra-1 indigènes, avec plus de 300 incursions de drones pakistanais nécessitant une interception permanente par les pilotes de l’IAF. Si les canons L-70 et les systèmes sol-air améliorés ont résisté, les retours d’expérience ont clairement montré qu’une défense statique est insuffisante face à des essaims interconnectés. « L’avenir appartient aux essaims offensifs », a confié un haut gradé de l’IAF après l’opération, confirmant la nouvelle orientation du DRDO vers des actifs consommables capables de submerger plutôt que d’esquiver.

Ce RFI, première étape du processus d’acquisition, invite à la participation des fournisseurs internationaux et nationaux, avec en ligne de mire des modèles tels que l’IAI Harop israélien, le STM Kargu turc, ou encore les productions locales de Solar Industries. Classés comme de portée « moyenne » et à voilure fixe, ces drones doivent allier polyvalence et capacité d’endurance, autorisant non seulement des frappes tactiques, mais aussi des frappes stratégiques profondes, avec des essaims typiquement déployés par groupes de 20 drones. Cette approche modulable permettra de saturer les défenses adverses ou d’établir des zones d’exclusion aérienne jusqu’à 350 km de distance. Une réponse directe à l’afflux massif de drones de fabrication chinoise chez Beijing et aux achats turcs d’Islamabad, en parfaite adéquation avec l’ère Agnipath qui renforce la technologie au détriment du volume de troupes.

Le cahier des charges du ministère fait état de caractéristiques techniques ambitieuses. Chaque drone doit pouvoir opérer jusqu’à 7 600 mètres d’altitude (25 000 pieds), évitant le brouillard et le relief tout en couvrant d’importantes zones d’opérations. Le lancement par catapulte garantit un déploiement rapide et simultané, essentiel dans des théâtres où les pistes aériennes sont rares. La flexibilité d’emploi est centrale : missions à haute altitude dans le Ladakh ou depuis la mer, depuis le pont du porte-avions INS Vikrant, conférant à ces munitions une appellation « triad-compatibles ».

En ce qui concerne la charge offensive, chaque drone doit embarquer un ogive d’au moins 30 kg, avec des options pour l’autodestruction afin d’atteindre des cibles fortement protégées, ou bien des décharges munitionnaires avant impact pour détruire des dépôts légers, notamment des stocks de munitions. L’autonomie est un critère fondamental : les drones seront dotés d’intelligence artificielle pour rechercher, détecter et différencier cibles statiques et mobiles, avant de conduire de manière autonome des cycles de localisation, identification et engagement. Le RFI précise que « la plate-forme doit comprendre des capacités avancées de recherche, détection et discrimination entre cibles statiques et mobiles », suggérant l’intégration de systèmes d’apprentissage machine pour une identification ami-ennemi fiable dans des environnements très encombrés.

Le contrôle humain reste cependant maintenu dans la boucle décisionnelle, garantissant le respect des règles d’éthique et la maîtrise de l’escalade. Avec une portée opérationnelle de 350 km, supérieure aux horizons tactiques classiques, les opérateurs pourront agir depuis des bunkers sécurisés ou des AWACS en altitude. Une exigence locale supplémentaire demande aux fournisseurs de détailler un transfert de technologies (ToT) afin de permettre des adaptations indiennes, soutenant la politique d’« Aatmanirbhar Bharat » et le développement d’un corridor dédié aux drones dans l’Uttar Pradesh. Le coût estimé par unité se situe entre 50 000 et 100 000 dollars, un investissement jugé rentable pour un multiplicateur de force susceptible de compenser le déficit actuel de 156 escadrons dans l’IAF.

Les réponses au RFI sont attendues sous 60 à 90 jours, permettant au ministère d’affiner la sélection avant des essais à mi-2026. Les finalistes seront mis à l’épreuve lors de démonstrations en situation réelle à Pokhran ou Jamnagar, simulant des affrontements contre des drones adverses tels les Orlan pakistanais ou les Wing Loong chinois. Parmi les principaux candidats internationaux figurent Elbit Systems avec son Hero-30, ZALA avec le Lancet, tandis que les consortiums locaux, tels la coentreprise Adani-Elbit ou IdeaForge, pourraient saisir l’opportunité de commandes majeures, avec une exigence minimale de 50 % de contenu local dans le cadre des compensations industrielles.