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Un reportage publié le 4 décembre 2025 a affirmé qu’un accord de 2 milliards de dollars avait été conclu entre l’Inde et la Russie pour la location d’un sous-marin nucléaire, coïncidant avec la visite du président Vladimir Poutine à New Delhi. Ce prétendu contrat, présenté comme l’aboutissement de dix années de négociations, visait à renforcer la flotte navale indienne dans un contexte régional tendu. Cependant, le gouvernement indien a rapidement démenti cette information, précisant qu’aucun nouvel accord n’avait été signé lors de ce sommet. Il s’agit en réalité d’un contrat existant depuis mars 2019, dont la livraison a été reportée à 2028 en raison de délais persistants.

Le service de vérification des faits du Press Information Bureau (PIB) a qualifié la couverture de Bloomberg de trompeuse. Selon les sources officielles, le sous-marin en question, un Akula de classe nucléaire désigné INS Chakra III, reste soumis aux termes de l’accord intergouvernemental de 2019, évalué à environ 3 milliards de dollars, et non 2 milliards comme mentionné précédemment. Cette location, d’une durée de dix ans, prévoit d’intégrer le bâtiment aux opérations de la Marine indienne à partir de 2028, principalement comme plateforme d’entraînement plutôt que comme unité de combat. Conformément à l’accord, le sous-marin ne sera pas engagé en temps de guerre, une clause qui vise à permettre le transfert de technologie et la familiarisation des équipages sans accroître les risques d’escalade dans des zones de conflit.

Cette situation illustre la continuité de la coopération en matière de défense entre l’Inde et la Russie, qui avait déjà donné lieu à deux précédentes locations d’Akula : INS Chakra I de 1988 à 1999, et INS Chakra II de 2012 à 2021. La troisième unité arrive à un moment clé pour les capacités sous-marines indiennes, comblant l’importance lacune laissée par le retour de son prédécesseur. Sans autres sous-marins loués au-delà de celui-ci, la Marine indienne comptera sur ce bâtiment pour perfectionner son expertise opérationnelle jusqu’en 2038, en parallèle du développement de sa flotte nucléaire nationale.

Parallèlement à ce programme de location, l’Inde accélère son autonomie dans la construction de sous-marins d’attaque nucléaires (SSN) dans le cadre du projet 77, pilier de sa stratégie de modernisation maritime. Les échéances officielles indiquent que la phase de conception détaillée, menée par la Directorate of Naval Design et l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO), s’achèvera à la mi-2029. La construction des navires débutera en 2030 après des revues techniques approfondies garantissant la maturité des technologies.

Les deux premiers sous-marins du projet 77, d’un déplacement d’environ 12 000 tonnes en plongée et propulsés par un réacteur à eau légère compact de 190 MW, représenteront une avancée technologique majeure, rivalisant avec des plateformes avancées comme la classe Virginia de la Marine américaine. Le premier exemplaire devrait être achevé et mis en service entre 2036 et 2037, suivi du second en 2038-2039. Ces navires seront équipés de systèmes sophistiqués, notamment des missiles hypersoniques et des missiles de croisière supersoniques BrahMos à longue portée (1 500 à 2 000 km), permettant un contrôle approfondi des océans Indien et Pacifique.

En 2038, à la mise en service des premiers SSN indigènes, le sous-marin Akula loué terminera sa période de dix ans, marquant la transition de la Marine indienne d’une dépendance en expertise prêtée à une maîtrise autonome. Cette complémentarité — soutien temporaire russe suivi d’une autonomie complète — renforce la position stratégique de l’Inde face aux menaces émergentes, notamment la montée en puissance de la flotte sous-marine chinoise, source de tensions accrues en Indo-Pacifique. À terme, avec un total prévu de six SSN, ce programme améliorera non seulement la dissuasion mais soutiendra également l’innovation nationale en matériaux de coque, propulsion et armements, réduisant la dépendance aux locations étrangères.

L’arrivée de l’Akula en 2028 jouera un rôle clé pendant la phase d’adaptation des dix années coïncidant avec le développement du projet 77. Cette période servira à dispenser des entraînements assistés par la Russie pour les équipages indiens et à affiner les protocoles d’utilisation des sous-marins nucléaires. Entre 2028 et 2038, le sous-marin loué participera aux exercices conjoints, simulera des patrouilles longues en plongée et s’intégrera à des systèmes indigènes tels que le torpille expérimental avancé, tout en respectant les restrictions d’emploi en temps de paix. Cette expérience pratique est essentielle, surtout après les lacunes opérationnelles apparues suite à la mise hors service de l’INS Chakra II en 2021.